NOUVELLES
10/03/2013 04:11 EDT | Actualisé 09/05/2013 05:12 EDT

Brèches tardives dans l'attentisme international face au naufrage syrien

Désaccords, hésitations, incantations: pendant deux ans, le monde a regardé le soulèvement pacifique en Syrie se transformer en guerre civile sanglante. Les grands pays donnent aujourd'hui des signes d'une plus grande implication, mais sans doute trop tard, jugent des analystes.

Sur le terrain, "une escalade effroyable" de la violence, selon tous ceux qui en reviennent, un bilan de plus de 70.000 morts et une situation humanitaire catastrophique. A l'extérieur, plus d'un million de réfugiés et un risque de déstabilisation régionale majeure.

Face à ce désastre, la diplomatie internationale est restée impuissante, engluée dans ses dissensions.

Les soutiens au président Bachar al-Assad --Russes, Iraniens, Chinois-- et ceux de la rébellion syrienne --pays occidentaux et arabes en ordre dispersé-- "ne sont pas véritablement intéressés à la paix. Ils veulent être sûrs que quiconque finira au pouvoir en Syrie sera de leur côté", estime Christopher Phillips, de l'Université de Londres.

Mais la guerre ne donne aucun signe d'essoufflement, et aucun belligérant ne semble en mesure de remporter une victoire décisive à court ou moyen terme.

Face à ce constat, les pays soutenant l'opposition "commencent peut-être à se réveiller", selon le chercheur libanais Joseph Bahout.

Un "réveil" qui prend la forme d'une aide de plus en plus importante à l'opposition armée et qui, entre les lignes, peut être perçue comme le prélude à des livraisons d'armes, auxquelles se sont toujours refusés jusqu'à présent les pays occidentaux, de peur qu'elles n'atterrissent dans les mains de radicaux islamistes.

"Nous avons tous pris conscience qu'il ne peut y avoir de solution politique sans une modification du rapport de forces sur le terrain", explique une source diplomatique française.

"Il n'y a qu'une façon d'agir: favoriser ce rapport de forces en faveur de l'opposition, à la fois politiquement et militairement. Car oui, il faut que Damas ait peur. Et oui, il faut que Moscou comprenne qu'il est temps de changer de cheval" et lâche Assad, martèle cette source.

Mais pour l'analyste Alexeï Malachenko, du centre de réflexion Carnegie à Moscou, "plus la guerre dure, plus il sera difficile pour la Russie de lâcher Assad".

Reste que le changement de ton est perceptible, notamment du côté américain.

En annonçant récemment une aide directe (mais non létale) pour la première fois à la rébellion, en donnant implicitement son aval aux livraisons d'armes déjà effectuées par les pays du Golfe et en indiquant que "de nombreux pays" entraînaient les rebelles, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a rendu public un sujet qui se discutait jusqu'à présent en coulisses.

De son côté, Londres a franchi un pas en annonçant qu'il allait fournir aux rebelles une aide accrue, notamment des voitures blindées et des gilets pare-balles.

"La perspective d'une avancée rapide sur le plan diplomatique est mince", a admis le chef de la diplomatie britannique William Hague.

Cette annonce est intervenue quelques jours après que l'Union européenne eut entériné des dérogations à l'embargo sur les armes vers la Syrie, autorisant notamment la fourniture d'équipements non létaux et d'une assistance technique à l'opposition.

Parmi les 27, Londres, Paris et Rome sont les pays qui poussent le plus vers un engagement accru, selon une source diplomatique européenne, mais tout allègement de l'embargo requiert l'unanimité.

"On s'achemine peut-être vers ça (les livraisons d'armes, ndlr) mais c'est une question de plusieurs mois et c'est un temps horriblement long au regard de la situation sur le terrain", estime Salman Shaikh, directeur du centre de réflexion Brookings à Doha.

"Ca bouge, mais j'ai peur qu'on approche du moment où il sera trop tard", affirme M. Bahout, qui dresse une terrible perspective: "une situation complètement pourrie, un Etat défaillant, une société déchirée, des groupes armés incontrôlables, un environnement régional déglingué".

"Dans quelques semaines, il sera trop tard, la violence est en train de tout happer", met-il en garde.

cf-mm/kat/cco