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14/03/2013 06:31 EDT | Actualisé 14/05/2013 05:12 EDT

Haïti: les victimes continuent de défiler pour témoigner contre Duvalier

Des opposants politiques à l'ancien président haïtien Jean-Claude Duvalier ont continué à témoigner jeudi devant la Cour d'appel de Port-au-Prince, affirmant avoir été arbitrairement arrêtés et expulsés sous les ordres de "Baby Doc" absent du tribunal pour raison de santé.

L'ancien président à vie d'Haïti (1971-1986), est visé par des plaintes d'anciens opposants pour arrestation arbitraire, torture et détention illégale.

Nicole Magloire a ainsi affirmé avoir été arrêtée illégalement et expulsée du pays après avoir été laissée en sous-vêtements dans une prison.

"On ne m'a jamais signifié la raison de mon arrestation. J'estime que j'ai été kidnappée. On m'a enlevée de chez moi sans mandat et j'ai été conduite en prison avant d'être expulsée du pays", a expliqué cette femme de 74 ans, membre d'un collectif d'anciennes victimes de la dictature qui luttent contre l'impunité.

Jean-Claude Duvalier qui s'était présenté il y a deux semaines devant la cour, sur ordre du juge, était toujours absent jeudi pour des raisons de santé ont expliqué ses avocats.

"Nous avons encore une quinzaine de personnes qui sont prêtes à déposer devant la Cour d'appel. Je ne sais pas si les juges vont décider de les faire témoigner", a déclaré à l'AFP Me Jean-Joseph Exumé, un des avocats des victimes.

"Je veux témoigner. J'ai beaucoup de choses à révéler au tribunal. La société doit connaître les atrocités commises par le régime des Duvalier", a dit à la fin de l'audience Raymond Davius un ancien militaire incarcéré à plusieurs reprises puis expulsé au Venezuela.

Brandissant une liste d'une centaine d'anciennes victimes du régime, cet homme grand et fort raconte au bord des larmes les tracasseries vécues sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier après avoir quitté l'armée pour entrer dans un parti politique d'opposition.

"J'étais dans les services de santé de l'armée et affecté dans une prison politique. J'ai abandonné l'armée parce que je ne voulais pas soigner les personnes arrêtées et torturées", raconte-t-il. "J'ai besoin de toute une journée pour témoigner au tribunal".

Mais Raymond Davius croit qu'il serait "injuste" de juger Jean-Claude Duvalier seulement. Pour lui, c'est tout "le système politique" qui doit être jugé.

Le principal avocat des victimes, Me Jean-Joseph Exumé n'écarte pas l'éventualité que la Cour d'appel confirme une ordonnance de non-lieu rendue en 2012.

"Mais si c'est le cas nous irons en cassation", prévient-il.

"Baby Doc", fils de l'ancien dictateur François "Papa Doc" Duvalier, avait pris le pouvoir en 1971 à 19 ans, perpétuant une longue dictature dans ce pays qui est l'un des plus pauvres du continent américain.

Chassé du pouvoir en 1986 par une révolte populaire, Jean-Claude Duvalier avait effectué un retour spectaculaire en Haïti en janvier 2011 après 25 ans d'exil en France.

En janvier 2012, un juge d'instruction avait ordonné son renvoi devant un tribunal correctionnel pour détournements de fonds. Mais il n'avait en revanche pas retenu des poursuites pour crimes contre l'humanité, estimant que les faits étaient prescrits.

Un groupe d'anciennes victimes a fait appel de la décision du juge.

cre/rap