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16/03/2013 03:57 EDT | Actualisé 16/05/2013 05:12 EDT

"Bibi" III, un roi d'Israël au trône ébranlé

Sacré le "roi Bibi" par Time en 2012, Benjamin Netanyahu, qui est parvenu laborieusement à former un gouvernement, reste sur le trône d'Israël mais il sort blessé, peut-être mortellement, d'un soufflet électoral inattendu et des âpres marchandages qui ont suivi.

Avant les élections législatives du 22 janvier, il semblait déjà acquis que le patron du Likoud, le grand parti de la droite nationaliste israélienne, serait le prochain chef du gouvernement. Mais les commentateurs les plus influents, qui le considèrent comme un dirigeant faible et indécis, lui prédisent déjà un "enfer", une "coalition cauchemardesque, pour son troisième mandat.

"De son point de vue, Netanyahu a beaucoup sacrifié. Il n'a cessé de capituler, abandonnant à Lapid et Bennett (ses partenaires gouvernementaux) une citadelle après l'autre", constatait cruellement cette semaine le quotidien Maariv.

Pour lui, Yaïr Lapid et Naftali Bennett, chefs de file du centre droit et de la droite extrême, représentent "tous les dangers", relevait le Haaretz: "Ils sont jeunes, contemporains et populaires. Lui représente la vieille garde, eux la jeune".

Pourtant, "Bibi" peut se targuer à 63 ans de sa longue expérience gouvernementale, de son patriotisme intransigeant et de sa stature internationale.

Sous la direction de ce libéral sans états d'âme, l'économie israélienne est en relative bonne santé, comparée au maelström alentour, même si le déficit budgétaire inquiète.

Excellent tribun à la carrure ramassée, souvent spirituel, Benjamin Netanyahu s'est imposé à l'intérieur comme à l'extérieur après un premier mandat controversé (1996-99). Au point de chapitrer le président Barack Obama devant les caméras à la Maison Blanche en mai 2011...

Cet architecte de formation a ébahi l'Assemblée générale de l'ONU l'automne dernier en traçant au marqueur une ligne rouge sur un dessin de bombe prête à sauter pour symboliser la nécessité de fixer une limite à l'Iran en matière de développement nucléaire.

M. Netanyahu est pourtant critiqué pour son caractère indécis -- on le dit sous l'influence de sa troisième épouse, Sara -- et ses talents d'"illusionniste" prêt à céder sous la pression. Il est pragmatique, répondent ses partisans. L'ancien président français Nicolas Sarkozy l'avait traité de "menteur" lors d'une conversation privée avec Barack Obama.

Youval Diskin, un ancien patron du Shin Beth, le service de la Sécurité intérieure, a dressé un portrait au vitriol du Premier ministre à propos du projet qui lui a été prêté d'attaquer l'Iran, fustigeant un dirigeant "qui prend des décisions basées sur des illusions messianiques".

Petit-fils de rabbin, fils d'un historien ultra-sioniste, Benjamin Netanyahu considère l'Iran comme le nouvel "Amalek", l'ennemi mortel des Hébreux dans la Bible, et compare la menace nucléaire iranienne et la Shoah.

Proche de l'école néo-conservatrice américaine, ce politicien qui a passé toute sa jeunesse aux Etats-Unis et a été le plus jeune des Premiers ministres d'Israël, le premier né après la création de l'Etat en 1948, a une vision pessimiste de l'Histoire.

Pur produit de l'élite ashkénaze qui a fondé l'Etat d'Israël, il est resté marqué par la mort héroïque de son frère aîné Yonatan, chef d'une unité d'élite tué lors du raid d'Entebbé (Ouganda) contre un commando pro-palestinien en 1976, et ne cesse de pourfendre le "terrorisme international" et "l'extrémisme islamiste".

Faucon naturellement, toujours vague quant à ses intentions avec les Palestiniens, il est hostile à un retrait de Cisjordanie et rejette tout partage de Jérusalem ou encore l'idée d'un Etat palestinien jouissant des attributs de la souveraineté.

Israël ne cédera jamais ni sur sa "sécurité", son maître mot, ni sur sa revendication d'être reconnu comme "l'Etat-nation du peuple juif", répète ce Premier ministre ami des colons.

agr/hj