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11/03/2013 04:53 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

Un juge refuse l'interdiction des sodas géants à New York

Un juge a décidé lundi que la ville de New York ne pouvait pas interdire les sodas géants comme elle s'apprêtait à le faire mardi, une défaite majeure pour le maire Michael Bloomberg qui entendait ainsi lutter contre l'obésité.

Quelques heures avant l'entrée en vigueur d'une interdiction des sodas et boissons sucrées de plus de 47 centilitres, le juge Milton Tingling a qualifié cette mesure d'"arbitraire et capricieuse" et l'a bloquée "de façon permanente".

Visiblement très contrarié, M. Bloomberg a dénoncé dans une brève conférence de presse un juge qui s'est "complètement trompé". Il a annoncé que la ville allait faire appel, et pensait bien gagner.

"J'essaie de faire ce qu'il faut pour sauver des vies. L'obésité tue !", a-t-il martelé.

M. Bloomberg avait annoncé en mai dernier son intention d'interdire les boissons sucrées géantes, ce qui aurait été une première pour une ville américaine.

Sa décision, entérinée en septembre par le département de la Santé de la ville, avait suscité un débat passionné, avec pétitions et campagnes de presse des deux bords.

Dans une ville où 58% des habitants sont obèses ou en surpoids (et 40% des enfants des écoles publiques) certains avaient crié à l'atteinte aux libertés, estimant que ce n'était pas à la mairie de décider de ce qu'ils pouvaient boire.

D'autres avaient fait part de leur scepticisme, estimant que cela ne changerait rien à l'épidémie d'obésité, qui tue chaque année plus de 5.000 New-Yorkais. D'autres avaient au contraire applaudi.

L'industrie du soda était montée au créneau: un collectif mené par l'Association américaine de la boisson (ABA), et impliquant notamment l'association nationale des restaurants, avait porté l'affaire en justice en octobre.

Lundi, l'ABA s'est félicitée de la décision du juge, parlant de "soulagement pour les New-Yorkais et des milliers de petites entreprises qui auraient souffert de cette interdiction arbitraire et impopulaire".

M. Bloomberg a lui rappelé qu'il y a 30 ans, la norme pour un soda était de 20 cl. Puis elle est passée à 35. Puis à 47. Et il n'est pas rare aujourd'hui de voir de jeunes Américains avec des gobelets géants de plus d'un litre de soda.

"Les boissons sucrées sont une cause majeure d'obésité (...) C'est raisonnable de mettre une limite, et c'est responsable de le faire maintenant", a-t-il dit. "Ce serait irresponsable de ne pas essayer de faire notre maximum pour sauver des vies".

Mais le juge a souligné les disparités de l'interdiction, qui ne concernait pas tous les établissements, ni toutes les boissons.

Elle devait s'appliquer aux enseignes de restauration rapide, cinémas, stades et restaurants. Elle concernait les sodas de plus de 47 cl, les boissons énergétiques, celles à destination des sportifs, les "smoothies" (frappés aux fruits) et certaines boissons géantes hyper-sucrées à base de café ou de thé.

Mais les boisssons contenant au moins 50% de lait - jugé bon pour la santé - n'étaient pas concernées, quelle que soit leur quantité de sucre, pas plus que la bière et autres boissons alcoolisées, riches en calories.

Et cette interdiction ne concernait pas les supermarchés et autres supérettes comme 7-Eleven, dont les "Big Gulps" et "Double Gulps", gobelets de 88 cl et 1,5 l à remplir librement pour moins de 2 dollars, restaient autorisés.

L'été dernier, un sondage avait montré que 54% des New-Yorkais étaient opposés à cette interdiction.

Depuis 11 ans qu'il est maire de New York, Michael Bloomberg, 71 ans, a fait de la santé publique son cheval de bataille. C'est lui qui avait été à l'initiative de l'interdiction de fumer dans les bars et restaurants en 2003, décision depuis largement copiée. C'est aussi sous sa gouverne que l'affichage des calories est devenu obligatoire sur les menus.

bd/lor