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14/03/2013 06:09 EDT | Actualisé 14/05/2013 05:12 EDT

Israël: les partis ultra-orthodoxes dans les limbes

Malgré une démographie galopante en leur faveur, les partis juifs religieux ultra-orthodoxes, qui jouent traditionnellement le rôle de faiseurs de roi en Israël, sont écartés de la prochaine coalition gouvernementale pour la première fois depuis 29 ans.

Membres du gouvernement sortant, les partis ultra-orthodoxes Shass (sépharade, 11 sièges sur 120) et Judaïsme Unifié de la Torah (ashkénaze, 7 sièges) n'ont pas réussi à s'imposer dans la nouvelle coalition formée par Benjamin Netanyahu.

Les deux formations, qui voulaient surtout empêcher le prochain gouvernement de faire voter une loi obligeant les jeunes ultra-orthodoxes à effectuer un service militaire ou civil, ont été mises sur la touche, au profit du parti centriste Yesh Atid (19 sièges) de Yaïr Lapid et du parti national-religieux Foyer juif (12 sièges), dirigé par Naftali Bennett.

Sorti affaibli des élections du 22 janvier, M. Netanyahu a dû renoncer à maintenir au gouvernement les partis religieux ultra-orthodoxes, ses alliés "naturels" selon sa propre expression, en raison notamment du veto de Yaïr Lapid, soutenu par M. Bennett.

Dans un éditorial, le quotidien Yediot Aharonot souligne que "Netanyahu aurait préféré fonder sa coalition sur les ultra-orthodoxes".

"Aucun des deux partis n'a l'ambition de lui succéder", explique le journal, "ils le laissent --comme ils laisseraient n'importe quel Premier ministre-- gérer les questions de sécurité et diplomatiques comme il l'entend. Ils n'interviennent sur les questions économiques que lorsqu'elles touchent directement à l'intérêt de leur électorat".

Pour le député Moshé Gafni (Judaïsme Unifié de la Torah), "il s'agit d'un boycott de toute une population", argument des dirigeants ultra-orthodoxes qui dénoncent "l'axe Bennett-Lapid qui veut détruire le monde des yeshivot" (établissements talmudiques).

Le Shass, qui gérait les ministères du Logement, de l'Intérieur et des Cultes dans le dernier gouvernement, se retrouve sur les bancs de l'opposition.

Selon le quotidien Haaretz, le parti avait nommé plusieurs centaines de ses militants à des postes dans ces ministères et favorisé des aides budgétaires à la population ultra-orthodoxe aux dépens du reste des Israéliens.

Pour Elie Yishaï, l'un des trois dirigeants du Shass, "l'union +Bennelapid+ ne se fonde que sur la haine d'autrui", tandis qu'un autre, Arieh Deri, a déploré "la formation d'un gouvernement qui ne représente que la bourgeoisie sans prendre en compte la moitié de la population".

Naftali Bennett a rejeté ces attaques, affirmant n'avoir "jamais boycotté la population ultra-orthodoxe" et assurant: "Nous continuerons à nous occuper de nos frères et à défendre leurs intérêts".

De son côté, l'éditorialiste du quotidien Israël Hayom, plus vindicatif, rappelle que "les ultra-orthodoxes ont la mémoire courte en évoquant le boycott quand depuis des années, il font la même chose aux autres secteurs de la population".

M. Ginat rappelle que dans la presse ultra-orthodoxe, il n'y pas de photos de femmes et que lorsque des rabbins d'autres courants religieux y sont cités, leurs titres rabbiniques sont omis, assénant que "les ultra-orthodoxes ont toujours été les premiers à boycotter tous ceux qui ne faisaient pas partie de leur milieu".

Il rappelle aussi les attaques virulentes contre le parti Foyer juif de la part du rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel de Shass, qui à la veille des élections avait qualifié le parti de "Foyer de non-juifs".

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