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Irak: QG de la presse étrangère en 2003, l'hôtel Palestine a fait peau neuve

Un employé sec comme un cotret époussette le faux marbre. Un gardien attend d'improbables clients au portail. L'hôtel Palestine de Bagdad, QG de la presse étrangère lors de l'invasion de 2003, s'est refait une beauté, mais les hôtes se font attendre.

"Nous sommes un établissement cinq étoiles. Nous avons 405 chambres, trois bars (...). Sur ordre du ministre de l'Electricité, le courant ne nous est jamais coupé", détaille fièrement son directeur, Fadhel Hassan Salmane.

Après deux ans de travaux, le Palestine, dont l'Etat irakien est propriétaire à 51%, a rouvert l'an dernier.

Au rez-de-chaussée de l'immeuble de 18 étages, où la chambre simple coûte 200 dollars la nuit, une salle de réception accueille les noceurs. Dhafer Thaer Nouri et sa promise Saja Ali Hachem comptent d'ailleurs organiser une fête à l'occasion de leurs fiançailles.

Les gérants "ont bien vu que nous sommes un jeune couple et que nous démarrons dans la vie. Ils nous ont fait un prix", explique Saja.

"Ca n'est pas qu'un hôtel, c'est un complexe touristique", s'enthousiasme Fadhel Hassan Salmane.

Mais à l'heure actuelle, le taux d'occupation de l'hôtel tourne autour de 35%, selon lui.

"L'Irak est sûr. Vous pouvez marcher dans la rue sans risque", tente M. Salmane. Il omet de rappeler que plusieurs centaines de personnes périssent encore tous les mois dans des attentats.

Le Palestine a été construit en 1982 sous Saddam Hussein, et géré à ses début par la chaîne française Le Méridien qui s'en est séparé après la première guerre du Golfe.

Mais sa légende s'est bâtie il y a dix ans, lors de l'invasion de l'Irak par les troupes américano-britanniques.

"C'est là où logeaient les journalistes étrangers", raconte à l'AFP le reporter de Paris-Match Patrick Forestier qui y a séjourné deux mois, en mars-avril 2003.

"J'ai vu les premiers blindés américains remonter les rues de Bagdad" le 8 avril 2003, raconte le journaliste.

Devant le Palestine, "les gens applaudissaient mais ils étaient stupéfaits (...). Ils ne pouvaient pas imaginer que les Américains étaient si près de Bagdad!", note-t-il.

Le lendemain, Patrick Forestier est une nouvelle fois aux premières loges pour voir "un millier de jeunes Irakiens" escalader la statue de Saddam Hussein sur la place Firdous, face au Palestine.

Après avoir enserré le bras en bronze du dictateur d'une corde, un véhicule américain fait un sort à la statue.

Mais c'est à cause d'un événement infiniment plus tragique que le Palestine achève d'entrer dans l'histoire de la prise de Bagdad.

Le 8 avril 2003, un obus tiré par un char américain s'écrase contre l'hôtel. "J'étais sur le balcon au 15e étage, un photographe m'a dit que le premier (hélicoptère américain) Apache était au-dessus de Bagdad, j'ai pris mon appareil. Puis j'ai senti que tout tremblait et j'ai perdu conscience (...). La dernière chose dont je me souviens c'est le blindé dont je prenais des photos avant qu'il ne nous tire dessus", raconte à l'AFP Faleh Kheiber, à l'époque photographe à l'agence Reuters.

Faleh Kheiber est grièvement blessé par le tir ainsi que deux autres journalistes.

Deux de ses collègues, le caméraman espagnol José Couso et son confrère ukrainien de Reuters Taras Protsyuk, sont tués.

Leur mort donne lieu à une vive controverse. Les Américains assurent qu'ils se sont sentis menacés par des snipers irakiens réfugiés dans le Palestine, mais les journalistes étrangers disent n'avoir vu aucun tir provenir du bâtiment.

Témoin du conflit confessionnel qui a enflammé l'Irak de 2005 à 2008, le Palestine a également été le théâtre, avec le Sheraton qui lui est contigu, d'un spectaculaire attentat commis à l'aide d'une bétonnière piégée en octobre 2005. L'attaque a fait 17 morts.

gde/feb

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