NOUVELLES
13/03/2013 08:41 EDT | Actualisé 13/05/2013 05:12 EDT

Tunisie: le Premier ministre Ali Larayedh, un islamiste torturé sous Ben Ali

Prisonnier torturé sous le régime tunisien déchu, puis ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh, qui est devenu Premier ministre mercredi, devra user de sa réputation d'homme de dialogue et de modéré au sein du parti islamiste Ennahda pour sortir le pays d'une impasse politique.

Considéré comme un partisan du compromis, il avait déclaré lors de sa nomination le 22 février avoir besoin de toutes les forces vives pour "instaurer la démocratie à laquelle tous aspirent" et sortir la Tunisie d'une profonde crise, exacerbée par l'assassinat début février de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd.

Mais cette profession de foi n'aura pas suffi, seuls les alliés sortants d'Ennahda ayant accepté de rejoindre son équipe.

Ses objectifs n'en restent pas moins ambitieux. M. Larayedh a exprimé mardi devant les députés sa détermination à "réussir l'organisation des élections", d'"instaurer la sécurité", le pays étant déstabilisé par des violences, et de "continuer de relever l'économie", avant la fin de l'année.

Mais cet homme de 57 ans au visage émacié est déjà vivement critiqué par l'opposition pour son bilan mitigé, ces 14 mois derniers mois, au ministère de l'Intérieur.

Si l'opposition laïque évoque son ouverture d'esprit, elle l'a aussi accusé régulièrement de laxisme face à l'essor de groupuscules salafistes armés, dont un groupe est soupçonné d'avoir organisé le meurtre de Belaïd.

M. Larayedh a ainsi été très critiqué pour n'avoir déployé qu'un dispositif de sécurité minimal autour de l'ambassade des Etats-Unis le 14 septembre 2012, alors que les islamistes radicaux appelaient à y manifester.

La police a été débordée par les manifestants qui ont pu pénétrer dans l'enceinte et incendier son parking ainsi que l'école américaine voisine. Quatre assaillants ont été tués et l'enquête n'a jamais réellement abouti.

Mais Ali Larayedh est aussi la bête noire des salafistes, et a été maintes fois la cible des invectives d'Abou Iyadh, le chef jihadiste accusé d'avoir organisé l'attaque contre l'ambassade.

M. Larayedh est aussi critiqué pour la répression d'émeutes sociales, comme celle de Siliana (nord) en novembre qui a fait 300 blessés : "Comment peut-on accorder la confiance à celui qui ordonné de tirer à la chevrotine à Silina?", a lancé mardi le député indépendant Hichem Hosni.

Si le nouveau Premier ministre appartient au courant modéré d'Ennahda, minoritaire dans la direction du parti, il y est tout de même une figure de poids ayant été le président du Parlement interne de 1982 à 1986, puis le chef de son bureau politique.

Et cet ingénieur de la marine marchande en a subi les conséquences. Il a été arrêté en 1987, quelques mois avant que Zine El Abidine Ben Ali ne renverse Habib Bourguiba, le père de l'indépendance tunisienne, et gracie un groupe d'islamistes menacés d'exécution.

Mais dès 1992, il a été condamné à 15 ans de prison, et passe 13 ans à l'isolement. Comme nombre de ses camarades, il a subi pressions et tortures.

Le régime l'a menacé de lui inoculer le virus du sida et a diffusé des montages vidéo à caractère pornographique le mettant en scène avec un autre homme afin de le discréditer.

Son épouse Ouidad, mère de leurs trois enfants, a été soumise en prison à des violences sexuelles filmées, selon la Fédération internationale des droits de l'Homme.

Mais lorsqu'il est devenu ministre de l'Intérieur, à la tête des services dont dépendaient ses bourreaux, il a juré de ne pas rechercher de vengeance.

"J'ai frôlé la mort à plusieurs reprises", mais "la révolution est venue pour avancer (...) et non pour se venger", a expliqué ce natif de Médenine, dans l'extrême-sud tunisien.

alf/sw