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11/03/2013 06:28 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

Léger a été approché par une firme de génie pour le poste de dg de Montréal

MONTRÉAL - Un ancien directeur général de la Ville de Montréal, Claude Léger, a raconté que c'est un patron d'une firme privée de génie-conseil qui l'a approché pour qu'il rencontre le président du comité exécutif, Frank Zampino, afin de devenir dg de la Ville.

M. Léger a fait cette révélation, lundi, devant la Commission Charbonneau.

«Ce qui me rend particulièrement inconfortable, dans tout le contexte qu'il y a maintenant _ et je pense que j'ai comme l'obligation morale, sinon légale, de le dire à la commission _ c'est que je reçois (alors) un téléphone de Rosaire Sauriol (de la firme de génie Dessau), qui me dit: 'Claude, M. Zampino aimerait ça te rencontrer. Est-ce que tu accepterais de venir à un souper avec lui?' Qu'est-ce que vous dites quand vous êtes intéressé par la fonction? Vous dites oui. Alors j'y suis allé. Je n'aurais pas dû, mais si je n'y étais pas allé, c'est sûr que je ne serais pas devenu directeur général de Montréal», a-t-il affirmé.

Il avait auparavant reçu un appel du maire Gérald Tremblay lui demandant s'il serait intéressé au poste, lui qui occupait alors un poste de cadre supérieur à l'Université de Montréal.

Mais l'intervention subséquente de M. Sauriol, d'une firme de génie, l'a étonné. «C'est inapproprié qu'un tiers intervienne dans le processus de recrutement d'un directeur général» d'une ville, surtout s'il a des relations d'affaires avec cette ville, a commenté M. Léger.

Il a été dg de la Ville de 2006 à 2009. Il avait été nommé pour cinq ans, mais a démissionné après la controverse sur le contrat des compteurs d'eau.

Un naïf

Tout au long de son témoignage, M. Léger s'est dépeint comme un naïf, laissant même entendre candidement que c'est pour ce trait de personnalité qu'il avait été recruté comme directeur général.

Il a affirmé que M. Sauriol lui avait dit qu'il avait fait «du bon travail à Longueuil», une autre ville où M. Léger avait occupé d'importantes fonctions auparavant.

«Vous pensez que parce que vous n'aviez pas vu des choses (à Longueuil) il concluait que vous aviez fait un bon travail? lui a demandé le commissaire Renaud Lachance. On serait venu vous chercher (pour Montréal) en partie parce que vous n'aviez pas vu les choses à Longueuil?»

«Aujourd'hui, je peux penser ça», a avoué candidement M. Léger.

Quand la juge France Charbonneau lui a demandé s'il avait été embauché à cause de sa réputation de naïf, il a semblé acquiescer.

«On ne m'a pas tout raconté, on m'a contourné, on m'a utilisé. Je ne veux pas faire la victime non plus. Je n'étais peut-être pas assez méfiant. Je n'étais peut-être pas capable de voir les stratagèmes que les autres pouvaient imaginer. Dans le monde municipal, parfois, si on veut faire son travail, on est obligé d'avaler des couleuvres», a lancé M. Léger.

La juge Charbonneau lui a demandé pourquoi il ne s'était pas vidé le coeur auprès du maire Tremblay lorsqu'il a quitté prématurément, en 2009, en lui disant tout ce qu'il avait vu et su. «Je ne sais pas (pourquoi). Je suis parti avec ça», a-t-il simplement conclu.

La juge a pris la peine de lui demander s'il prenait le blâme pour éviter que quelqu'un d'autre soit blâmé à sa place. M. Léger a répondu catégoriquement: «non, absolument pas».

Noms de firmes sur une feuille

L'ex dg de la Ville a aussi témoigné du fait qu'en deux occasions, en 2008, Frank Zampino lui a tendu une feuille de papier avec des noms d'entreprises de services professionnels et le nom d'un projet.

Il l'a interprété comme une demande que lui faisait M. Zampino d'intervenir auprès d'un comité de sélection. «J'étais tétanisé», a-t-il rapporté, ajoutant qu'il avait détruit la feuille en question et n'était pas intervenu auprès du comité.

À une autre occasion, lors de la première rencontre du comité exécutif avec le successeur de M. Zampino, Claude Dauphin, ce dernier lui aurait glissé semblable feuille, en lui disant: «il paraît que ça fait partie de mes fonctions de président du comité exécutif de vous montrer ceci». M. Dauphin lui a semblé «mal à l'aise» de lui transmettre cette feuille.

«J'ai dit 'monsieur Dauphin, moi je ne touche pas à ça et vous, vous ne devriez pas toucher à ça non plus'. J'étais hors de moi. Il a rangé la feuille et je n'ai plus entendu parler de rien à partir de juin 2008», a relaté M. Léger.

M. Léger a aussi dit regretter avoir permis à Robert Marcil de siéger à des comités de sélection, à la suggestion de Frank Zampino. M. Marcil a occupé différentes fonctions de cadre, jusqu'à directeur de la réalisation des travaux à la Ville.