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11/03/2013 09:14 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

C1 - Schalke-Galatasaray ou la destinée des enfants d'immigrés

En recevant Galatasaray mardi pour disputer une place en quart de finale de la Ligue des champions, Schalke devra aussi batailler dans les tribunes où les nombreux enfants d'immigrés turcs de la région devraient chahuter l'ancien club minier.

C'est une boutade qui fait sourire au comptoir des cafés des sports: "Schalke 04 a la vie dure en Ligue des champions. C'est la seule équipe à disputer deux matches à l'extérieur en huitième de finale...".

Car la Veltins Arena, d'ordinaire toute acquise à la cause du club de Gelsenkirchen, pourrait cette fois vibrer massivement pour l'équipe stambouliote.

Peu après le tirage au sort des 8es de finale en décembre, les bouillonnants supporteurs turcs ou d'origine turque dans toute l'Allemagne se sont rués sur les billets pour le match retour. A quelques jours de la rencontre, au marché noir sur Internet, les enchères commencent à 250 euros la place.

Fans de Schalke, ces immigrés qui vivent dans la Ruhr le sont chaque week-end lorsqu'il s'agit de défendre leur club maison en Bundesliga. Mais au fond, leur coeur continue de battre pour "Gala" et pour ce morceau de terre qu'ils ont abandonné pour la froide Allemagne voilà des décennies.

Gelsenkirchen compte à elle seule quelque 18.000 Turcs sur une population totale de 270.000 habitants et l'ancien bassin industriel de la Ruhr environ 235.000 Turcs. L'enfant prodige de la ville, Mesut Özil, parti pour une carrière internationale au Real Madrid, est l'un des leurs puisque ses parents sont Turcs.

Dans les travées du stade mardi soir, un même destin devrait unir bien des supporteurs. Celui des enfants d'immigrés débarqués en Allemagne dans les années 60 ou 70 pour faire tourner les usines du miracle économique.

Leurs pères, venus pour deux ou trois ans, sont finalement restés, ont bâti une vie et une famille. Leurs fils agitent aujourd'hui le drapeau allemand quand la Nationalmannschaft brille. Mais s'arrachent le drapeau turc quand le pays de leurs ancêtres dispute un match international.

"Dans la Ruhr, en tant que Turc, on n'a pas besoin forcément de connaître l'allemand. Le moniteur d'auto-école est Turc, le boulanger, le vendeur dans le magasin d'alimentation, le courtier en assurances. Tout le monde dans le voisinage", a raconté un jour le milieu de terrain de Galatasaray, Hamit Altintop, autre enfant de Gelsenkirchen.

Fouler la pelouse de la Veltins Arena prendra pour lui des allures de retrouvailles. Le joueur, qui évolue depuis l'an dernier dans le club stambouliote, est né à Gelsenkirchen et a effectué une partie de sa carrière à Schalke (2003-2007) avant de rejoindre le Bayern Munich (2007-2011) puis le Real Madrid (2011-2012).

L'histoire qui s'emmêle entre Schalke et Galatasaray, c'est également celle de Gerd Rehberg, qui a présidé pendant 13 ans le club allemand avant d'en devenir président d'honneur. Figure de légende de Schalke, l'ancien mineur de 77 ans aidait les travailleurs turcs à trouver des appartements et à remplir des formulaires administratifs allemands. Aujourd'hui il est également président d'honneur de... Galatasaray.

"On a du mal à le croire mais je suis sacrément populaire" à Istanbul, a-t-il récemment raconté dans un entretien au quotidien Die Welt.

Pour lui, plus que la rivalité entre Schalke et Galatasaray, c'est l'esprit du sport qui doit compter. Car "le sport tout particulièrement peut fortement contribuer à l'intégration".

yap/sg/dac