Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Greffe de la cornée : l'attente varie selon les provinces

Plus de 3000 Canadiens attendent une greffe de la cornée, certains durant des années, dans un système que des experts décrivent comme morcelé et qui fonctionne mal.

Le réseau anglais de Radio-Canada a passé au crible trois années de données nationales sur les greffes et a découvert que dans les cas considérés comme non urgents, incluant des personnes qui risquent la cécité cornéenne, l'attente peut varier entre cinq mois et deux ans pour une greffe, selon la province de résidence.

L'an dernier, au Québec, 70 cornées excédentaires ont été détruites après que les autorités les eurent offertes, en vain, à d'autres provinces.

Au Québec, la banque d'yeux nationale est agréée par Santé Canada, alors que d'autres provinces reconnaissent uniquement l'agrément de la banque d'yeux des États-Unis. Les experts y voient un manque de coordination.

Le Dr Guillermo Rocha, un chirurgien oculaire du Manitoba, trouve inconcevable qu'on jette des tissus de la cornée alors qu'il y a une liste d'attente. « Ce n'est pas compliqué du tout. Ce sont des procédures très rapides et qui changent des vies », a-t-il fait valoir.

Un autre expert de la cornéee, le Dr Paul Dubord, qui travaille à Vancouver avec l'Organisation mondiale de la santé, considère que l'absence d'une accréditation uniforme à travers le pays dénote l'existence d'un plus gros problème - un manque d'uniformité dans la qualité, malgré les efforts de Santé Canada pour implanter des normes en ce sens.

Recommandations peu appliquées

La Société canadienne du sang a produit un plan visant à réduire les listes d'attente. Le rapport de ce plan demandé en 2008 a été remis aux ministres provinciaux et fédéral de la santé en 2011. Il recommandait entre autres la création d'un registre national, la consolidation des banques d'yeux et une meilleure coopération interprovinciale.

Le rapport suggérait également de se procurer des cornées auprès des banques d'yeux américaines, moyennant 2000 $ à 3000 $, afin d'augmenter l'offre canadienne.

Toutefois, l'Alberta ne s'est procuré aucun tissu cornéen aux États-Unis, malgré une liste d'attente provinciale de deux ans. Santé Alberta précise qu'elle n'envisage pas de changer sa politique.

Le Manitoba commence lentement à importer des cornées pour les 115 patients qui sont en attente de greffe. Huit tissus ont été importés de la banque d'yeux de l'Ohio en juillet.

Au dernier décompte, la Saskatchewan comptait 107 patients en attente d'une greffe de la cornée. Seuls deux médecins pratiquent cette intervention dans l'ensemble de la province, soit moins que dans la plupart des autres provinces.

Quant au Québec, il s'est procuré 257 cornées américaines en 2012.

Possibilité de s'améliorer

La ministre de la Santé du Manitoba, Theresa Oswald, affirme être satisfaite du temps d'attente pour une greffe cornéenne dans sa province, mais elle admet que celle-ci pourrait faire mieux.

Elle se dit d'avis qu'un système national doit être instauré, soulignant toutefois que des efforts sont faits en ce sens. Selon Mme Oswald, ses homologues se sont rencontrés à Toronto la semaine dernière, et la question de la greffe était à l'ordre du jour.

Le Bureau de la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a décliné une demande d'entrevue de CBC, mais il a remis une déclaration écrite au nom de la ministre.

« Santé Canada s'est engagé à travailler avec les provinces, les territoires et les autres parties prenantes pour améliorer l'accès aux greffes et appuie une approche innovante pour augmenter la performance du système de don et de greffe d'organes ou de tissus, au Canada », peut-on lire dans la déclaration.

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.