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12/03/2013 09:29 EDT | Actualisé 12/05/2013 05:12 EDT

Le dg d'Union Montréal a été rémunéré en même temps par la firme de génie Roche

MONTRÉAL - Le directeur général du parti Union Montréal de 2004 à 2008, Christian Ouellet, a en même temps accepté une rémunération de la firme privée de génie Roche.

Devant la Commission Charbonneau, mardi, M. Ouellet a dû admettre que pendant un certain temps, il était à la fois employé à plein temps du parti politique au pouvoir et qu'il touchait une rémunération de 5000 $ par mois de la firme Roche.

Or, Roche voulait justement savoir pourquoi elle obtenait si peu de mandats de la Ville de Montréal. Elle lui a d'ailleurs confié la tâche de régler ce «problème». M. Ouellet a soutenu avoir dit aux gens de Roche de contacter Frank Zampino, l'ancien président du comité exécutif de Montréal. Il a du bout des lèvres admis qu'il avait peut-être facilité des rencontres avec des élus.

«Vous étiez salarié pour Union Montréal, pas comme consultant, vous êtes un employé d'Union Montréal, et vous travaillez à temps plein pour Union Montréal. Et au même moment, vous recevez plus de 5000 $ par mois de Roche sans faire grand-chose pour eux _ ce sont vos propres mots», s'est étonné le commissaire Renaud Lachance.

Étonnamment, M. Ouellet avait lui-même avoué n'avoir pas fait grand travail pour Roche pour une telle rémunération, hormis préparer un plan de communications en 2004 et faciliter les contacts avec les élus, puisque la firme de génie se plaignait d'avoir peu de mandats de la Ville.

«Vous ne trouviez pas que vous étiez un peu en conflit d'intérêts?» lui a demandé la juge France Charbonneau.

M. Ouellet a affirmé qu'il n'y voyait pas de problèmes, tout en admettant qu'il ne referait plus la même chose aujourd'hui.

Le commissaire Lachance lui a demandé s'il était possible que cette rémunération de Roche était en fait «une deuxième rémunération pour avoir dirigé Union Montréal que Roche vous offrait comme ça». Mais M. Ouellet a nié.

«Ils vous donnaient ça parce que vous êtes gentil?» a ironisé le commissaire, qui s'est étonné de l'entendre dire que Roche continuait de le payer même s'il travaillait peu pour eux.

Et même s'il n'y voyait pas de problèmes, il n'a pas informé le maire Gérald Tremblay, chef d'Union Montréal, ni l'exécutif du parti, de cette situation potentiellement délicate.

De septembre 2003 à juin 2008, les honoraires professionnels qu'il a facturés à Roche atteignent 327 250 $.

Son ami Marc-Yvan Côté travaillait à l'époque pour Roche. M. Côté est un ancien ministre libéral et poids lourd de l'organisation libérale pendant des années. M. Ouellet a d'ailleurs indiqué qu'il s'est inspiré du travail d'organisation qu'il avait fait pour le PLQ pour implanter «sa» méthode d'organisation et de financement à Union Montréal.

Monsieur trois pour cent

Tout au long de son témoignage, M. Ouellet a cherché à prendre ses distances du responsable du financement de ce parti, Bernard Trépanier, qui relevait pourtant de lui dans une petite équipe de six à huit personnes.

Il a tenté de justifier son désintérêt par le fait que M. Trépanier faisait ses propres activités de financement, en suivant ses objectifs et ses échéanciers. Mais le commissaire Lachance s'est étonné du fait qu'«à vous entendre, il ne faisait rien» pour le parti.

Pourtant, la commission a mis en preuve un relevé téléphonique faisant état de dizaines d'échanges entre MM. Trépanier et Ouellet. Il n'a pu expliquer la teneur de ces échanges. Le commissaire Lachance a souligné que même après son départ, en juin 2006, M. Trépanier a joint ou tenté de joindre M. Ouellet «17 ou 18 fois».

M. Ouellet a soutenu qu'il n'avait même pas entendu le surnom de Bernard Trépanier, «Monsieur trois pour cent», avant que les reportages dans les médias n'en fassent état.

M. Trépanier s'est mérité ce surnom parce que c'est la contribution financière qu'il demandait pour le financement du parti à certains entrepreneurs et firmes qui obtenaient des contrats de la Ville, ont soutenu d'autres témoins.

Quand Bernard Trépanier a quitté sa petite équipe de six à huit personnes, en 2006, M. Ouellet a affirmé qu'il n'a même pas demandé pourquoi il partait.

«Ce n'est pas un peu étrange? Vous êtes six, là. Ce n'est pas une multinationale votre boîte. Vous êtes six, vous travaillez ensemble au quotidien. Et là, un des six ne se pointe plus, un matin. Quelqu'un de votre entreprise vous dit 'il paraît qu'il est parti' et vous ne faites pas d'appel pour dire 'Bernard, pourquoi au juste t'as quitté?'», lui a demandé le commissaire Lachance, incrédule.

M. Ouellet a d'ailleurs qualifié de «mystérieux» le départ de M. Trépanier. Il a même affirmé que c'est le procureur de la commission qui lui a appris que c'est le maire de l'époque, Gérald Tremblay, qui a demandé le départ de Bernard Trépanier.

Le dg d'Union Montréal a aussi assuré n'avoir jamais vu d'argent comptant circuler au parti, sauf l'argent prélevé dans le fameux «chapeau» qui servait aux dons anonymes, lors des différentes activités de financement du parti.

Lui qui s'est occupé d'organisation et de financement du parti assure que jamais les gens d'affaires ne lui ont demandé d'avoir la liste des contrats de la Ville.

«Il n'aurait surtout pas fallu me parler de ça. J'ai bâti une bonne réputation d'organisateur redoutable, intègre. Il n'y a pas personne qui va essayer de briser cette réputation-là. Et si j'avais découvert des choses, vous pouvez être sûr de ça que je les aurais réglées aussi vite que je l'aurais su», s'est-il exclamé.