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17/03/2013 04:17 EDT | Actualisé 16/05/2013 05:12 EDT

La taxation des dépôts bancaires risque de déstabiliser l'économie chypriote

La décision inédite de l'Union européenne de taxer tous les dépôts bancaires en contrepartie d'un plan de sauvetage pour Chypre risque de mettre en péril l'économie de l'île méditerranéenne, qui est un important centre financier, estiment des analystes et acteurs du secteur.

"Les dégâts risquent de durer sur le long terme", estime Fiona Mullen, analyste économique spécialiste de Chypre.

"Les services financiers et commerciaux étaient les seuls secteurs générant de l'emploi et des revenus fiscaux, et ils sont sous le coup d'une double peine: à la fois l'augmentation de l'impôt sur les sociétés et la taxation de leurs dépôts", déclare-t-elle à l'AFP.

Les bailleurs de fonds ont demandé à Nicosie d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75% sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi qu'un prélèvement à la source sur les intérêts.

Dans ses négociations avec l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement chypriote a également dû accepter une hausse de l'impôt sur les sociétés de 10% à 12,5%, ce qu'ils considérait pourtant comme une ligne rouge.

Les actifs bancaires à Chypre représentent huit fois le PIB de l'île, où sont implantées de très nombreuses sociétés off-shore, profitant d'un des taux d'imposition sur les entreprises les plus avantageux de l'Union européenne.

Selon le vice-président de l'Institut des experts comptables publics, Marios Skandalis, "il y a un risque très important que cela sonne le glas de Chypre en tant que centre financier fort et digne de confiance".

Ces mesures "touchent un secteur majeur de l'économie chypriote et auront à terme un effet négatif sur le PIB", estime-t-il, soulignant que c'est "une source majeure de revenus pour l'économie chypriote" qui est ainsi menacée.

"Retombées imprévisibles"

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Après l'annonce du plan de sauvetage conclu samedi à l'aube, à la veille d'un week end prolongé, des dizaines de déposants inquiets ont tenté de retirer de l'argent pour minimiser le montant qui risque d'être prélevé sur leur compte.

Pour Hubert Faustmann, un analyste politique allemand basé à Chypre, la taxation des dépôts est une "expérience" dont les retombées sont "imprévisibles".

"Les économistes ne savent pas comment les investisseurs vont réagir" et ce qui va se passer à la réouverture des banques mardi, souligne-t-il.

Selon lui, "ceux qui profitent du statut de paradis fiscal de l'île et les éventuels détenteurs d'argent blanchi paieront leur part, ce qui devrait satisfaire l'opinion publique allemande, mais ces mesures affectent aussi toute la population, et peuvent tuer l'économie de l'île".

Selon l'économiste George Theocharides, interrogé par la chaîne Sigma TV "il semblerait que (...) chaque compte dans chaque banque soit ponctionné".

"Les conséquences ne sont pas seulement mauvaises pour Chypre, mais aussi pour d'autres pays de la zone euro", estime-t-il.

Les signataires de l'accord "ont ouvert une boîte de Pandore", renchérit M. Faustmann. "Ils ont crée un précédent qui pourrait avoir un effet domino: imaginez ce qui risque de se passer si les investisseurs dans les autres pays européens bénéficiant d'un plan de sauvetage décidaient de retirer leurs fonds" par crainte d'une ponction similaire.

Le Parlement chypriote, qui devait initialement se réunir dimanche pour entamer le processus de ratification du plan d'aide, va finalement débattre lundi à 14H GMT. Face aux désaccords de plus en plus évidents, le président Nicos Anastasiades a également reporté à lundi un message à la nation selon la télévision publique.

Néanmoins, en dépit de l'opposition des communistes de l'Akel qui disposent de 19 sièges sur 56 au Parlement, les députés chypriotes seront contraints de valider le plan de sauvetage car "la seule alternative, c'est la faillite".

"Ils ne peuvent pas amender le texte -- à ma connaissance, c'est un vote pour ou contre, et voter contre cela signifie la banqueroute", souligne M. Faustmann.

cnp/hj