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18/03/2013 05:47 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT

Soirée des Jutra : l'hommage à Michel Côté, un moment dont on se souviendra longtemps

L'hommage à Michel Côté était certainement le moment le plus attendu de la 15e Soirée des Jutra. Et on se souviendra longtemps de ces instants d'émotion, qui ont comblé de bonheur l'acteur le plus en vue de la province. Petit retour sur l'hommage en tant que tel, la réaction du principal intéressé et celles de ses camarades.

C'est à Marc Messier, camarade de longue date de Michel Côté, qui le côtoie notamment depuis bientôt 35 ans dans la pièce Broue, qu'est revenu l'honneur d'ouvrir le coup de chapeau, avec un bien cuit qui a fait rire toute l'assistance. Messier a entre autres taquiné son vieil ami et lui a aussi lancé quelques fleurs. « Michel est un acteur respecté et aimé, a-t-il déclaré. Les gens le trouvent drôle et émouvant, et moi aussi. Et je ne suis pas le seul... » Ces mots ont donné le coup d'envoi à une vidéo où se sont succédé plusieurs témoignages, dont ceux de Louis-José Houde, Marie Tifo, Marcel Gauthier, Rémy Girard et le réalisateur Jean-Marc Vallée.

Puis, le fêté est monté sur scène à son tour pour remercier ceux qui font de lui l'homme et l'acteur qu'il est. En larmes, il a rappelé à quel point le métier de comédien est hasardeux. « Choisir ce métier, c'est sauter dans l'inconnu, a-t-il fait valoir. C'est de gravir une montagne dans le plaisir du risque, même si, parfois, on est en apnée et l'air se fait rare. [...] Lorsque je suis sorti de l'École nationale de théâtre, je n'aurais jamais pensé pouvoir jouer dans un film. Je pensais à créer une troupe de théâtre, par exemple, mais pas à faire du cinéma. Pour moi, jouer au grand écran, c'est le cadeau qu'on n'attend pas, c'est l'imprévu exotique, c'est de rencontrer l'amour au coin de la rue. »

Après avoir déploré le manque de curiosité du public pour les œuvres qui se créent ici (« je trouve inquiétant que de si bons films de chez nous fassent des recettes aussi décevantes »), Michel Côté en a ensuite attendri plusieurs en s'adressant à ses proches, sa famille, son « arrimage », comme il les appelle, son épouse Véronique LeFlaguais et en parlant de son père, décédé récemment.

« Pendant une carrière, on a des moments déstabilisants, déroutants, mais j'ai un arrimage solide, qui est ma famille, a-t-il dit. Ce sont mes amours. Il y a mon fils Maxime, mon fils Charles, sa chère Isabelle et leur petit Théo, et ma mère, Janine, qui regarde le gala sans mon père, qui nous a quittés dernièrement. Et il y a ma bonne étoile, l'amour de ma vie, Véronique. Tu m'as toujours soutenu, encouragé, motivé. Avec toi, tout est constructif, positif. J'ai eu le goût de te protéger et de t'aimer dès notre première rencontre. Et je vais le faire encore, je te le jure! »

« Je n'oublierai jamais cette belle soirée avec ma famille et mes amis avec qui j'ai tant de plaisir à travailler », a-t-il conclu dans un tonnerre d'applaudissements.

Ego et sensibilité

Après un discours aussi captivant, Michel Côté était particulièrement attendu dans la salle de presse. Il a répondu aux questions des journalistes avec la même franchise dont il avait fait preuve derrière le micro, quelques instants plus tôt.

« Je voulais dire ce que j'ai dit, a-t-il mentionné. Je me suis dit que je devrais peut-être couper des choses que j'avais préparées puisque l'hommage était long, mais je tenais à dire tout ce que je voulais dire. »

« Demain, je serai avec ma mère, a-t-il poursuivi, parce qu'on va jouer Broue pendant quatre jours au Lac-Saint-Jean. Je suis très sensible. C'est un métier où on a besoin d'un gros ego et d'une immense sensibilité. »

« J'aurais du mal à définir un seul meilleur moment de ma carrière, a-t-il spécifié avant de quitter. Ce soir, c'est pas mal important ! (rires) Je vais m'en souvenir longtemps. On ne fait pas ce métier-là pour les prix. Il faut plutôt prendre plaisir pendant le tournage, et savourer le succès comme un bonus. De mon côté, je suis généreux avec les journalistes, mais, si j'obtiens des succès au box-office, c'est parce que je joue de bons rôles dans de bons films. »

Marc Messier : « Un grand, grand ami »

Marc Messier était nerveux de devoir parler à son complice de toujours devant autant de gens, mais s'est plié de bonne grâce à l'exercice, puisqu'il concernait l'une des personnes les plus significatives dans sa vie.

« Je n'ai pas l'habitude de ces choses-là, et ça m'énervait beaucoup, a-t-il avoué. Mais ça me faisait plaisir de le faire pour Michel. Il est un grand, grand ami, comme un frère pour moi. Nos vies sont mêlées depuis plus de 40 ans. On se voit tout le temps, on travaille ensemble, on voyage ensemble... On a des vies très différentes, mais aussi très semblables. »

S'ils n'ont jamais défrayé les manchettes en raison de leurs différends, Michel Côté et Marc Messier ont connu leur lot de conflits au fil des ans. Mais l'estime et le respect mutuel qu'ils se portent ont toujours triomphé...

« On s'est déjà engueulés sur des choses professionnelles quand on était jeunes, mais jamais sur des choses graves, a noté Marc Messier. On est souvent ensemble, mais, en même temps, on a une vie chacun de notre côté. On se voit une fois de temps en temps l'été, on joue au tennis... Et ça augmente avec les années. Les ego s'amenuisent quand on vieillit, et ça, c'est formidable! (rires) »

Jean-Marc Vallée : « Michel est notre patrimoine »

Le cinéaste Jean-Marc Vallée, qui a dirigé Michel Côté dans son tout premier long-métrage, Liste noire, a raconté quels avaient été ses premiers contacts avec le comédien.

« C'était en 1993 ou 1994, s'est-il remémoré. On a eu une rencontre au téléphone. Il avait lu le scénario et m'avait lancé, à propos de son personnage : "Quel beau chien sale!" (rires). Il aime jouer les méchants! »

« Michel Côté, c'est notre patrimoine culturel, a-t-il louangé. C'est notre plus grand acteur. Il a créé un rapport incroyable avec le public. Il a séduit les gens un à un avec Broue. Michel, c'est l'émotion, la vérité. Il est capable d'être le miroir de ce qu'on est. »

Jean-Marc Vallée a ensuite confié à Michel Côté le premier rôle de C.R.A.Z.Y, celui d'un père de famille aimant et autoritaire. Une fois de plus, la chimie a opéré, et le film, sorti en 2005, est devenu un coup de cœur du public et des critiques. Le réalisateur croit-il que le nom de Michel Côté au générique d'une œuvre soit nécessairement un gage de succès? A-t-il cette notion en tête lorsqu'il propose un personnage à l'acteur?

« Je pense qu'on écrit un cinéma qu'on souhaite accessible, mais ce n'est pas le but en soi. Michel est d'abord un acteur, et c'est pour cette raison qu'on l'approche. Pas en pensant au box-office », a honnêtement répondu Jean-Marc Vallée.

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