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19/03/2013 04:24 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT

Greffes de cornée: pas de vision d'ensemble 

Radio-Canada.ca

Au Canada, 3000 personnes attendent pour une greffe de la cornée. Et leur attente varie de quelques mois à trois ans, selon la province, voire la ville où on habite.

Une enquête menée par le réseau anglais de Radio-Canada révèle de criantes disparités entre les systèmes mis en place par chacune des provinces. Un imbroglio administratif qui donne lieu à des incohérences. Ainsi, le Québec a dû détruire 70 cornées en 2012, soit 10 % des cornées prélevées, alors qu'ailleurs au pays, la liste des patients nécessitant une greffe s'allongeait.

Pour le docteur Marc Germain, vice-président aux affaires médicales chez Héma-Québec, il importe d'instaurer une meilleure coordination au pays, afin de remédier à une situation « qui n'a aucun sens pour les patients en attente de greffe ». 

Une question d'accréditation 

De l'avis de la Dre Mona Dagher, ophtalmologiste au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), ce sont des problèmes de nature « bureaucratique » qui mènent à un « gaspillage inacceptable » au Canada. Par exemple, le Québec avait offert les cornées en surplus dont il disposait en 2012 aux autres provinces canadiennes. Mais ces dernières les ont refusées, arguant qu'elles n'étaient pas conformes aux normes établies par l'organisme auprès duquel les provinces ont choisi de s'accréditer, soit l'Association des banques d'yeux américaines (EBAA).

Le Québec, quant à lui, est accrédité  auprès de Santé Canada, qui s'est doté de normes semblables à celle de l'EBAA. En 2012, Héma-Québec soutient avoir presque atteint un niveau d'autosuffisance pour fournir aux patients québécois les tissus oculaires dont ils ont besoin. Cette même année, pour suppléer aux manques des banques d'yeux, et pour profiter d'une nouvelle technologie de cornées « précoupées », le Québec a importé des États-Unis plus de 200 cornées.

Selon le Dr Marc Germain, d'Héma-Québec (qui a pris le relais des banques d'yeux de Québec et de Montréal en 2008), le reste du pays devrait suivre l'exemple du Québec. La province a plus que doublé le nombre de donneurs de cornées et de tissus oculaires depuis quatre ans, ce qui explique en partie l'excédent de cornées enregistré l'an passé dans la province.

« Une banque d'yeux, au Canada, qui voudrait régler immédiatement le problème, pourrait laisser tomber son agrément avec l'EBAA et venir chercher des cornées à Héma-Québec », dit le Dr Germain.

Pour un système pancanadien

La Société canadienne du sang plaide plutôt pour la création d'un système de coordination pancanadien. En 2008, les ministres provinciaux de la Santé, de concert avec leur homologue fédéral, avaient demandé à cet organisme de prendre sous son aile une bonne partie des responsabilités dans ce dossier, tant à ce qui a trait aux dons de cornées et de tissus qu'aux ressources médicales nécessaires aux transplantations.

Dans un rapport produit en 2011, la Société canadienne du sang a proposé :

  • La création d'un registre national
  • La consolidation d'une banque d'yeux
  • L'établissement d'une meilleure coopération entre les provinces

Or, une nouvelle rencontre entre les ministres fédéral et provinciaux de la Santé, au début de mars 2013, a mis en lumière à quel point les systèmes des différentes provinces demeurent incompatibles.

L'enquête menée par le réseau anglais de Radio-Canada porte sur des données s'échelonnant sur trois ans, obtenues auprès des différentes instances de la santé des provinces. 

Les moyens existent

« La cécité cornéenne n'a aucune raison d'être au Canada, parce que nous avons la capacité d'y remédier et tous les éléments sont en place pour éliminer ce fléau. Il suffit que nous travaillions de concert », affirme Paul Dubord, un chirurgien de Vancouver qui agit en tant qu'expert au sein de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le Dr Dubord fait valoir qu'aux États-Unis et en Espagne, on a éliminé la cécité causée par des affections cornéennes. Et dans un pays comme la Colombie, ou encore dans une des provinces de l'Inde, il n'y a aucune attente pour ce type d'interventions.