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12/03/2013 09:32 EDT | Actualisé 12/05/2013 05:12 EDT

Tunisie: deux jeunes en prison à cause d'une chanson insultant la police

Deux jeunes Tunisiens, un homme et une femme, ont été placés en détention pour injures et menaces envers les forces de l'ordre après la diffusion sur internet d'un clip vidéo de rap s'attaquant à la police, a annoncé mardi le ministère de l'Intérieur.

Le ministère a expliqué dans un communiqué que "le clip de rap diffusé sur YouTube et intitulé +les policiers sont des chiens+ contient des expressions et gestes contraires à la morale, injurieux et menaçants envers les agents de la sécurité et les magistrats".

"Une enquête policière a permis d'identifier les participants à la préparation et à la diffusion du clip, leur nombre est de huit. Dimanche 10 mars, deux d'entre eux, un jeune homme et une jeune fille, ont été arrêtés", a-t-il précisé.

Le tribunal de Ben Arous (banlieue sud de Tunis) a autorisé mardi leur placement en détention provisoire, selon le ministère.

D'après des médias tunisiens, les deux personnes sont le cadreur et une actrice du clip. Le rappeur tunisien Weld El 15 est recherché.

Dans cette vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=6owW_Jv5ng4), le chanteur dit notamment: "Policiers, magistrats, je suis venu pour vous dire une seule chose, vous êtes des chiens", "Je vais égorger un policier à la place du mouton" et encore "Donne-moi un revolver, je vais tirer sur eux".

Selon Adel Riahi, porte-parole du ministère de la Justice, les jeunes arrêtés sont poursuivis dans le cadre des articles 121, 122 et 128 du code pénal qui répriment la calomnie et la rébellion contre les fonctionnaires et prévoient de peines pouvant atteindre 5 ans de prison.

Des artistes tunisiens dénoncent régulièrement des pressions policières et accusent le gouvernement, dominé par les islamistes d'Ennahda, de vouloir juguler la liberté d'expression en invoquant des "atteintes à la morale" ou "au sacré".

Plusieurs artistes ont d'ailleurs signé un communiqué mardi dénonçant ces poursuites, y voyant "un retour alarmant et rétrograde vers des pratiques dignes d'un Etat policier contre lequel le peuple tunisien s'est érigé" lors de la révolution de janvier 2011.

"Nous, artistes engagés dans une démarche citoyenne, dénonçons une telle atteinte à la liberté d’expression et nous dénonçons l’incarcération injustifiée des personnes ayant participé à ce projet artistique", soulignent-ils.

"Nous considérons que les raisons avancées par l'Etat ne justifient en aucun cas de telles mesures disproportionnées et contraires aux mesures prévues par la justice en matière de procès pour diffamation", martèlent-ils encore.

Les artistes rappellent aussi que deux membres d'un groupe d'art urbain Zwewla (Les pauvres) poursuivis depuis novembre risquent cinq ans de prison pour "propagation de fausses informations portant atteinte à l’ordre public" et "atteinte à l'état d'urgence" en raison de graffiti.

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