NOUVELLES
11/03/2013 05:22 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

Malgré ses revers, Assad se battra jusqu'au bout pour rester au pouvoir

Le président syrien Bachar al-Assad apparaît comme un autocrate sans état d'âme prêt à tout pour garder le pouvoir, en dépit des revers de son armée face à la rébellion et de son isolement sur la scène internationale.

"Il donne l'impression d'être une personne 'relax', sûre d'elle, certainement pas de quelqu'un qui s'apprête à partir", déclare à l'AFP Hala Jaber, grand reporter au Sunday Times qui a récemment interviewé M. Assad.

Ce médecin de formation, âgé de 47 ans, qui avait "hérité" de son père le poste de chef de l'Etat après la mort de son frère aîné Bassel, a déjà fait savoir qu'il ne partirait pas avant la fin de son mandat en 2014.

Dans ses rares discours et interviews, il donne l'image d'un homme plein d'assurance, malgré des sourires parfois nerveux.

Durant les deux années de révolte, le caractère de cet ancien timide, gauche et compassé, s'est durci et son image de réformiste et moderniste s'est transformée en celle d'un dirigeant impitoyable.

Il refuse ainsi de condamner les membres des services de sécurité qui ont torturé sauvagement des enfants ayant écrit des slogans anti-régime à Deraa (sud), provoquant l'étincelle à l'origine de la révolte.

Alors qu'au départ les manifestants ne demandaient pas son départ mais des réformes, la brutale répression du soulèvement pacifique en ont fait un homme honni par l'opposition, même si une partie de la population continue de le soutenir.

"Il est beaucoup plus le +boss+ qu'avant, même s'il ne peut pas agir sans l'appui de l'appareil militaire et sécuritaire", estime Nikolaos van Dam, un diplomate hollandais, grand spécialiste de la Syrie.

"Il se battra jusqu'à la mort si c'est nécessaire, mais il ne mettra pas son départ sur la table", assure l'auteur du "Combat pour le pouvoir en Syrie: confessionnalisme, régionalisme et tribalisme en politique 1961-1994".

Selon lui, il y a trop d'enjeux, non seulement pour lui, mais pour ses partisans et la communauté alaouite à laquelle il appartient. "L'avenir risque d'être une longue et féroce guerre civile", précise le diplomate.

En dépit de la perte de larges territoires dans le Nord et l'Est au profit des rebelles, Bachar al-Assad est persuadé qu'il sortira victorieux de cette guerre qui a déjà fait plus de 70.000 morts, selon l'ONU.

"Il paraît de plus en plus déconnecté de la réalité, convaincu qu'il va gagner militairement", selon Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand de politique étrangère et des questions de sécurité à Berlin.

Pétri de l'idéologie "anti-impérialiste" du parti Baas syrien, au pouvoir depuis un demi-siècle, M. Assad martèle que son pays est victime d'un "complot" ourdi par l'étranger en raison de son soutien à des mouvements prônant la lutte contre Israël, comme le Hezbollah libanais.

Il pense qu'en contrôlant les grandes villes, notamment Damas, et l'ouest de la Syrie, il aura des cartes en mains le jour où s'ouvrira une négociation initiée par les Etats-Unis et la Russie. Il peut toujours s'appuyer sur l'armée et l'appareil sécuritaire même s'ils ont de plus en plus de mal à contenir les rebelles sur tous les fronts.

Pour un ancien ministre libanais pro-syrien qui l'a rencontré récemment, Bachar al-Assad est "triste mais il a la conscience tranquille".

"Il est triste pour la Syrie car beaucoup de choses construites par lui et son père sont en train d'être détruites devant ses yeux, mais il est serein car il est certain qu'il ne peut pas être défait", affirme à l'AFP Wiam Wahhab.

"Il n'a pas changé. Chaque jour, il fait du sport, il consulte des sites internet d'informations et il lit les rapports qu'il reçoit. La dernière fois que je l'ai vu, il était décontracté. Il y a bien sûr des choses qu'il ne peut plus faire pour des raisons de sécurité, comme aller au restaurant ou conduire ses enfants en voiture à l'école", confie-t-il.

D'après M. Perthes, le président syrien ne changera pas de position, malgré les tractations internationales en vue d'un dialogue entre régime et opposition dans le but de former un gouvernement de transition.

"Assad ne va négocier ni son départ, ni son avenir", estime-t-il.

bur/sk/ram/cco