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15/03/2013 06:36 EDT | Actualisé 15/05/2013 05:12 EDT

Délits d'initiés: le fonds SAC dans le viseur du gouvernement américain

Le milliardaire Steve Cohen et son fonds spéculatif SAC Capital sont dans la ligne de mire des autorités américaines: une de ses entités a payé une amende record pour délits d'initiés et d'autres fonds affiliés, voire M. Cohen lui-même, restent dans le collimateur.

CR Intrinsic, filiale de SAC Capital, a accepté de verser plus de 600 millions de dollars pour solder des poursuites pour délits d'initiés sur un médicament contre la maladie d'Alzheimer développé par les laboratoires Elan et Wyeth, une filiale du géant Pfizer.

Le gouvernement américain s'est lancé depuis cinq ans dans une vaste offensive contre les délits d'initiés, une fraude qu'il considère comme un fléau rampant à Wall Street, et qui consiste à faire des transactions boursières grâce à des informations confidentielles importantes.

La somme annoncée vendredi est la plus grosse jamais versée dans une telle affaire aux Etats-Unis, a précisé le gendarme boursier américain, la SEC.

La SEC avait porté plainte en novembre contre CR Intrinsic, qu'elle accusait d'avoir fait 276 millions de dollars de bénéfices illicites. CR Intrinsic, un conseiller financier de ce fonds, Mathew Martoma, ainsi qu'un médecin qui avait communiqué des informations confidentielles, étaient poursuivis. M. Martoma devrait faire l'objet d'un procès.

Les autorités boursières ont parallèlement annoncé un accord amiable plus modeste (14 millions de dollars) avec une autre division de SAC, Sigma Capital, également accusée de délits d'initiés, cette fois dans des transactions sur les groupes informatiques Dell et Nvidia.

Un ancien analyste de Sigma, Jon Horvath, a plaidé coupable et collabore à l'enquête.

La SEC a aussi lancé des poursuites contre cinq autres entités de SAC pour avoir bénéficié de gains illicites.

Steve Cohen, star de Wall Street, a vu sa réputation ternie depuis plusieurs années par des rumeurs répétées de délits d'initiés.

Il n'est pas poursuivi mais lors d'une conférence de presse, le directeur des poursuites de la SEC, George Canellos, a affirmé que d'autres personnes pourraient à l'avenir "faire l'objet d'autres plaintes" dans les affaires de délits d'initiés en cours liées à SAC Capital, "y compris Steve Cohen".

Un porte-parole du fonds a souligné que M. Cohen n'était accusé d'aucune malversation" et "n'avait rien fait de mal", ajoutant que l'accord amiable avec la SEC représentait "une avancée importante dans la résolution de tous les problèmes légaux" en cours de SAC.

Pour l'avocat spécialiste des affaires boursières Jacob Frenkel, "il ne fait aucun doute que la SEC surveille à la loupe M. Cohen et ses entreprises mais, malgré cela, n'est toujours pas en mesure de porter une accusation substantielle contre lui".

Pour M. Frenkel, cela montre que la SEC est probablement "plus loin d'être en mesure de porter plainte contre lui qu'elle ne le laisse entendre".

SAC se retrouve néanmoins au coeur de la plus grosse affaire de délits d'inités aux Etats-Unis depuis celle du fonds Galleon, dont le patron Raj Rajaratnam purge une peine de 11 ans de prison pour avoir généré plus de 45 millions de dollars de profits illicites et échappé à des dizaines de millions de dollars de pertes.

M. Canellos a souligné que depuis l'affaire Galleon en 2009, 180 procédures contre des délits d'initiés ont été lancées.

Les efforts des autorités visent particulièrement les cabinets d'experts technologiques, pharmaceutiques ou autres, qui travaillent à la fois pour des entreprises et comme consultants pour des cabinets de conseils aux investisseurs, une double casquette qui selon M. Canellos présente "un risque élevé de délits d'initiés".

"Il devrait y avoir beaucoup plus d'affaires de délits d'inités à venir", a conclu M. Canellos.

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