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09/03/2013 11:25 EST | Actualisé 09/05/2013 05:12 EDT

Cardinal Marc Ouellet: un petit village de l'Abitibi se prépare pour de grands bouleversements (VIDÉO)

LA MOTTE, Que. - La municipalité n'a aucune chambre d'hôtel et l'édifice qui ressemble le plus à un restaurant est en fait un dépanneur, situé le long d'une piste régionale de motoneige, où l'on vend des croustilles et du chocolat.

Le paisible village natal d'un aspirant québécois à la papauté se prépare à l'éventualité que cet homme devienne, en fait, le prochain pape.

À La Motte, où est né le cardinal Marc Ouellet, la possibilité que celui-ci succède à Benoît XVI est reçue avec emballement et souci, à la fois.

Si La Motte devait devenir «le village où est né le pape», plusieurs de ses quelque 400 citoyens craignent perdre la tranquillité qui les y a amenés ou qui les a incités à y demeurer.

D'autres, cependant, sont prêts à dérouler une sorte de tapis rouge pour y accueillir l'afflux de touristes — et leur portefeuille.

Les propriétaires du dépanneur imaginaient déjà toutes sortes de scénarios et ce bien avant le conclave, qui s'amorcera mardi à Rome.

Les yeux de Line Breault se sont illuminés lorsqu'elle a commencé à parler de la possibilité que le cardinal Ouellet devienne le prochain pape, un scénario qui générerait un sentiment de fierté dans tout le village, assure-t-elle. Elle pense que le village en soutirerait d'intéressants bénéfices sur le plan financier.

«Vu que nous sommes rendus à un certain âge, peut-être trouverons-nous un acheteur et que nous pourrons prendre notre retraite», de lancer Mme Breault, qui gère l'Épicerie Chez Flo avec son mari, Florian.

Une cliente régulière de l'Épicerie Chez Flo est emballée à l'idée que le cardinal Ouellet soit élu pape, pour au moins deux raisons.

D'abord, Nathalie Savard est la petite-cousine du cardinal Ouellet. Deuxièmement, elle croit, elle aussi, que son ascension à la papauté générerait d'importantes répercussions financières pour La Motte.

«Ce serait un plus pour La Motte, câline!», a-t-elle lancé, pendant que Mme Breault mesurait le poisson que Mme Savard avait pêché lors d'une compétition locale.

«Ça amènerait de l'action, ça amènerait des touristes et ça développerait La Motte parce que ça stagne. Ça stagne depuis plusieurs années. C'est comme ça partout en Abitibi.»

Le village, situé à quelque 600 kilomètres au nord-ouest de Montréal, a noté une hausse des visiteurs au cours des dernières semaines, en raison de la présence de journalistes d'une dizaine de médias différents.

Le côté paisible du village est ressenti jusqu'à l'église locale, où le cardinal Ouellet a été baptisé et ordonné prêtre.

L'église Saint-Luc, bâtie avec l'aide du père et des grands-pères du cardinal Ouellet, est devenue un centre communautaire.

La municipalité de La Motte a acheté l'église, pour un montant symbolique de 1$, de la Fabrique, qui ne pouvait plus assumer l'entretien de l'édifice, au moment où la paroisse était aux prises avec un déclin de l'assistance aux messes dominicales.

Une messe y a lieu tous les deux dimanches.

Mais l'élection du cardinal Ouellet à la papauté pourrait transformer l'édifice, vieux de 75 ans, en véritable vache à lait locale.

Selon certains projets, La Motte pourrait imposer des frais d'entrée dans le centre communautaire et y vendre des souvenirs, note le maire René Martineau.

«Tout est sur la table, tout est possible», se limite-t-il à dire. Le village a d'ailleurs commencé à échafauder des plans d'affaires avec l'Association régionale de tourisme.

«Tout le monde est fier de voir qu'un Lamottois de naissance pourrait devenir pape. Il n'y a pas beaucoup de pape au monde; il y en a un seul!»

M. Martineau a aussi fait remarquer qu'un circuit religieux et culturel de la région de l'Abitibi pourrait voir le jour et accueillir des touristes à La Motte et dans les villes avoisinantes. Si les visiteurs ne pourraient se loger à La Motte, M. Martineau assure qu'il prendrait les moyens pour que son village en soutire des bénéfices économiques.

D'autres projets font état d'un geste visant à honorer le cardinal Ouellet à La Motte. La maison de son enfance n'existe plus et son ancienne église ne recèle aucune photo de l'aspirant pape.

Mais parmi toute cette frénésie, il existe des appréhensions.

Le maire veut s'assurer que la ville pourra faire face à la réalité de la vie «post-papale». Plusieurs citoyens craignent de voir un trafic sans précédent dans leur village, advenant l'élection du cardinal Ouellet.

Lorsqu'un citoyen local est catapulté à la fonction de pape, les répercussions peuvent y être puissantes.

Les villes natales des deux derniers papes — Wadowice, en Pologne, et Marktl, en Allemagne — auraient accueilli entre 100 000 et 500 000 visiteurs par année, selon des rapports de médias et d'agences de tourisme.

Selon un récent article du quotidien La Presse, les visiteurs à Wadowice, la ville d'origine de Jean-Paul II, étaient beaucoup plus nombreux que ceux qui se rendaient dans la ville natale de Benoît XVI.

C'est difficile de croire que La Motte pourrait approcher une telle affluence.

Wadowice compte une population de 19 000 résidants et est située à environ 50 kilomètres de deux destinations populaires : Cracovie, deuxième plus grande ville du pays, et Auschwitz, célèbre pour son fameux camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale.

La ville de Marktl abrite à peine 2700 citoyens, mais elle se trouve à moins de deux heures de train de Munich.

Néanmoins, une fraction de cette affluence pourrait transformer la vie à La Motte. Le village est beaucoup plus isolé des grands centres urbains, et les autorités ne savent pas à quoi s'attendre si le cardinal Ouellet était élu.

«L'inconnu nous inquiète», reconnaît M. Martineau.

«Nous gérons ça une journée à la fois, avec optimisme.»