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14/03/2013 03:15 EDT | Actualisé 14/05/2013 05:12 EDT

Des cadres de SNC-Lavalin ont donné plus de 1 million $ au PLQ et PQ sur 12 ans

MONTRÉAL - De 1998 à 2010, des cadres de SNC-Lavalin ont versé plus de 1 million $ au Parti libéral du Québec et au Parti québécois, mais principalement au PLQ.

Et SNC-Lavalin a donné 200 000 $ au parti Union Montréal, en 2005, en payant une facture d'une entreprise de communication pour Union Montréal au montant de 75 000 $ et en donnant 125 000 $ comptant en un seul versement à Bernard Trépanier, l'ancien responsable du financement du parti.

C'est un vice-président principal de SNC-Lavalin, Yves Cadotte, qui l'a admis devant la Commission Charbonneau, jeudi.

Ensemble, une quarantaine de cadres — parfois aussi leur conjointe — ont versé 1 046 870 $. Et après que ces cadres aient donné, «la compagnie offrait un boni» bien supérieur à la valeur de la contribution politique, de façon à ce que le cadre soit pleinement remboursé, même après déduction d'impôt, a précisé le cadre supérieur de SNC-Lavalin.

«Quand vous faites ceci, vous êtes très conscients, tout le monde, que vous êtes en train d'enfreindre la loi électorale? C'est-à-dire que vous prenez une demande, qui est de prendre un montant global, vous distribuez ça à des employés et vous les remboursez. Vous être conscients que vous êtes en train d'enfreindre la loi électorale?» lui a demandé le commissaire Renaud Lachance.

M. Cadotte a tenté de justifier le tout en disant que la loi électorale avait été renforcée en 2010, mais le commissaire l'a interrompu. «Elle était assez claire depuis un certain temps qu'on ne voulait pas que les employés se voient rembourser leurs contributions. Depuis longtemps on sait que les corporations ne doivent pas, à titre de sociétés, ne doivent pas contribuer. Vous êtes conscient de ça?»

«Oui», a admis M. Cadotte.

Une porte-parole de SNC-Lavalin, Leslie Quinton, a soutenu dans un courriel que «la position de SNC-Lavalin, c'est (...) que les contributions politiques telles que nous (les) avons faites à l'époque n'étaient pas, selon l'interprétation de notre département juridique, illégales».

M. Cadotte a pris soin de préciser que les cadres n'étaient pas contraints de le faire: ils y étaient invités et pouvaient refuser sans problème.

Le procureur de la commission, Me Denis Gallant, a précisé que de 1997-98 à 2011-2012, SNC-Lavalin avait obtenu 247,5 millions $ pour 550 contrats du ministère des Transports.

Malgré ces chiffres, M. Cadotte a soutenu qu'il n'y avait pas de lien entre les contributions politiques au provincial et les contrats obtenus par sa firme.

Et il a insisté sur le fait que ce sont les partis politiques qui sollicitaient au départ SNC-Lavalin, la plus grande firme de génie-conseil au Canada. Des solliciteurs de chaque parti fixaient même à SNC-Lavalin un montant, un objectif de financement à atteindre.

Et la firme n'osait pas ne pas contribuer, a-t-il laissé entendre. «C'est là le dilemme: ne pas contribuer serait un risque qui est peut-être intangible. Peut-être qu'il n'existe pas, mais dans notre esprit, c'est un risque qu'on ne veut pas nécessairement courir.»

Municipal aussi

Au municipal aussi, SNC-Lavalin a été sollicité, cette fois par Union Montréal. Au départ, la firme donnait de 15 000 $ à 25 000 $ par année, en partie en argent comptant.

En 2005, le responsable du financement du parti, Bernard Trépanier, a haussé les enchères, réclamant 200 000 $ pour la campagne électorale.

SNC-Lavalin a trouvé grosse à avaler cette bouchée, mais l'a payée quand même «pour continuer de faire des affaires à Montréal», a témoigné M. Cadotte.

Il a finalement été convenu de payer 75 000 $ en s'arrangeant pour que SNC-Lavalin paie la facture d'une entreprise de communications, Morrow, pour Union Montréal.

«C'était une fausse facture. Et c'était pour remplir la commande de faire un versement de 75 000 $ à Union Montréal», a résumé la juge France Charbonneau.

L'autre portion de la somme due, soit 125 000 $, a été remise en un seul versement, en argent comptant, dans une enveloppe.

M. Cadotte affirme s'être rendu au local électoral de Frank Zampino (ancien président du comité exécutif), dans l'est de Montréal, et avoir fait monter Bernard Trépanier dans sa voiture. Il lui a donné l'enveloppe. M. Trépanier l'a mise dans sa mallette. «Après, on est revenus au local électoral. Il m'a invité à entrer au local électoral. M. Zampino était en réunion, je l'ai salué et je suis reparti.»

M. Cadotte a assuré que SNC-Lavalin n'a pas fait de fausse facturation pour dégager de telles sommes en argent comptant, comme ont affirmé le faire d'autres firmes de génie et entreprises de construction. Il ignore toutefois comment, à l'interne, on a pu trouver 125 000 $ en comptant.

Il a assuré que SNC-Lavalin n'a jamais, non plus, prélevé une portion des «extras» autorisés et payés aux entrepreneurs en construction sur les chantiers qu'elle surveillait, contrairement à d'autres firmes de génie. «Il était hors de question de procéder de cette façon-là, parce qu'on a un principe de professionnalisme dans la réalisation de nos mandats», s'est-il défendu.

La firme SNC-Lavalin, de son côté, a fait savoir qu'«il y a une enquête interne sur les événements sur lesquels M. Cadotte témoigne actuellement» à la Commission Charbonneau et qu'elle n'entend donc rien ajouter.