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17/03/2013 09:25 EDT | Actualisé 17/05/2013 05:12 EDT

L'opposition syrienne va choisir un Premier ministre

Un ancien ministre de l'Agriculture, un économiste et un cadre supérieur dans les telecoms sont favoris pour occuper le poste de Premier ministre de la rébellion qui devra gérer les territoires du nord et de l'est de la Syrie conquis par les insurgés.

Lundi et mardi dans un hôtel d'Istanbul, les quelque 70 membres de la Coalition, l'organe le plus représentatif de l'opposition, départageront la dizaine de candidats, dont la majorité sont peu connus, mais desquels émergent l'ex-ministre Assaad Moustapha et l'économiste Oussama al-Kadi et un dirigeant d'une entreprise américaine Ghassan Hitto.

Une fois choisi, lors d'un vote à bulletins secrets, le Premier ministre formera son gouvernement dont la composition devra être approuvée par la Coalition. L'opposition entend ainsi montrer sa capacité à gérer des territoires pris au régime par les armes, mais où règne aujourd'hui le chaos en l'absence d'une administration digne de ce nom.

"Il y a un réel besoin d'une meilleure gestion de la vie quotidienne dans les zones libérées. Il faut une autorité civile qui soit une alternative au gouvernement d'Assad", affirme à l'AFP Matar Ismaïl, un militant anti-régime de la région de Damas.

Les membres de l'opposition déclarent vouloir un bon administrateur ayant des liens anciens avec le soulèvement, mais les pays les plus engagés avec les rebelles, comme l'Arabie saoudite et le Qatar, auront leur mot à dire.

"Le Premier ministre doit être un homme totalement acquis à la révolution et c'est mieux encore s'il a vécu en Syrie jusqu'à récemment et non quelqu'un qui a résidé depuis longtemps à l'étranger", estime l'opposant de longue date Haytham al-Maleh.

"Le prochain Premier ministre ne sera pas choisi en fonction du nom le plus répandu dans les médias mais en prenant en compte celui qui est le plus apte à diriger un gouvernement qui répondra aux besoins les plus pressants de la population", explique un autre membre de la Coalition, Ahmad Ramadan.

Sur les trois noms qui se détachent du lot, deux sont des technocrates qui ont passé une partie de leur vie aux Etats-Unis: Oussama al-Kadi, né en 1968 à Alep et qui dirige à Washington le Centre syrien pour les études politiques et stratégiques et Ghassan Hitto, né en 1963 à Damas et qui a passé près de 25 ans aux Etats-Unis où il a été un cadre dirigeant d'entreprises de haute technologie avant de rejoindre la Turquie et les rangs de la révolution fin 2012.

Le troisième favori a un parcours différent. Né en 1947 à Idleb, Assaad Moustapha, s'il ne parle pas l'anglais comme ses deux concurrents, peut faire valoir son expérience gouvernementale puisqu'il fut durant neuf ans, jusqu'en 2001, ministre de l'Agriculture de feu Hafez al-Assad puis de son fils Bachar.

"Si on veut un technocrate, alors c'est peut être Kadi qui gagnera. Si le choix c'est l'expérience alors ce sera Moustapha", commente M. Ramadan.

"Ce dernier jouit d'une bonne expérience, il a été proche depuis longtemps de la révolution et il est respecté", précise-t-il à 'AFP.

L'opposant marxiste chrétien Michel Kilo, a décliné le poste, tout comme le premier chef de l'opposition Burhane Ghalioun et Riad Hijab, l'ancien Premier ministre de Bachar al-Assad.

Selon Ahmad Ramadan, la Coalition pourrait procéder à un premier vote puis à un second avec les deux candidats arrivés en tête.

Le choix d'un Premier ministre et de former un gouvernement ne font pas l'unanimité. Certains comme Michel Kilo sont opposés à la mise sur pied d'un gouvernement intérimaire et veulent privilégier un dialogue avec le régime pour aboutir à la constitution d'un gouvernement formé de membres de l'opposition et du régime.

Il semble que Washington préfère aussi cette option mais la Ligue arabe et la Turquie appuient un gouvernement intérimaire.

Pour les militants sur le terrain, cette désignation du Premier ministre à Istanbul représente une réelle alternative à Assad. "Même si ce n'est pas nous qui l'élisons directement, nous pouvons les rendre responsables des erreurs qui pourraient être commises. Cela représente un espoir", assure Matar Ismaïl.

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