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14/03/2013 03:57 EDT | Actualisé 13/05/2013 05:12 EDT

Les rêves des jeunes Irakiens brisés par une décennie de violences

A 25 ans, Yasmine rêve d'une vie sans violence, mais après dix ans de guerre, elle a perdu tout espoir d'un avenir dans son pays et comme de nombreux jeunes Irakiens, souhaite désormais quitter l'Irak.

Sa génération a grandi pendant les années de guerre et de violences confessionnelles meurtrières qui ont suivi l'invasion américaine de l'Irak en 2003.

Dans sa maison du centre de Bagdad, Yasmine décrit sa peur sous les bombardements lors de l'invasion: "J'étais avec mon père, ma mère et mes soeurs. Nous étions assis dans une pièce, en train de prier et de lire le Coran. Nous étions terrorisés. C'était des jours difficiles, avec des bombardements continus".

"J'avais le sentiment qu'un jour durait une année et que ma vie pouvait s'arrêter n'importe quand. Je me rappelle encore du bruit des bombes, de ce bruit terrifiant", confie-t-elle.

Selon cette fonctionnaire du ministère de la Jeunesse et des Sports, la période ayant suivi la chute du régime de Saddam Hussein a été le moment le plus difficile pour les jeunes Irakiens. "Il n'y avait plus de loi, plus rien, seulement l'occupation. La sécurité avait disparu et la vie était presque inexistante", raconte-t-elle.

"Avant l'invasion, mon ambition était de rester dans mon pays et de construire quelque chose de bien pour mon avenir, tout en participant au développement de l'Irak", se souvient-elle.

"Mais désormais, mon ambition est de partir, pour avoir la sécurité et la stabilité, et me construire un bon avenir loin de cette situation épouvantable", affirme-t-elle.

Après l'invasion, les violences ont opposé les "forces alliées" aux insurgés, avant de prendre un caractère confessionnel après l'attaque d'un lieu saint chiite en 2006 à Samarra. Les violences ont diminué d'intensité depuis, mais les attaques restent quotidiennes.

Et l'insécurité n'est qu'un des multiples problèmes auxquels les jeunes Irakiens doivent faire face.

En dépit des vastes richesses pétrolières du pays, le taux de chômage a atteint officiellement 10%, des estimations non officielles parlant de 35%. Les services de base comme l'eau et l'électricité manquent souvent, et la corruption gangrène la société.

Face à cette situation, 89% des hommes de moins de 30 ans déclarent vouloir quitter l'Irak, selon une étude du Babil Centre for Human Rights and Civil Development publiée en 2011.

Wissam Jamal Jabbar, 23 ans, gère son petit café du centre de Bagdad. Les années de violences ont brisé son rêve de devenir médecin ou ingénieur.

"J'étais un bon élève mais après l'occupation, j'ai senti que quelque chose était cassé (...). La situation m'a empêché de poursuivre mes études", explique-t-il dans son café où les clients fument cigarette sur cigarette et où résonne le claquement des boules de billard.

"Je me retrouve ici aujourd'hui (...) à soutenir ma famille et mes parents", déplore Wissam, marié et père d'un jeune enfant.

Dans un club de jeunes rue Palestine, dans l'est de Bagdad, Adel, 28 ans, s'entraîne à danser avec cinq autres membres de son groupe, pour accompagner les chansons de rap qu'il écrit.

Les six jeunes hommes, âgés de 19 à 32 ans, s'échauffent en courant autour de la salle, sautant en l'air ou se tenant brièvement sur une main.

"Nous avons perdu des amis, nous avons perdu notre école, nous nous sommes orientés vers le sport et petit à petit, nous nous sommes de nouveau rassemblés. La vie doit continuer", affirme Adel en souriant.

"Je rêve d'aller sur scène présenter mon art, mais la société ne nous aide pas, personne ne nous soutient", déplore-t-il en écoutant la chanson "Bagpipes from Baghdad" d'Eminem, son rappeur préféré.

Lui aussi rêve de partir "travailler à l'étranger", mais aussi de revenir ensuite "travailler pour (son) pays".

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