DIVERTISSEMENT
16/03/2013 10:48 EDT | Actualisé 16/05/2013 05:12 EDT

Le Clown : portrait d'une société débridée par les finissants de l'École nationale de théâtre (PHOTOS)

Maxime Côté

Les étoiles de demain n’attendent pas d’être sous les feux de la rampe pour briller. À chaque saison, l’École nationale de théâtre (ENT) offre à ses finissants l’opportunité de se faire valoir dans une production originale ouverte au grand public, dans laquelle les étudiants en interprétation jouent le texte d’un diplômé du programme d’Écriture dramatique de l’année précédente. Costumes, décors, éclairages et autres éléments de la scénographie sont aussi l’œuvre des élèves, ce qui brosse un joli tableau de la relève qui prendra bientôt d’assaut les planches professionnelles.

Le Clown, de Mathieu Héroux, est la pièce qui a été sélectionnée par la promotion 2013 de l’ENT. Mise en scène par Jacques Laroche, l’histoire évoque le destin de Théodore, un être solitaire qui vit déguisé en clown depuis son enfance, dans un camping perdu en périphérie de la ville, aux côtés d’une mère aigrie qui ne fait qu’un avec sa chaise longue. Son fils, Teddy, est responsable de la grande roue au parc d’amusement de l’endroit. Rêveur, le garçon aimerait partir en voyage, au propre ou au figuré, avec sa collègue Kansas qui, elle, en pince pour un prince charmant parti en cavale autour du monde et qu’on devine fictif. Cherchant toujours sa place dans cet entourage dysfonctionnel, Théodore camoufle ses démons dans un large puits… dans lequel il devra finir, tôt ou tard, par plonger.

Il faut aimer le théâtre dans ce qu’il a de plus éclaté et de plus marginal pour apprécier Le Clown, ce portrait difforme d’êtres excentriques et asociaux, qui pataugent entre souffrance et idéalisme. Après tout, son auteur lui-même le compare à « une grosse pisse jaune de lendemain de veille d’asperges », sous-entendant ainsi que le propos avait jailli de lui telle une nécessité et non comme l’aboutissement d’une longue et morne réflexion. Le jeune homme ressentait tout simplement le besoin de nous faire visiter cet ailleurs qu’il visualise à la jonction de la mer et du ciel, cet espace où tout est permis et où chacun vit et agit comme bon lui chante.

Et les limites de l’imaginaire débridé du créateur semblent loin, très loin. Son Clown se veut ainsi un récit non linéaire, parfois drôle, souvent cru, par moments incompréhensible et un tantinet longuet, mais sympathique et audacieux. L’issue du spectacle ne débouche peut-être sur aucun débat ou questionnement existentiel, mais on doit saluer la capacité de Héroux à esquisser des personnages forts et à leur mettre en bouche des répliques percutantes.

Les quatre jeunes acteurs qui donnent corps à ces saltimbanques de fortune sont certainement promis à un brillant avenir. Félix Léveillé (Théodore), Laurence Régnier (Simone), Jade Bruneau (Kansas) et Alexandre Lagueux (Teddy), qui doivent ici défendre une prémisse hasardeuse, parviennent à nous faire croire à cet univers à la fois fantaisiste et pathétique, où toilette, masturbation, fête foraine et jeux de hasard – déployés dans un même quadrilatère! – deviennent le reflet d’un mal-être et d’un espoir profonds et persistants. On les reverra tous sous peu, c’est certain.

Diplômé de la cohorte 2012 de l’ENT, Mathieu Héroux a précédemment signé la pièce jeunesse Antoine le Muet et sa prochaine offrande, Paul et la mer ou Le destin d’une marionnette, sera présentée à Moncton l’été prochain. Quant au Clown, il s’agit du premier volet de sa Trilogie de la fuite dans l’imaginaire, qui se poursuivra avec Le Pirate et Le Magicien. L’écrivain se dit adepte du conte sous toutes ses formes.

Une ultime représentation du Clown sera donnée ce samedi, à 15h, au Studio Hydro-Québec du Monument-National. Pour plus d’informations : www.ent-nts.ca.

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