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11/03/2013 05:27 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

Jordanie: les réfugiés syriens supportent mal la vie de camp

Ali al-Bardani et sa famille ont fui les affres de la guerre en Syrie pour le camp de Zaatari en Jordanie voisine où ils ont du mal à s'acclimater à la vie difficile des réfugiés.

"Ici, la vie est très, très difficile (...). L'eau a un goût affreux, la nourriture des boîtes de conserve nous donne des douleurs, la poussière nous aveugle, et nous n'avons pas de médicaments à part les calmants", déplore le vieil homme de 90 ans qui s'exprime à voix basse et avec difficulté.

En Syrie, "les bombes volaient au dessus de nos têtes, détruisaient nos maisons et transformaient notre vie en enfer. C'est pour ça que nous que avons décidé de partir, surtout pour les enfants", ajoute M. Bardani, assis dans sa tente, entouré par une partie de ses 20 petits-enfants.

Comme lui, plus d'un million de réfugiés enregistrés auprès du Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU ont fui leur pays en proie depuis mars 2011 à un soulèvement populaire qui s'est transformé en conflit armé en raison de la répression du régime de Bachar al-Assad.

D'après les autorités jordaniennes, le royaume hachémite, qui partage avec la Syrie une frontière de plus de 370 km, accueille près de 436.000 Syriens et ce chiffre pourrait atteindre les 700.000 d'ici fin 2013.

Maintes fois, les réfugiés ont manifesté pour dénoncer les conditions de vie dans le camp Zaatari, situé dans une région désertique du nord jordanien et qui héberge près de 120.000 Syriens. Dernier incident en date, un réfugié est mort et ses deux enfants ont été grièvement blessés dans l'incendie de leur tente, dans la nuit du 9 au 10 mars.

"C'est comme si nous étions dans une grande prison, dont nous ne pouvons pas sortir (...) Personne à part Dieu ne peut ressentir nos souffrances", affirme le fils aîné de M. Bardani, Mohamed, qui a subi en 2012 une opération au coeur.

"Mon état de santé est très mauvais, je manque de médicaments", ajoute Mohamed qui, souffrant toujours de problèmes cardiaques, dit faire chaque jour le tour des cliniques du camp pour essayer d'obtenir un transfert à Amman afin d'y être opéré.

"Tout ce que font les médecins ici c'est de nous donner des calmants, et quand vient la nuit, on peut entendre les cris des malades et les pleurs des enfants. Nous voulons que les pays du monde nous aident, notre présence dans ce désert est inhumaine", lance-t-il.

Mohamed Ahmed, 14 ans et des yeux bleus, ne va pas à l'école. Il travaille dans une tente de l'allée centrale du camp, transformée en magasins de légumes. Il aide son père, qui depuis le décès de sa femme en accouchant il y a quatre mois, subvient seul aux besoins de ses nombreux enfants.

"Je suis l'aîné de la famille, nous n'avons pas d'argent donc je travaille pour aider mon père. La vie ici est difficile et il doit acheter plein de choses pour mes petits frères", explique-t-il.

Lui aussi se plaint du goût de l'eau qui doit être bouillie avant d'être bue et de la nourriture des boîtes de conserve qui sent mauvais.

"Notre situation est catastrophique. La nourriture n'a pas de goût, pas d'odeur, on n'a que des boîtes de conserve rouillées. Pas de subventions, pas de vêtements", affirme Hourriya Saïd, debout à l'entrée de sa tente.

"Je ne me suis pas lavée depuis trois mois. Tous les soirs, je me gratte la tête et je pleure mon sort", dit cette veuve de 60 ans, mère de cinq enfants.

Mais Abou al-Abed, 45 ans, arrivé il y a quelques jours au camp, a encore la force de relativiser.

"La vie y est bien meilleure qu'en Syrie", estime ce père de six enfants qui a attendu cinq heures avant de pouvoir franchir la frontière. "Tout le monde ici doit remercier Dieu. On est au moins à l'abri des bombardements, de la mort et des destructions".

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