POLITIQUE
18/03/2013 01:36 EDT | Actualisé 18/05/2013 05:12 EDT

L'aspirant: l'histoire de Justin Trudeau (partie 7 - conclusion)

HuffPost Canada

Justin Trudeau est-il le sauveur du Parti libéral du Canada?
Sera-t-il premier ministre un jour?

Avec L'aspirant: l'histoire de Justin Trudeau, la chef de bureau du Huffington Post Canada à Ottawa Althia Raj peint un portrait des années passées par Trudeau à Ottawa, Montréal et Vancouver et entraîne le lecteur dans les coulisses de son ascension politique.

Le récit qui compte 10 chapitres est présenté sur une semaine. Par ailleurs, le livre électronique complet est déjà disponible gratuitement en téléchargement (en anglais, liens à la fin de l'article). La version française sera disponible sous peu.

À LIRE:

PARTIE 1 - CHAPITRES 1 ET 2

PARTIE 2 - CHAPITRES 3 ET 4

PARTIE 3 - CHAPITRE 5

PARTIE 4 - CHAPITRE 6

PARTIE 5 - CHAPITRE 7

PARTIE 6 - CHAPITRE 8

PARTIE 7 - CHAPITRES 9

(Ceci est la conclusion de ce livre électronique consacré à Justin Trudeau.)

CHAPITRE 9 : « NOTRE GARÇON »

Trudeau sait qu’une partie de l’attention qu’il reçoit est due à son nom et à une certaine curiosité. Cette curiosité des gens à son sujet, concède-t-il, lui ouvre une porte, mais c’est à lui de fournir les efforts nécessaires pour qu’ils réalisent ensuite que Justin Trudeau est davantage qu’un nom de famille.

Dès le départ, il avait décidé de se concentrer à gagner le cœur de trois groupes de personnes pour qui le nom Trudeau offre peu d’avantages : les nationalistes modérés au Québec, dont plusieurs restent à convaincre malgré l’historique de son père; les jeunes, qui n’ont eu aucune connexion avec son père; et les nouveaux Canadiens, ceux qui sont arrivés après 1984 et pour qui l’héritage de son père en immigration n’a aucune valeur réelle.

Ce sont des groupes chez qui le vote libéral n’est pas acquis. Si Trudeau gagne la course à la chefferie et réussit à les rapatrier, il aura considérablement agrandi l’espace libéral. Ces trois groupes, jumelés au retour des libéraux désenchantés qui n’ont pas voté en 2008 et en 2011, permettraient à Trudeau d’obtenir le poste le plus convoité du pays aux prochaines élections fédérales en 2015.

Jusqu’à ce jour, il réussit assez bien à rejoindre ces communautés. Il a joué le double jeu avec les nationalistes québécois, en leur disant d'un côté qu’il comprend pourquoi ils voudraient se séparer face à un Canada dirigé par Stephen Harper; et de l’autre, en entretenant un appui immuable pour la Loi sur la clarté référendaire, une loi qui dépeint de quelle façon le Canada négocierait les termes d’une séparation et déciderait si une nette majorité a voté pour la sécession du Québec. Il a aussi déjà déclaré que la signature du Québec sur la Constitution n’était pas nécessaire. Des sondages préliminaires ont révélé que les libéraux dirigés par Trudeau l’emporteraient haut la main devant le NPD, le Bloc québécois et les conservateurs au Québec, mais que sans lui, ils retomberaient en troisième place.

En Ontario, un sondage effectué en février par Forum Research a révélé que le Parti libéral sous Trudeau volerait un tiers des votes des partisans du NPD âgés de 18 à 34 ans.

Les jeunes, pour qui le nom Pierre Elliott Trudeau est synonyme de livres d’histoire et d’un aéroport de Montréal, se sont précipités sur Justin et son message de changement générationnel. Il a appuyé un bon nombre de politiques populaires chez les jeunes telles que la légalisation de la marijuana et en plus d’assurer une forte prise de position pour l’environnement, avec notamment sa condamnation du pipeline Northern Gateway.

« Le fait que je puisse persuader et être un politicien efficace avec les jeunes en les impliquant, en les rendant fébriles, en mobilisant des milliers de bénévoles durant cette campagne, ça, ce n’est pas à cause du bagage du nom de mon père. Et pour moi c’est fondamental », fait valoir Trudeau.

Les immigrants sont sensibles à la vision pro-famille de Trudeau en matière d’immigration, même ceux qui n’accordent pas le crédit à son père pour leur arrivée au Canada. Il les a séduits avec plusieurs discours, comme lors de la très controversée conférence « Reviving the Islamic Spirit ». Il a également développé un concept économiquement modéré et favorable au commerce susceptible les charmer.

Les néo-démocrates et les conservateurs choisissent pour le moment d’ignorer Trudeau officiellement. En public, ils soutiennent ne pas être inquiets. Mais en privé, ils sont préoccupés. Les journalistes se font fréquemment rappeler que Trudeau ne doit pas être sous-estimé.

LeBlanc, qui a déjà vu des électeurs demander à leur député néo-démocrate de les prendre en photo avec Justin Trudeau dans les couloirs du parlement, n’a aucun doute que son ami va « assécher le marais du NPD. »

Malgré que son dossier soit plutôt mince, beaucoup d’observateurs politiques, incluant ceux des autres partis, ont la certitude qu’aucun autre candidat libéral ne saurait raviver la flamme des libéraux fédéraux autant que Trudeau.

Il a autant de facilité à remplir un événement gratuit pour des étudiants universitaires qu’à attirer des membres de la communauté chinoise de Colombie-Britannique ayant payé 1200 $ pour pouvoir le rencontrer et prendre des photos. Les gens sont excités d’être autour de lui.

L’équipe de Trudeau estimait au début mars avoir réussi à accumuler entre 160 000 et 165 000 inscriptions partisanes. Alors que les autres candidats ne révèleront pas combien d’inscriptions ils ont accumulées, le nombre total de partisans pour les libéraux s’élevant à 294 002 porte à croire que Trudeau a une forte avance sur ses adversaires.

Elliott Moglica est l’un des 10 000 partisans bénévoles de Trudeau. Depuis les trois derniers mois, l’immigrant âgé de 41 ans originaire de l’Albanie passe quatre jours sur sept au centre d’appel de Toronto de Trudeau. Il appelle les Canadiens et les encourage à s’inscrire. Dès la mi-février, il avait réussi à convaincre plus de mille personnes de s’inscrire. « Je suis si excité, il va y arriver, dit Moglica. Il est un cadeau de Noël. »

Suite du texte sous la galerie

Justin Trudeau au fil des années

La course à la chefferie du Parti libéral n’est pas encore terminée, mais, à moins que Trudeau ne se sabote ou ne s’effondre à cause d’un scandale, il semble que le vote ne sera qu’une simple formalité. La plus grande surprise dans cette course aura certainement été la façon dont Trudeau aura encore réussi à surpasser les attentes. Un membre de son équipe a estimé, en toute confidentialité, qu’il y avait 25 % de chances que Trudeau ne s’écroule. Mais mis à part quelques petits incidents comme ses commentaires à propos du registre des armes à feu et sur les Albertains, la campagne n’a subi aucun grand coup jusqu’à présent.

Trudeau est conscient que plusieurs personnes salivent à l’idée de le voir perdre. Ceux qui croient toujours que Trudeau n’a que du style et aucune essence ne souhaitent qu’une chose, c’est de le voir s’autodétruire.

À l’occasion d’une séance photo pour le Sélection du Reader’s Digest, Trudeau est extrêmement conscient de son image. Il sait exactement comment se placer sous la lumière du photographe et se déplace comme un modèle professionnel. Il prend le temps de bien regarder les clichés ensuite, d’émettre son opinion et de suggérer quelles photos semblent être les meilleures. Lors de rencontres et d’événements de campagne télévisés, il n’est pas rare de le voir marcher vers la caméra, puis prendre la pose, les épaules penchées, les bras croisés et le sourire aux lèvres.

Malgré qu’il ne fasse pas confiance à la plupart des journalistes, il sait comment tirer avantage des médias. Il sait aussi que les médias vont se tourner vers lui à la moindre occasion.

Ils attendent tous qu’il « fasse un faux pas, qu’il bousille tout », croit son ami Smillie.

Contrairement à de précédentes courses à la chefferie, il n’y a pas eu de rumeurs de « campagne de dévalorisation » visant Trudeau. Personne n’a publiquement encouragé ses partisans à placer Trudeau dernier sur le bulletin de vote préférentiel. S’il ne gagne pas la direction du Parti libéral le 14 avril prochain, ce sera certainement le plus gros échec de campagne de la politique canadienne.

Malgré qu’elle soit confiante, son équipe de campagne est tout de même inquiète. Elle est préoccupée par le fait que certains partisans ne s’inscrivent pas à temps ou même pas du tout. Ils s’inquiètent aussi que certaines personnes croient Justin déjà vainqueur et ne prennent pas la peine de voter. Ils ont peur que l’organisation soit inexpérimentée et qu’ils n’arrivent pas à faire sortir le vote. Ou que le Parti libéral ne puisse pas se défendre contre une attaque de leur système de vote en ligne par d’autres partis politiques ou par d’autres groupes.

Le système de vote pondéré des libéraux, où un candidat a besoin d’obtenir la majorité des points alloués dans chacune des 308 circonscriptions, a été fructueux pour le Parti et a obligé tous les candidats à sortir des secteurs où les libéraux sont déjà forts, explique Katie Telford, la directrice de campagne de Trudeau. Mais cela veut aussi dire qu’il sera plus difficile pour Trudeau de l’emporter au premier tour.

Trudeau a besoin d’une majorité des votes dans la majorité des circonscriptions. Selon un membre de sa propre équipe, si Trudeau ne gagne pas au premier tour, il est cuit. La pensée est que soit les gens l’adorent, soit ils le détestent, et peu vont en faire leur choix au deuxième tour. Mais d’autres conseillers n’abondent pas en ce sens, faisant référence à l’appui de l’ancien candidat à la chefferie George Takach qui prouve que Justin peut devenir le second choix de quelqu’un.

Néanmoins, le réel défi à l’horizon est la préparation pour les prochaines élections fédérales. Trudeau a tendance à abaisser les attentes et à se surpasser, mais les élections de 2015 seront beaucoup plus difficiles que de renverser le Bloc québécois dans Papineau ou de combattre un sénateur conservateur.

Même des gens de son entourage ne sont pas encore certains qu’il soit prêt pour le plus haut poste au Canada.

Est-ce que Trudeau est prêt à devenir premier ministre? Smillie prend une pause après la question.

« Demain, non. »

Trudeau est un grand rassembleur et « il est la chose la plus excitante qui soit arrivée à la politique canadienne depuis des années », mais il n’a pas encore assez d’expérience, confie son ami de la Colombie-Britannique.

« C’est un très gros poste avec énormément de responsabilités, et beaucoup de choses doivent se produire avant d’en arriver à ce point. S’il est prêt, personnellement, c’est merveilleux, mais je crois qu’il a encore beaucoup à accomplir et d’expérience à accumuler avant ça. »

Thomas Panos a le même sentiment.

« Je ne sais pas combien de quadragénaires sont prêts à devenir premier ministre, note son ami. Ce que j’espère, c’est qu’il apprenne beaucoup au cours des prochaines années. Je crois que le parti a besoin qu’il grandisse et je crois qu’il a besoin de grandir avec le parti. »

Panos n’est pas certain que deux ans seront suffisants pour que Trudeau et le Parti libéral mettent leurs affaires en ordre. Mais Justin l’a surpris auparavant et il pourrait le faire encore, fait-il remarquer.

Walker révèle qu’il n’est pas tout à fait sûr non plus que la prochaine élection sera celle de Justin. « Je sens qu’il sera au 24 (Sussex Drive). Quand cela se produira, je ne sais pas. »

Même Zlata Kosnica, la préposée au vestiaire de l’hôtel Westin, qui devient « folle » lorsqu’elle aperçoit Justin à la télévision, n’est pas persuadée qu’il puisse y arriver.

« Il est encore jeune, il apprend encore, mais on ne sait jamais, les choses peuvent changer. »

Lorsqu’on lui demande directement s’il est prêt à devenir premier ministre en 2015, Trudeau répond : « Oui ».

Puis il esquive.

« Comparé à bien des premiers ministres que nous avons eus, oui. Je sais qu’il y aura énormément d’apprentissage à faire d’ici là, et je sais que je suis prêt et soucieux d’apprendre, et je sais aussi qu’il y aura beaucoup d’apprentissage à faire si je deviens premier ministre… Mais oui. »

* * *

Deux jours après le soir du combat. Le ring politique.

Avec le caucus libéral derrière lui dans la Chambre des communes, Rodger Cuzner est souriant et plein d’énergie. Le député de Cap Breton ne laissera pas cette victoire passer inaperçue.

On lui donne la parole.

Cuzner : « Monsieur le président, deux hommes dans un ring, 800 personnes dans l’audience. L’un a rédigé un chèque avec sa bouche qu’il ne pouvait encaisser avec ses mains. »

Plusieurs sourires s’affichent sur les visages des membres du Parti libéral pendant que Trudeau, assis au centre, profite de l’attention.

Cuzner : « Les partisans des conservateurs étaient arrogants, ils ont amorcé en force, mais comme le contrat des F-35, ils avaient misé sur le mauvais cheval. »

« Les lbéraux doivent être vaincus. Tel est le credo des conservateurs. Ils n’avaient rien à cacher et on a pu le voir avec le Speedo. »

« Brazeau a commencé fort et a soulevé les conservateurs, mais en moins d’une minute il avait l’air plutôt abattu. »

« L’assaut rouge n’a pu être ralenti. Tout comme ces attaques publicitaires cinglantes et soutenues des conservateurs, les bombes fusaient de partout. »

Cuzner se retourne vers Trudeau.

« Notre garçon a frappé et matraqué. On aurait cru que le sénateur avait l’impression d’être encerclé. »

Un grand sourire s’affiche sur le visage de Trudeau. Ses collègues suivent le mouvement. Les députés Scott Simms, Scott Andrews, Mark Eyking, Ted Hsu, Frank Valeriote et même la chef du Parti vert Elizabeth May, profitent de ce moment.

« Il était étourdi et désorienté. L’arbitre a dû arrêter le combat à deux reprises. Il a reçu tellement de coups de la gauche qu’il suppliait pour un coup de la droite. »

« En moins de six minutes, c’était terminé. Il l’a remporté par TKO, les bons gars avaient gagné. »

Une pluie d’applaudissements et de huées envahissent la Chambre des communes.

Alors que Cuzner termine son dithyrambe, tous les députés libéraux se lèvent en acclamant, les bras dans les airs, portant des gants de boxe blancs et rouges.

C’est ce à quoi ressemble un 2e parti d’opposition redynamisé.

Trudeau, sans gants, se lève rapidement et se mêle à l’ovation pour ne pas avoir l’air isolé au milieu de la foule, avec sa bouille épanouie toujours bien cadrée.

* * *

TRADUCTION FRANÇAISE: Sophie Ferrandino

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