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11/03/2013 08:24 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

Iran et Pakistan poursuivent leur projet de gazoduc, malgré les pressions

Les présidents iranien Mahmoud Ahmadinejad et pakistanais Asif Ali Zardari ont lancé lundi les travaux de la portion pakistanaise d'un gazoduc, malgré les pressions des Etats-Unis, qui considèrent que ce projet viole les sanctions internationales contre Téhéran.

Lors d'une cérémonie près de Chabahar (sud-est de l’Iran) à la frontière entre les deux pays, les deux dirigeants ont dévoilé une plaque sur le site du chantier dont le coût est évalué à 7,5 milliards de dollars. Des membres des deux gouvernements étaient présents de même que le ministre émirati de l'Energie Mohammad Ben Zaën al-Hameli.

"L'achèvement du gazoduc est un facteur de paix, de sécurité et de progrès pour les deux pays (...)" ont estimé les deux chefs d'Etat dans un communiqué conjoint, ajoutant que le projet "consolidera aussi les liens économiques, politiques et sécuritaires entre les deux nations".

Ce gazoduc court sur 1.800 km entre le champ gazier offshore de South Pars et Nawabchah, au nord de Karachi. Il doit permettre à l'Iran de livrer, à partir de décembre 2014, 21 millions de mètres cubes de gaz par jour au Pakistan, pays confronté à une crise énergétique qui plombe les performances de son secteur industriel et irrite au quotidien la population. Islamabad compte produire 20% de son électricité grâce au gaz iranien.

Lancé en 2010, le projet a connu des problèmes de financement du côté pakistanais et Islamabad est l'objet de pressions des Etats-Unis qui cherchent à isoler l'Iran pour pousser Téhéran à renoncer à ses activités nucléaires controversées. Washington a récemment déconseillé au Pakistan d'aller de l'avant avec ce projet qui pourrait lui valoir des sanctions.

"Ce gazoduc est un signe de défi contre la domination et la défaite", a affirmé M. Ahmadinejad à l'adresse des adversaires du projet, sans les nommer.

"Ce gazoduc n’a rien a voir avec le nucléaire, on ne peut pas fabriquer une bombe avec du gaz naturel", a-t-il ajouté.

L'Iran a quasiment achevé les travaux sur son territoire, mais le Pakistan n'a pas encore commencé la construction sur les 780 kilomètres prévus de son côté. Pour débloquer le projet, Téhéran a récemment accepté de financer un tiers du 1,5 milliard USD nécessaires pour les travaux au Pakistan, confiés à une entreprise iranienne.

L'Iran, qui possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz, développe rapidement sa production et a un besoin vital de l'exporter, le pays étant étranglé par l'embargo pétrolier occidental qui a divisé par deux ses exportations de brut depuis début 2012.

Cette cérémonie intervient à cinq jours de la fin de la législature du gouvernement pakistanais, avant des élections nationales à la mi-mai.

Le Parti du peuple pakistanais (PPP) de M. Zardari, accusé d'être pro-occidental par une frange de l'opinion publique, tentera d'exploiter l'accord avec Téhéran à des fins électoralistes, selon des analystes.

Pendant la campagne, les chefs du PPP "diront qu'ils ont signé cet accord avec l'Iran malgré les pressions américaines et tenteront de convaincre l'électorat qu'ils peuvent prendre position contre les Etats-Unis", estime Hasan Askari, analyste pakistanais.

Les sentiments anti-américains ont le vent en poupe au Pakistan où une grande partie de la population s'oppose aux tirs de drones américains dans les zones tribales du nord-ouest, un sanctuaire des insurgés talibans et d'autres groupes liés à Al-Qaïda.

Le Pakistan, pays dont les finances publiques sont au plus mal, doit encore trouver un milliard de dollars pour boucler le projet.

"Le Pakistan tentera peut-être d'impliquer la Chine ou la Russie, ou des groupes qui ne sont pas liés aux Etats-Unis, mais il n'y en a pas beaucoup", a indiqué M. Askari.

L'indice phare de la Bourse de Karachi, le KSE-100, a clôturé lundi de 2,46%, signe d’une inquiétude sur des sanctions américaines, selon un autre analyste pakistanais.

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