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15/03/2013 05:24 EDT | Actualisé 15/05/2013 05:12 EDT

ONU: session de rattrapage pour le traité sur le commerce des armes

De nouvelles négociations s'ouvrent lundi à New York pour tenter de conclure le premier traité international sur le commerce des armes conventionnelles, après un échec à la fin juillet 2012.

Les 193 Etats membres de l'ONU ont 11 jours pour trouver les moyens de réglementer ce marché, qui représente plus de 70 milliards de dollars par an.

Le principe est d'obliger chaque pays à évaluer, avant une transaction, si les armes vendues risquent d'être utilisées pour commettre des violations des droits de l'homme ou des attentats, ou être détournées par le crime organisé.

Mais pendant quatre semaines en juillet dernier, les grands pays exportateurs (Russie, Etats-Unis, Chine) ou acheteurs (Egypte, Inde, Pakistan, pays du Golfe) s'étaient acharnés à assouplir les critères d'évaluation, ou à exclure du texte des catégories entières d'armement au gré de leurs intérêts.

Les négociateurs avaient finalement accouché d'un compromis. Mais les Etats-Unis, alors en campagne présidentielle, y avaient coupé court, réclamant plus de temps pour se prononcer. En décembre, l'Assemblée générale de l'ONU a convoqué une nouvelle session "finale" de négociations, sur la base du compromis de juillet.

"Il y a une volonté d'en finir", explique un diplomate européen, "mais beaucoup dépend, une fois encore, des Etats-Unis", premier pourvoyeur d'armes de la planète.

Le département d'Etat a réaffirmé vendredi que Washington "continuait de refuser l'inclusion des munitions" dans le traité, faisant valoir qu'il serait trop difficile et trop coûteux de les contrôler.

Dix-huit prix Nobel de la paix, dont Oscar Arias, Jimmy Carter et Desmond Tutu, ont adressé jeudi une lettre ouverte à Barack Obama, lui-même lauréat en 2009. Un traité vigoureux et contraignant "est une obligation morale et servirait les intérêts nationaux de sécurité" des Etats-Unis, affirment-ils.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a, lui, souhaité un traité "musclé" incluant les munitions. "Il en va de notre responsabilité collective".

Les ONG déplorent les lacunes du projet actuellement sur la table. Elles soulignent l'absence des ventes de munitions, ou de pièces et composants, ainsi que des équipements destinés à la police, des drones ou des hélicoptères de transport de troupes.

Selon Oxfam, 12 milliards de balles sont produites par an, un marché de 4,3 milliards de dollars essentiel pour les Etats-Unis qui en produisent la moitié. Washington a obtenu l'an dernier que les munitions ne soient évoquées que dans une annexe au traité.

"Les munitions sont un élément-clé", reconnaît le même diplomate, soulignant que les Européens "veulent qu'elles fassent partie intégrante du traité".

Le texte ne couvre pas non plus les accords de coopération militaire, par exemple l'aide de la France à ses anciennes colonies africaines ou les livraisons d'armes de Moscou à son allié syrien.

"Le champ des armes concernées doit être le plus large possible", insiste Aymeric Elluin, d'Amnesty International. "Il est temps de conclure mais nous avons besoin d'un texte musclé", indique Anna MacDonald d'Oxfam. "L'histoire montre que les traités forts créent des normes internationales élevées et changent le comportement des Etats".

Des diplomates expliquent qu'il y a deux tactiques possibles: trouver un compromis acceptable par tous, au risque d'affaiblir le traité. Ou rassembler un certain nombre de pays autour d'un texte solide, en espérant que d'autres suivront leur exemple. Ce fut l'approche choisie pour la Convention d'Oslo sur l'interdiction des armes à sous-munitions, conclue en 2008 et signée pour l'instant par 79 pays.

Encore faut-il que les principaux exportateurs adhèrent au traité. Amnesty rappelle que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) sont "responsables de plus de la moitié des ventes d'armes classiques" dans le monde et ne sont pas toujours regardants sur leurs clients.

avz/sam