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18/03/2013 03:41 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT

Le gouvernement du Québec renouvellera sans appel d'offres le contrat avec Microsoft

The 'Microsoft' logo is seen on a tablet screen on December 4, 2012 in Paris. AFP PHOTO / LIONEL BONAVENTURE        (Photo credit should read LIONEL BONAVENTURE/AFP/Getty Images)
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The 'Microsoft' logo is seen on a tablet screen on December 4, 2012 in Paris. AFP PHOTO / LIONEL BONAVENTURE (Photo credit should read LIONEL BONAVENTURE/AFP/Getty Images)

MONTRÉAL - Le gouvernement du Québec annoncera mardi la création d'un «centre d'expertise» en logiciel libre, mais s'apprête tout de même à adopter un nouveau décret qui lui permettra d'accorder sans appel d'offres à Microsoft le contrat de mise à niveau des centaines de milliers d'ordinateurs de l'État.

Québec invoquera encore une fois l'«urgence», puisque le soutien technique du système d'exploitation Windows XP et de la suite bureautique Office 2003 prendra fin le 8 avril 2014. Or, selon le gouvernement, il faudrait beaucoup plus qu'un an pour changer de plate-forme et passer au logiciel libre.

Déjà, l'automne dernier, le gouvernement avait adopté un décret pour permettre à son centre névralgique, le ministère du Conseil exécutif, de confier à Microsoft et à d'autres géants informatiques américains un contrat de gré à gré de 500 000 $ pour le renouvellement des logiciels Windows, Office et Exchange (courriel).

En comptant environ 2000 $ pour chacun des quelque 700 000 postes de travail de l'État, il pourrait en coûter au bas mot 1,4 milliard $ à Québec pour passer à Windows 7 et à Office 2010. Selon un document du gouvernement obtenu l'an dernier par le quotidien La Presse, 10 pour cent de la somme ira au matériel, 19 pour cent à Microsoft pour les licences et 71 pour cent au soutien technique et à la formation.

Dans l'espoir de mieux faire passer la pilule, le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, s'engagera à mettre sur pied un «centre d'expertise» regroupant une vingtaine de personnes afin de sensibiliser les hauts fonctionnaires aux avantages du logiciel libre, a appris La Presse Canadienne. Le ministre annoncera également des «projets pilotes» où l'on favorisera le logiciel libre.

Au cours d'un entretien téléphonique, lundi, Cyrille Béraud, président de la firme Savoir-faire Linux et de la Fédération québécoise des communautés et industries du libre (FQCIL), a salué la création d'un centre d'expertise, mais a déploré sa taille modeste.

M. Béraud a également dénoncé ce qu'il qualifie de «manque de courage» du gouvernement péquiste dans ce dossier. Selon la FQCIL, Québec pourrait épargner des centaines de millions de dollars en optant massivement pour le logiciel libre, comme l'ont déjà fait plusieurs autres gouvernements dans le monde.

«On va mettre l'ensemble des systèmes d'information du gouvernement du Québec sous la tutelle des multinationales du logiciel privateur pour au moins 10 ans, a affirmé Cyrille Béraud. Ça va freiner le développement de l'innovation au Québec. C'est une décision très lourde de conséquences.»

Benoît des Ligneris, président de Révolution Linux, a quant à lui rappelé que l'industrie du logiciel libre tente depuis des années de convaincre Québec de briser la suprématie de Microsoft et des autres géants du logiciel commercial. Il soutient comme bien d'autres que les produits Microsoft ne sont plus les meilleurs sur le marché.

«Windows 7 date de 2007, a-t-il lancé. En 2007, le premier iPhone sortait!»

Le député caquiste Christian Dubé s'est lui aussi dit déçu par les intentions du gouvernement. Il a rappelé que lorsqu'il était dans l'opposition, le Parti québécois prônait avec force l'adoption du logiciel libre.

Les firmes spécialisées dans le logiciel libre réussissent néanmoins à décrocher des contrats publics dans certains créneaux. Savoir-faire Linux a ainsi obtenu un mandat lié au système de communication des futures voitures du métro de Montréal.

Jo-Annie Larocque, porte-parole du ministre Bédard, a confirmé lundi que la création du centre d'expertise en logiciel libre sera annoncée mardi. La décision concernant le décret sera toutefois communiquée plus tard, mais avant le 31 mars, alors qu'expirera le décret actuel, en vigueur depuis trois ans.

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