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16/03/2013 03:47 EDT | Actualisé 16/05/2013 05:12 EDT

Yaïr Lapid, un séducteur en politique

Novice en politique et pourtant nouveau grand argentier d'Israël dans une conjoncture économique difficile, il envisageait d'être Premier ministre avant même son entrée comme député à la Knesset début février. Yaïr Lapid, le chef de file du parti centriste Yesh Atid, sensation des élections législatives du 22 janvier, ne manque ni d'ambition ni de charisme.

Deux qualités qui ont permis à cet ancien journaliste, entré en politique il y a tout juste un an, de devenir le faiseur de roi du nouveau gouvernement, à la tête de la deuxième force politique du Parlement avec 19 députés.

Selon l'accord de coalition, Yaïr Lapid va hériter du ministère des Finances dans une conjoncture économique difficile.

Inconnu à l'étranger, il est une personnalité familière des Israéliens qui l'ont suivi pendant 15 ans à la télévision comme présentateur de talk-shows populaires.

Ses détracteurs lui reprochent de cultiver son image de séducteur --il a été désigné dans sa jeunesse comme un des Israéliens les plus sexy--, et de n'être que le dernier avatar d'un "star system" qui voit l'entrée en politique d'un nombre croissant de "people".

Ses partisans, eux, disent tomber sous le charme de l'ancien présentateur télé au physique d'acteur américain --carrure large, sourire convaincant et cheveux grisonnants invariablement gominés -, parlant parfaitement l'anglais, cosmopolite et cultivé.

Yaïr Lapid a fait campagne sur un programme essentiellement social de défense des classes moyennes (conscription pour tous, baisse des impôts).

Sur le dossier palestinien, il plaide pour un "divorce à l'amiable" qui conduirait à la création d'un Etat palestinien, mais sans partage de Jérusalem et avec le maintien en Israël des principaux blocs de colonie.

Né en 1963 à Tel-Aviv, Yaïr est le fils du défunt journaliste "Tommy" Lapid, ancien ministre de la Justice dans le gouvernement d'Ariel Sharon et ex-chef de file du parti laïc Shinouï. Sa mère, Shoulamit, est romancière et dramaturge.

Après avoir travaillé pour Maariv, le quotidien dans lequel écrit son père, il décroche dans les années 90 une chronique dans le supplément du week-end du Yedioth Aharonot, qui va le faire connaître du grand public israélien.

Parallèlement, il poursuit ses activités de touche-à-tout insatiable: il boxe en amateur, s'adonne aux arts martiaux, écrit des romans policiers et des séries télé, compose et interprète des chansons et joue au cinéma.

Mais c'est à la télévision, où il devient dans les années 2000 le présentateur du talk-show le plus suivi en Israël, qu'il s'impose comme l'incarnation de l'Israélien moyen, posant invariablement à ses invités sa question fétiche: "Qu'est-ce qui est israélien à vos yeux ?"

Ce qui lui permet de franchir le pas et de se lancer en politique en janvier 2012 en créant Yesh Atid ("Il y a un avenir") avec comme mantra la défense des classes moyennes.

Il enjôle aussi les jeunes, menant une campagne "à-la-Obama" en écrivant chaque jour à ses électeurs sur Facebook. Le lendemain des élections, il confesse sur sa page: "Au cours de l'année passée vous m'avez demandé sans arrêt si je serai encore avec vous après avoir été élu. Voilà. L'élection est terminée et comme vous voyez je suis là".

"La victoire de Yaïr Lapid est le triomphe de la politique moderne (...) d'internet et de la télé-réalité", selon Yossi Verter, analyste politique de Haaretz.

D'autres critiques de M. Lapid estiment que Yesh Atid, comme tant d'autres partis centristes avant lui --Kadima, le Parti des retraités, le parti Shinouï de Tommy Lapid-- sera une météorite politique dans le paysage politique israélien.

Une possibilité que le chef de Yesh Atid veut exclure. Dans une interview diffusée par la deuxième chaîne de télévision le jour des élections, Yaïr Lapid rapporte les propos de son père, Tommy, quelques jours avant sa mort en 2008: "Il m'a dit +Yaïri+ (diminutif affectueux de Yaïr), je te laisse une famille et un pays+".

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