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19/03/2013 08:36 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT

À la tête d'une Église en proie au doute, le pape plaide pour la tendresse et l'humilité (VIDÉO/PHOTOS)

Le premier pape du Nouveau monde a appelé mardi les fidèles à protéger "toute créature de Dieu" et à faire preuve de "tendresse", lors de la messe inaugurant son arrivée à la tête d'une Eglise confrontée à de multiples défis.

Devant une trentaine de chefs d'Etat et 150.000 à 200.000 fidèles, rassemblés sous un beau soleil, le pape François a qualifié son rôle d'"humble et concret" et appelé à lutter contre les "signes de destruction" et pour "le respect de la créature et de l'environnement".

Le "vrai pouvoir" d'un pontife est "le service, il doit regarder vers le service humble, concret", a dit le pape argentin, alors que le gouvernement de l'Eglise, mis en cause dans divers scandales, a été très critiqué pendant le conclave.

Avec plus d'un milliard de fidèles, l'Eglise catholique se trouve aujourd'hui face à une série de problèmes: opacité et intrigues dans la Curie romaine, mais aussi chute des vocations religieuses, demande de réformes sur les questions de moeurs (célibat des prêtres, unions homosexuelles), scandale des prêtres pédophiles, persécution des chrétiens et menaces islamistes...

Lors de son homélie très inspirée par Saint-François d'Assise, dont il a choisi le prénom, le pape a lancé: "Garder la création, tout homme et toute femme, c'est ouvrir l'horizon de l'espérance".

Dans un nouveau tweet diffusé aussitôt après la messe sur son compte @Pontifex_fr, il a lancé le même appel: "Protégeons la création avec amour".

Le 266e pape a beaucoup insisté, dans ce discours donnant les orientations de son pontificat, sur la proximité avec les pauvres, les plus faibles, les personnes âgées, ceux "qui sont souvent dans la périphérie de notre coeur".

L'ex-archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio, a choisi le nom de François, à la mémoire du "Poverello" d'Assise, Saint François, qui au XIIIe siècle avait voulu rebâtir l'Eglise, alors divisée comme aujourd'hui, et avait oeuvré pour la paix, à l'époque des Croisades, et le respect de la nature.

Peu avant la messe, François s'était adressé par liaison téléphonique aux fidèles argentins rassemblés sur la Place de Mai de Buenos Aires. Il leur avait demandé de "protéger la vie, la famille et la nature".

Sur la place Saint-Pierre, la cérémonie était solennelle et simple. La tenue du premier pape jésuite de l'histoire était plutôt austère: pendant la procession depuis la tombe de Saint Pierre à l'intérieur de la Basilique vers le parvis, il portait une chasuble beige frappée d'une fine croix noire à dorures, contrastant avec la tenue d'apparat des patriarches des églises orientales qui l'accompagnaient. Afin de rappeler les origines de l'Eglise, et ses composantes orientales et occidentales, l'Evangile a été chanté en grec.

Le pape s'est agenouillé dans la crypte devant la tombe de Saint Pierre. Puis il a reçu les emblèmes de son pontificat: le pallium -une bande d'étoffe de laine- et l'anneau papal, choisi en argent doré et non en or par souci d'humilité.

Auparavant, le premier pape des Amériques, 76 ans, dont l'élection mercredi avait créé la surprise, a effectué un long tour de la majestueuse place Saint-Pierre en jeep blanche entièrement découverte.

Debout et souriant, il a salué la foule qui l'acclamait avec des drapeaux, levant même parfois le pouce en signe de connivence ou embrassant des bébés. Il est descendu de son véhicule pour caresser le visage d'un handicapé alité.

Successeur de Benoît XVI qui a démissionné le 28 février à près de 86 ans, en raison de "l'affaiblissement de ses forces", le pape François a imprimé sa marque en se montrant accessible.

"Avec le pape François, nous aurons une Eglise plus proche du peuple et du monde moderne", a commenté à l'AFP Rodrigo Grajales, un prêtre colombien de 31 ans.

Même ardeur de Soeur Rosa, une religieuse italienne: "J'attends un autre Saint François qui habitera la terre avec amour, bonté, pauvreté et humilité".

Pour soeur Maria-Lourdes, venue du Salvador, "le pontificat devrait être une grande révolution pour les gens pauvres d'Amérique Latine".

Une banderole géante proclamait: "Va et répare ma maison". C'est ce message que François d'Assise avait affirmé avoir reçu de Dieu pour réformer l'Eglise.

Un groupe d'Argentins brandissait une immense pancarte "San Lorenzo", l'équipe de football préférée en Argentine du pape François, tandis qu'une autre grande banderole souhaitait "Shalom", "paix" en hébreu.

Quelque 132 délégations étrangères étaient présentes, dont 31 chefs d'Etat. Tous sont venus à l'issue de la messe le saluer chaleureusement. François, parlant chaleureusement à chacun, ne portait pas la mosette rouge sur les épaules comme Benoît XVI et Jean Paul II. Il a salué notamment sa compatriote Cristina Kirchner, le très controversé président zimbabwéen Robert Mugabe. Il s'est entretenu assez longuement avec le ministre des Affaires étrangères iranien Ali Akbar Salehi, ou la chancelière allemande Angela Merkel, qui s'est dite ensuite "impressionnée par sa façon de parler simple et directe".

Le patriarche orthodoxe Bartholomée 1er, qui a eu des relations très amicales avec Benoît XVI, a affirmé à la télévision turque que sa présence était une première: "Même avant le schisme de 1054 (séparation entre les Églises d'Orient et d'Occident), il n'y a pas eu de présence de patriarche de Constantinople à l'intronisation d'un pape", a-t-il noté.

Les représentants des autres confessions chrétiennes devaient rencontrer François mercredi. Une importante délégation juive était présente mardi, à côté de plus petites délégations musulmane, bouddhiste et hindouiste.

Quant au pape émérite Benoît XVI, retiré du monde, il a suivi la messe de son successeur... en regardant la télévision du Vatican depuis la résidence pontificale d'été de Castel Gandolfo, où le pape François ira lui rendre visite samedi prochain.

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La messe inaugurale, événement mondain

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