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15/03/2013 06:24 EDT | Actualisé 15/05/2013 05:12 EDT

Jean-Marc Ayrault ferme une parenthèse sur la période Sarkozy

QUÉBEC - Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a fermé une parenthèse, vendredi, sur la période durant laquelle l'ancien président Nicolas Sarkozy a rompu avec la position traditionnelle de la France envers le Québec.

M. Ayrault a marqué le retour à la formule de «non-ingérence et non-indifférence» en situant cette position, élaborée il y a 30 ans, au-delà des considérations partisanes, dans la «continuité».

Lors d'une conférence de presse conjointe avec la première ministre Pauline Marois, à l'Assemblée nationale, M. Ayrault a rappelé que le président socialiste François Hollande, élu en 2012, avait déjà repositionné la France l'automne dernier.

Le premier ministre français a affirmé que M. Hollande a renoué avec la formule élaborée en 1977, par laquelle la France exprime son préjugé favorable envers le Québec.

«Au-delà des opinions partisanes, au-delà des sensibilités qui gouvernent, que ce soit la France ou que ce soit le Québec, c'est (une) volonté de respecter cette histoire et cette relation qui est unique et qui est une véritable richesse», a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

En 2008, M. Sarkozy avait rompu avec la formule de «non-ingérence et non-indifférence. Lors d'un passage à Québec, M. Sarkozy avait affirmé que le monde n'avait «pas besoin d'une division supplémentaire».

Les péquistes avaient aussitôt protesté contre ce changement de position.

Vendredi, Mme Marois a semblé satisfaite. Elle s'est même autorisé une question à la journaliste qui avait interrogé le premier ministre, lors d'une conférence de presse où les péquistes ont choisi de limiter le nombre de questions des représentants de la presse, une situation inhabituelle.

«Est-ce que j'ai quelque chose de plus à ajouter?», s'est-elle interrogée en riant.

À Ottawa, jeudi, à l'occasion d'une visite au premier ministre Stephen Harper, M. Ayrault avait exposé la position française en insistant sur l'aspect non triangulaire de la relation entre Paris, Ottawa et Québec. Il avait précisé que la France avait deux relations distinctes.

M. Harper l'avait cependant contredit ensuite en disant qu'il s'agissait d'une relation «triangulaire».

À Québec, vendredi, M. Ayrault a affirmé que la France fera le nécessaire pour que ses deux relations, avec le Québec et le Canada, demeurent «excellentes».

«Le gouvernement français entend s'inscrire dans la continuité de la politique qui est celle des gouvernements français successifs depuis 30 ans», a-t-il dit.

Mme Marois et M. Ayrault se sont entretenus d'économie et de mobilité de la main-d'oeuvre, à l'occasion de la 17e rencontre alternée des premiers ministres québécois et français, qui se tient tous les deux ans.

Ils ont notamment discuté des négociations d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, où le Québec est partie prenante.

M. Ayrault a semblé vouloir se faire rassurant concernant l'importance de préserver les mesures qui protègent le secteur agricole, notamment l'industrie laitière.

«Je trouve qu'il est nécessaire que dans l'accord qui sera trouvé, la question des produits agricoles soit traitée de façon équitable, respectueuse des modes de production, de l'organisation de cette production et de cette distribution», a-t-il dit.

Le mois dernier, le ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur, Jean-François Lisée, a fermé la porte à une hausse des quotas d'importation de fromages européens.

M. Lisée avait alors défendu la gestion de l'offre qui encadre la production laitière au Québec, en réponse à un reportage indiquant qu'Ottawa s'apprêtait à faire des concessions sur ce terrain.

Sans dire si la position de M. Lisée constitue un obstacle pour la France, M. Ayrault a affirmé qu'il est légitime pour les partenaires de défendre leurs intérêts.

«Je crois que c'est l'intérêt commun, a-t-il dit. Il ne s'agit pas de prendre des mesures, des dispositions qui auraient pour conséquence de déstabiliser ce qui existe et qui marche.»

Par ailleurs, après avoir proposé le soutien du Directeur général des élections (DGE) en République démocratique du Congo, lors du dernier sommet de la francophonie à Kinshasa, Mme Marois a offert les mêmes ressources pour le Mali.

«Nous proposons la même chose, si c'est utile, si ça peut être utile avec le DGE», a-t-elle dit.

M. Ayrault, qui a fait une étape montréalaise avant d'arriver à Québec vendredi, terminera sa visite samedi par un séjour privé, en compagnie de son épouse, chez Mme Marois dans Charlevoix.