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16/03/2013 01:25 EDT | Actualisé 16/05/2013 05:12 EDT

L'AQCPE se sent trahie par Pauline Marois, dit Louis Sénécal

MONTRÉAL - Voulant atteindre à tout prix le «déficit zéro», le gouvernement québécois a décidé d'imposer un régime minceur aux centres de la petite enfance (CPE).

Dès le 1er juillet, les CPE subiront des compressions de 37,9 millions $, une baisse de 3,5 pour cent de l'enveloppe budgétaire. Le gouvernement Marois réduit aussi de 18,3 millions $ les subventions accordées aux garderies privées.

Les garderies devaient pourtant échapper aux compressions en 2013-2014, selon le budget Marceau déposé en novembre.

L’Association québécoise des CPE se dit «trahie» par Pauline Marois, l'instigatrice du réseau. Son directeur général, Louis Senécal, estime que c’est la «pire attaque» de l’histoire des CPE.

En 2006, le gouvernement Charest avait procédé à des coupes de 50 millions $, lesquelles avaient été dénoncées par Mme Marois. Les compressions s'étaient alors traduites par quelque 800 abolitions de poste dans le réseau.

Les coupes annoncées par le gouvernement péquiste pourraient entraîner la suppression d'un à deux postes par CPE à travers la province, d'après les prévisions de M. Senécal.

«Les parents feront face à des bris de service parce que les CPE ne sont plus en mesure d'offrir l'encadrement suffisant prévu par la loi», a prévenu M. Senécal.

«Notre économie roule parce qu'on laisse nos enfants le matin dans un service de garde de qualité avec des éducatrice qualifiées», a-t-il ajouté, précisant que les conséquences ont été grandement sous-évaluées par le gouvernement.

Il promet que le réseau des CPE se mobilisera comme jamais, et que tous les moyens seront utilisés pour exercer des pressions sur le gouvernement, y compris des journées de fermeture. Déjà, l'association qu'il dirige espère rencontrer la première ministre, mais aucun rendez-vous n'avait encore été ajouté à l'agenda de la première ministre, samedi.

M. Senécal promet que les parents aussi se mobiliseront.

Selon lui, les CPE ont largement contribué aux cadres budgétaires austères des derniers gouvernements.

«La ministre (Nicole Léger) était visiblement très mal à l'aise de nous annoncer ça, jeudi», a-t-il indiqué.

M. Senécal s'est dit plus que surpris et choqué par l'annonce du ministère. Il ne conçoit pas comment un gouvernement favorable à l'implantation de nouveaux CPE, qui s'est fait élire avec l'engagement formel de fournir une place pour chaque enfant, peut remettre en question une promesse électorale si rapidement. «S'il y a une explication, on va l'écouter, mais pour l'instant, on est incapable d'y voir autre chose qu'une volonté politique de démontrer que le gouvernement est prêt à couper partout, même dans les CPE.»

Selon M. Senécal, la marge de manoeuvre de bon nombre de gestionnaires de CPE est inexistante, puisque les salaires — qui représentent 80 pour cent des budgets de fonctionnement — sont négociés dans le cadre de conventions collectives dans 40 pour cent des CPE.

« Je me demande bien comment les partenaires syndicaux vont réagir à cette annonce-là», souligne-t-il.

Du côté du ministère de la Famille, on assure que les compressions n'affecteront pas l'objectif de création de 28 000 nouvelles places en garderie d'ici 2016. Le budget du ministère a d'ailleurs été de bonifié de plus de trois pour cent pour la réalisation de cette promesse électorale.

«On doit contribuer aux efforts budgétaires demandés et j'ai essayé de trouver où il y aurait le moins d'impacts possibles», a précisé la ministre Nicole Léger.

Deux mesures spécifiques ont été imposées aux CPE. D'une part, le ratio éducateur/enfants sera révisé à la hausse pour le groupe d'âge des quatre ans. Le nombre d'enfants à la charge d'un éducateur passera de huit à dix pour ces enfants. La mesure serait en fait déjà prévue au règlement du ministère, mais les subventions n'auraient jamais été ajustées.

Le deuxième effort demandé a trait au surplus cumulés des CPE, qui auraient atteint 222 millions $ au cours des cinq dernières années, selon la ministre. Si plusieurs garderies sont aux prises avec un déficit opérationnel, 80 pour cent des CPE bénéficieraient en réalité de surplus cumulés.

Une compression de 1125 $ sera exigée d'un CPE présentant un surplus de 100 000 $, donne à titre d'exemple la ministre.

«Je demande un effort d'aménagement à l'intérieure de l'espace dont disposent les gestionnaires. Chaque conseil d'administration est autonome. Il doit trouver les aménagements possibles», a affirmé Mme Léger.

«On est des bons gestionnaires et ça ne touchera pas les services», répond Mme Léger, face aux critiques qui lui sont adressées.

Pour la députée de Québec solidaire, Françoise David, le gouvernement péquiste est «profondément aveuglé» par cette obsession du déficit zéro.

«Ce sont des gens à qui on avait dit : non non, pas de problèmes, aucune menace, il n'y aura pas de coupes chez vous», lance Mme David, avec ironie. Elle se demande maintenant où tombera le couperet la prochaine fois.