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12/03/2013 10:40 EDT | Actualisé 12/05/2013 05:12 EDT

Marcel Barbeau primé par le gouverneur général: «ça arrive un peu tard»

MONTRÉAL - Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau admet d'emblée qu'il n'aurait pas détesté être honoré plus tôt par le Conseil des arts du Canada et le Gouverneur général. Mais ce qui presse pour le moment, souligne une autre lauréate du prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, est de donner les moyens aux artistes canadiens de redorer leur blason sur la scène mondiale.

«Je trouve que ça arrive un peu tard. J'ai 88 ans, quand même, j'aurais aimé que ça arrive un peu plus tôt», a commenté M. Barbeau à l'issue de la cérémonie de remise des prix qui s'est tenue mardi matin à la Cinémathèque québécoise, à Montréal.

Un des signataires du manifeste du Refus global, devenu membre du mouvement des automatistes au contact du peintre Paul-Émile Borduas, Marcel Barbeau n'a pas pour autant boudé le prix ni la bourse de 25 000 $ qui l'accompagne. Car vivre de son art, au Canada, relève de l'exploit, a fait remarquer l'artiste qui a déjà été nommé officier de l'Ordre du Canada et intronisé comme membre de l'Académie royale des arts du Canada.

«Par contre, pour les artistes en fin de carrière, au contraire, ça va très bien, même si on est en temps de crise. Ça n'a jamais aussi bien été en fait», a nuancé son épouse Ninon Gauthier, sociologue de l'art.

Même s'il n'a pas été en mesure de prononcer son discours de remerciements, alléguant «des problèmes», le fougueux artiste dépeint dans le documentaire «Barbeau, libre comme l'art» signé par sa fille, la cinéaste Manon Barbeau, n'a rien perdu de sa verve, clôturant l'allocution livrée en son nom par sa compagne avec un guttural «chant abstrait».

Il n'a rien perdu de son franc-parler non plus, ne se gênant pas pour critiquer l'organisme qui décerne les prix en collaboration avec le gouverneur général: le Conseil des arts du Canada. Celui-ci devrait, a plaidé M. Barbeau, assurer un financement continu aux artistes, notamment aux jeunes, afin de pallier les réalités du marché.

«Le marché de la peinture, au Canada, est extrêmement restreint. J'ai été chanceux dans les années 1980», a laissé tomber celui qui a passé une vingtaine d'années à Paris, où certaines des oeuvres seront d'ailleurs exposées en 2013.

La nostalgie de cette décennie se fait également ressentir chez la seule autre lauréate francophone du prix du Gouverneur général, la commissaire d'exposition et critique d'art Chantal Pontbriand, qui fait la navette entre l'Europe et Montréal depuis un certain nombre d'années.

«Le Canada n'a plus la place qu'il avait sur la scène internationale dans les années 1980, où il était vraiment un point de mire», a-t-elle soutenu après avoir accepté son prix.

«Les conservateurs de musées, les directeurs de musées, les critiques défilaient à Montréal et au Canada à tout bout de champ pour connaître nos artistes, a-t-elle fait valoir. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins le cas. Et il faudra vraiment trouver le moyen de renouer ce dialogue, ces relations avec l'international à la hauteur de ce que c'était.»

Par contre, Chantal Pontbriand n'est pas du même avis que Marcel Barbeau, estimant qu'il était sage d'attendre quelques années avant de rendre hommage à ce dernier.

«Quand il y a des grands moments dans l'histoire comme l'apparition des automatistes et du Refus global, c'est des moments qu'il faut chérir et c'est formidable qu'on honore un artiste comme Marcel Barbeau en 2013, parce que ça veut dire qu'on a encore de la mémoire», a-t-elle souligné.

La sculpteure Colette Whiten, l'artiste potier Greg Payce, le compositeur Gordon Monahan, le cinéaste William D. MacGillivray et l'artiste visuelle Rebecca Belmore sont les autres lauréats des prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, créés en 1999.

Ils ont tous été conviés à Rideau Hall le 20 mars afin de recevoir les prix des mains du gouverneur général, David Johnston.