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15/03/2013 07:41 EDT | Actualisé 15/05/2013 05:12 EDT

Les accords Juba/Khartoum ne vont pas régler la question des rebelles

Des pourparlers de paix sont en cours entre Khartoum et Juba après des mois de heurts intermittents, mais des observateurs estiment que la rébellion dans les Etats soudanais frontaliers du Soudan du Sud n'est pas prête de s'arrêter.

Ces observateurs soulignent que même si les accords conclus la semaine passée --y compris sur une zone démilitarisée à la frontière-- mettent fin au contentieux entre Khartoum et de Juba, le Soudan continuera de faire face à une rébellion dans les provinces du Kordofan-Sud et du Nil Bleu.

"Même si Juba cesse son soutien (aux rebelles en territoire soudanais NDLR), cela ne signifie pas la fin de ce conflit", souligne Magdi el-Gizouli, chercheur au Rift Valley Institute. "Cette guerre est liée à des problèmes intérieurs et locaux, auxquels il faut s'attaquer".

Depuis des mois, le Soudan réclame des garanties au Soudan du Sud pour qu'il s'engage à ne plus soutenir les rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N), tandis que Juba dément les aider.

Mais lors des pourparlers sous la houlette de l'Union africaine le week-end dernier, le Soudan a assoupli sa position sur ces garanties, permettant de débloquer un accord sur le pétrole et huit autres dossiers, dont celui de la zone tampon.

Les deux parties ont finalement convenu d'un calendrier précis pour la mise en oeuvre de ces accords, restés lettre morte depuis leur adoption en septembre 2012.

Cette zone démilitarisée, le long de la frontière contestée et non démarquée, sépare officiellement le Soudan du Soudan du Soudan mais, en réalité, elle est surtout destinée à entraver les rebelles qui combattent dans cette zone depuis près de deux ans, a souligné une source diplomatique.

"Ils espèrent affaiblir un peu plus les rebelles par ces accords", a estimé cette source, sous couvert de l'anonymat.

Mais les observateurs s'inquiètent du fait qu'aucune négociation formelle n'est prévue avec le SPLM-N.

Il s'agit de "la seule faiblesse de tout le processus", souligne un diplomate africain.

Selon lui, des hauts responsables de l'ONU se sont rendus à Khartoum cette semaine "pour essayer de faire pression en vue de négociations directes (...) commençant au moins par un cessez-le-feu humanitaire" permettant de livrer de l'aide dans les zones contrôlées par les rebelles.

L'ONU et l'UA appellent depuis des mois le SPLM-N et Khartoum à négocier une issue au conflit qui a poussé à l'exil plus de 200.000 personnes, devenues réfugiées au Soudan du Sud ou en Ethiopie.

Le SPLM-N affirme lutter pour renverser le régime de Khartoum dominé par les Arabes afin d'obtenir davantage de démocratie et de respect de la diversité ethnique et des droits de l'Homme.

Les Soudanais du Sud ont armé et entraîné le SPLM-N quand ce mouvement était la branche nordiste de la rébellion sudiste, mais affirment avoir mis fin à cette collaboration militaire peu avant d'obtenir leur indépendance en juillet 2011.

Mais selon analystes et diplomates, Juba a continué à soutenir les rebelles.

La mise en place d'une zone tampon mettrait le SPLM-N "dans une position beaucoup plus fragile, sans réel soutien logistique", souligne M. Gizouli.

Le SPLM-N s'est dit prêt à des pourparlers directs avec le gouvernement soudanais mais celui-ci exige au préalable que les rebelles cessent leurs hostilités et coupent tous les liens avec Juba.

La question des rebelles reste "un facteur d'échec potentiel" pour les accords entre les deux Soudans, a souligné la source diplomatique, et leur position sur ce sujet n'est pas claire.

Après les accords de septembre, les rebelles avaient attaqué aux obus de mortiers pendant des semaines le chef-lieu du Kordofan Sud, Kadougli.

"Je crains que nous ne soyons de nouveau confrontés à des mois de guerre au Kordofan Sud", a estimé cette source.

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