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10/03/2013 04:07 EDT | Actualisé 09/05/2013 05:12 EDT

Deux ans après la révolte, la Syrie dévastée par une guerre sans fin

Plus de 70.000 morts, un million de réfugiés et un pays en ruine: en deux ans, la révolte contre le régime de Bachar al-Assad en Syrie s'est muée en une guerre civile destructrice, sans issue en vue.

Réprimée dans le sang, la révolte pacifique de centaines de milliers de Syriens réclamant plus de liberté s'est transformée en un conflit entre une armée intrinsèquement liée au régime et des groupes rebelles hétéroclites, au sein desquels des jihadistes prêts à tout jouent un rôle de premier plan.

"La Syrie s'effrite sans qu'il n'y ait aucune solution à l'horizon", affirme à l'AFP Khattar Abou Diab, professeur en relations internationales à l'université Paris-Sud.

Alors que le Tunisien Ben Ali et l'Egyptien Moubarak sont tombés après quelques semaines de manifestations, que le Yéménite Saleh a cédé au bout d'un an de pressions et que le Libyen Kadhafi a été tué après 8 mois de conflit, le président Assad semble plus que jamais accroché au pouvoir.

La Russie, principal soutien du régime auquel elle fournit des armes, s'est dite récemment certaine qu'Assad ne partirait pas, tandis que l'allié iranien a fait savoir qu'il pourrait se représenter à la présidentielle en 2014.

Divisé entre Occidentaux pro-opposition, et Russes et Chinois ayant bloqué trois fois une résolution menaçant le régime de sanctions, le monde est resté impuissant.

"Tant que l'administration Obama ne voudra pas intervenir en Syrie, et elle ne le veut pas, Assad se sentira tranquille", estime Nadim Shehadé, chercheur à Chatham House à Londres. "Les Américains ont plus peur de ce qui va se passer après Assad que d'Assad lui-même".

Fin février, Washington a annoncé pour la première fois une aide non létale aux insurgés, mais sans franchir le pas de l'armement réclamé à cors et à cri par les rebelles faiblement équipés face à la puissance de feu de l'armée qui voue un culte au clan Assad.

Américains et Européens redoutent en effet de voir l'arsenal tomber aux mains d'extrémistes, tout comme les armes chimiques détenues par le régime.

La montée de groupes jihadistes comme le Front Al-Nosra, auteur des attentats les meurtriers et qui prend de vitesse les autres rebelles, ne fait qu'attiser cette peur.

Une guerre d'usure s'installe, aucun des protagonistes ne parvenant à remporter une victoire décisive. Les insurgés prennent toutefois le 6 mars le contrôle de Raqa (nord-est), première capitale provinciale à échapper au régime.

S'appuyant sur son aviation, l'armée défend surtout Damas, place forte du régime, des territoires dans l'Ouest et le Centre, à coups d'offensives meurtrières, comme contre le bastion rebelle de Baba Amr à Homs qu'il écrase en mars 2012.

Les rebelles contrôlent de larges territoires dans le Nord et l'Est, et assènent des coups durs au régime: à l'été 2012, un attentat tue quatre hauts responsables de l'appareil de Sécurité, dont le beau-frère d'Assad.

A la crise se greffent des tensions frontalières avec la Turquie, le Liban, l'Irak, la Jordanie et Israël, faisant craindre une contagion.

Pour l'ONU, la Syrie entre dans la "spirale d'une catastrophe absolue", avec une population manquant des services les plus basiques dans plusieurs régions, et un effondrement du secteur médical autrefois solide.

Dans les territoires "libérés", le pouvoir central s'émiette et des "conseils locaux" gèrent les affaires courantes. Le vide provoque une augmentation des crimes et, plus inquiétant, des enlèvements motivés par une haine confessionnelle exacerbée dans un pays à majorité sunnite mais contrôlé par le clan alaouite des Assad, une donne qui fait craindre une partition sectaire de la Syrie.

Le monde découvre l'horreur de la guerre via des vidéos amateurs montrant têtes décapitées, corps torturés et exécutions sommaires.

Des plans de paix, dont celui de l'ex-émissaire de l'ONU Kofi Annan, échouent, et les ponts semblent être coupés entre son successeur Lakhdar Brahimi et Damas.

Face au blocage, le chef de l'opposition en exil, Ahmed Moaz al-Khatib, ose proposer un dialogue sous condition avec des personnalités du régime, provoquant des remous au sein de son camp.

Damas se dit prêt au dialogue mais ne change pas d'un iota sa rhétorique, affirmant sans relâche mener une guerre contre des "terroristes" et un "complot mondial".

Selon M. Abou Diab, tout dialogue "sera du temps perdu, tant qu'il n'y aura pas d'action internationale décisive ou un changement dans l'équilibre des forces".

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