POLITIQUE
12/03/2013 09:18 EDT | Actualisé 12/05/2013 05:12 EDT

Ouellet payé 60 000 $ par année par Roche alors qu'il était à Union Montréal

Christian Ouellet, qui a accèdé au poste de directeur général d'Union Montréal en 2004, a continué d'être payé par la firme de génie-conseil Roche qui l'employait jusqu'alors, et ce, jusqu'à son départ du parti du maire Gérald Tremblay en 2008.

M. Ouellet, qui a reçu quelque 60 000 $ par année de Roche, n'y voit aucun conflit d'intérêts, n'a jamais avisé de cela le comité exécutif de la Ville ou le maire et maintient qu'il ne faisait que cumuler deux mandats à titre de consultant.

Les commissaires lui ont pourtant plus d'une fois fait valoir qu'il n'avait pas un mandat d'Union Montréal, mais qu'il était un employé.

Après avoir soutenu que Roche le payait sans qu'il fasse pourtant quelque chose de particulier, il convient finalement qu'il a « peut-être » organisé des rencontres entre des élus et des gens de Roche alors qu'il était directeur général d'Union Montréal.

Ouellet peu au fait des agissements de son employé Bernard Trépanier

Christian Ouellet, qui fut le patron de Bernard Trépanier, soutient qu'il ne savait pas grand-chose des activités quotidiennes de l'argentier du parti et dit n'avoir jamais su, jusqu'à aujourd'hui, que c'est par volonté du maire de l'écarter qu'il avait quitté au printemps 2006.

M. Ouellet soutient qu'il n'a jamais cherché à savoir pourquoi M. Trépanier partait et précise qu'il ne l'a pas mis à pied. Il ajoute qu'il n'avait pas tissé de lien particulier avec ce dernier. Cette indifférence face au départ de son employé a suscité l'étonnement du commissaire Renaud Lachance, qui note que la permanence du parti, où ils travaillaient, ne comptait pourtant que six employés.

L'ex-directeur général d'Union Montréal soutient par ailleurs n'avoir jamais vu M. Trépanier, ou quiconque d'ailleurs, apporter devant lui de l'argent comptant, sauf lors des événements où l'on passait le fameux chapeau. M. Trépanier a été décrit par le patron de Génius Conseil, Michel Lalonde, comme un acteur clé de la collusion dans le génie-conseil à Montréal, un système de répartition des contrats de la Ville aux firmes en échange d'une ristourne de 3 % pour Union Montréal.

Ouellet maintient le contact après le départ de Trépanier

M. Ouellet a raconté par ailleurs un épisode qui indique qu'il aurait pu avoir des doutes, un temps, sur l'intégrité de M. Trépanier. Ainsi, quelques mois après son arrivée en 2004, Me Gilles Hébert l'avait informé que la Sûreté du Québec s'intéressait à M. Trépanier. Il a alors rencontré le maire Tremblay en compagnie de Me Hébert pour lui exposer la situation, en présence du chef de cabinet Stéphane Forget. Un mois plus tard, Me Hébert, actif dans les campagnes électorales du maire, l'informait qu'il n'y avait finalement pas de problème.

L'ex-directeur général d'Union Montréal n'exclut pas que le départ de M. Trépanier, en 2006, puisse d'une façon ou d'une autre être liée à cela.

M. Ouellet a par la suite été mis dans l'embarras par le procureur Cainneth Lussiaà-Berdou. Car après avoir soutenu qu'il n'avait pas eu de contact avec M. Trépanier après son départ, sinon l'avoir croisé lors de deux événements publics, le procureur a dévoilé une liste d'appels téléphoniques entre les deux hommes, dont certains effectués après juin 2006.

Après le départ de M. Tépanier, ce dernier l'a appelé plus de 15 fois, jusqu'en 2008.

Celui qui a été directeur général du parti du maire Gérald Tremblay de 2004 à 2008 a donné le ton à son témoignage lundi, en affirmant à de multiples reprises qu'Union Montréal a toujours scrupuleusement respecté les lois électorales en vigueur.

Christian Ouellet a affirmé hier que la méthode de financement du parti était calquée sur le modèle qu'il avait implanté au Parti libéral du Québec à la fin des années 70. Cette structure « pyramidale » ou « triangulaire », selon les termes qu'il a employés, consiste en somme à choisir des responsables du financement pour l'ensemble des secteurs à couvrir, à leur fixer des objectifs et à assurer un suivi serré des opérations.

Après avoir pris un congé sans solde du cabinet National pour organiser la campagne d'Union Montréal en 2001, Christian Ouellet a rappliqué trois ans plus tard en proposant de nouveau ses services au maire Tremblay, qui a accepté sur-le-champ, dit-il. Ses tâches consistaient à établir un plan d'action annuel, à s'assurer de la bonne tenue des livres comptables et à produire les rapports officiels requis par la loi.

Son plan reposait en bonne partie sur de grandes activités de financement « sectorielles », ce qui, selon ses dires, fait référence aux trois grands secteurs de la ville, l'est, le centre et l'ouest. Ces activités, pour lesquelles les billets étaient vendus 200 $ chacun, permettaient d'amasser de l'argent pour la campagne du maire. Le parti tentait de vendre 500 billets pour chacun de ces événements, pour un total de 1500 par année.

Des activités de financement dites « populaires » étaient aussi organisées dans les arrondissements. L'ex-président du comité exécutif Frank Zampino s'occupait pour sa part d'organiser une grande activité de financement annuelle pour le maire au Rizz de Saint-Léonard. Les billets pour cet événement, considéré comme une tradition, se vendaient 500 $ chacun.

Christian Ouellet a aussi expliqué qu'il a organisé en 2006 une dizaine d'activités appelées « les petits déjeuners du maire », lors desquelles des donateurs potentiels étaient invités à venir rencontrer Gérald Tremblay au club St-Denis. Le parti n'imprimait pas de billets pour ces événements, mais espérait que les invités versent 1000 $ dans le « chapeau », soit la contribution maximale autorisée par le DGEQ.

Christian Ouellet sera suivi à la barre par deux employés de DJL, une entreprise de travaux routiers, puis par François Perreault vice-président de Génivar. Selon Michel Lalonde, il était son interlocuteur à Génivar dans le système de collusion des firmes de génie à Montréal. Génivar a écarté un de ses dirigeants à la suite de ces révélations, mais n'a pas donné son nom.

Tours de chapeau et dons anonymes

Le « chapeau » fait référence à une sorte de caisse fermée dans laquelle des donateurs pouvaient glisser de l'argent sonnant et trébuchant ou des chèques personnels. Le parti le traînait dans tous les événements, y compris lors de son congrès. Christian Ouellet a convenu qu'un individu qui avait déjà versé 1000 $ pour une année donnée pouvait verser de l'argent comptant dans le « chapeau », mais qu'il n'avait aucun moyen de vérifier cela.

Christian Ouellet a expliqué que les règles en vigueur à l'époque stipulaient qu'un parti pouvait amasser jusqu'à 20 % de ses donations annuelles avec le « chapeau ». Au-delà de cette limite, a-t-il dit, l'argent devait être remis au DGEQ.

L'affaire permettait assurément d'amasser de jolies sommes d'argent. Une liste des activités de financement organisées par le parti entre 2002 et 2011 a par exemple permis de constater qu'Union Montréal avait récolté près de 48 000 $ en dons anonymes lors d'une activité de financement qui a réuni 650 personnes au Rizz en mai 2008. « Il aurait pu y avoir 100 000 $ », a observé le témoin, qui a dit n'y voir rien d'anormal.

Christian Ouellet ne croit pas que des gens pensaient avoir de l'influence sur les décisions de la Ville grâce à leur contribution politique. Difficile d'acheter quiconque avec 1000 $ par année, a-t-il affirmé. Il soutient par ailleurs n'avoir reçu un chèque d'entreprise qu'à une seule occasion lors de ces années au parti, et assure qu'il a été retourné.

Trépanier, collaborateur de Ouellet

Selon Christian Ouellet, le directeur du financement du parti, Bernard Trépanier, devait assurer le suivi du plan d'action qu'il avait établi, et organiser les activités de financement convenues, en collaboration avec d'autres membres de l'équipe du parti. L'argentier du parti s'occupait aussi plus spécifiquement des activités de financement du maire Tremblay et du président du comité exécutif à l'époque, Frank Zampino, a-t-il ajouté.

Christian Ouellet avait entrepris son témoignage en expliquant qu'il avait coordonné des campagnes de financement du Parti libéral du Québec entre 1978 et 1983. Il a par la suite été directeur de l'exploitation à Terre des Hommes pendant cinq ans, avant de passer au cabinet de relations publiques National, où il travaillera pendant 15 ans.

Après un intermède, il a été embauché comme consultant par la firme de génie-conseil Roche, grâce à ses liens avec son ami, l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté. Le témoin dire que M. Côté et lui étaient les « kingpins » des campagnes électorales du Parti libéral du Québec. Selon lui, c'est d'ailleurs en raison de son expertise dans le financement populaire, développée au PLQ, qu'il a été approché pour travailler à Union Montréal.

M. Ouellet a déjà admis au quotidien La Presse qu'il avait eu plusieurs mandats de consultants de Roche alors même qu'il était à Union Montréal.

Au terme de son passage à Union Montréal, Christian Ouellet a été directeur général de la Société du parc Jean-Drapeau jusqu'en 2012.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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