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09/03/2013 02:48 EST | Actualisé 08/05/2013 05:12 EDT

Port-Saïd en effervescence contre les islamistes au pouvoir en Egypte

Port-Saïd, théâtre de violentes manifestations depuis des semaines en raison d'un verdict dans le procès d'un drame du football, est devenue une épine dans le pied des islamistes égyptiens au pouvoir, qui y avaient autrefois de solides positions.

Comme de nombreuses villes de province, Port-Saïd (nord-est) s'est souvent plainte d'être marginalisée par le pouvoir central. Mais ce sentiment d'isolement a augmenté en février 2012, après des violences en marge d'un match de football ayant fait 74 morts, essentiellement des supporteurs du club cairote d'Al-Ahly.

Fin janvier, quand 21 supporteurs de son club de football, Al-Masry, ont été condamnés à la peine capitale pour ces violences, la ville s'est embrasée.

Et samedi, Port-Saïd a connu une nouvelle poussée de fièvre lorsqu'un tribunal a confirmé ces 21 condamnations et prononcé le verdict concernant 52 autres accusés.

Des centaines de manifestants ont bloqué le trafic des ferries qui permettent à la population de circuler entre les deux rives du canal de Suez afin de dénoncer le maintien des peines capitales.

Ils ont incendié des pneus, déployé une banderole réclamant "l'indépendance pour Port-Saïd" et scandé "invalides, invalides!" pour qualifier les jugements de la cour.

Les habitants de Port-Saïd accusent le président islamiste Mohamed Morsi d'avoir fait d'eux des boucs émissaires pour les violences au stade, dont le bilan est, selon de nombreux témoins, également dû à des défaillances des forces de l'ordre.

La plupart des victimes étaient des supporteurs d'Al-Ahly, et les "Ultras" du célèbre club cairote, réputés pour leur soutien actif à la révolte populaire de 2011, ont en effet menacé la capitale de "chaos" si la justice se montrait trop clémente à leurs yeux.

Lors des législatives de 2011, dans la foulée du soulèvement ayant provoqué la chute de Hosni Moubarak, le jeune Parti de la Liberté et de la Justice, crée par les Frères musulmans, avait pourtant remporté deux des six sièges de la circonscription.

Mais aujourd'hui, les deux anciens députés, qui ont vu comme tous leurs collègues leur élection annulée en juin par la justice, sont aux abonnés absents. Les manifestants ont même attaqué une clinique appartenant à l'un d'eux. Et les Frères musulmans ont dû abandonner leur QG et ôter leurs affiches de la ville.

Une pancarte défie désormais M. Morsi, issu de la confrérie: "Tu vas retourner en prison". Comme de nombreux responsables des Frères musulmans, M. Morsi a brièvement été emprisonné sous le régime de son prédécesseur.

En novembre, la décision de M. Morsi de s'attribuer des pouvoirs élargis et de faire adopter par référendum une Constitution contestée a provoqué une opposition massive, et des locaux des Frères musulmans ont été attaqués à travers le pays. Mais c'est à Port Saïd que la mobilisation contre les nouvelles autorités est la plus vivace.

Désormais à Port-Saïd, "la confrérie a disparu", explique Mahmoud Khalil, un habitant de 60 ans.

"Est-ce qu'on va au moins les voir au moment des élections ?", s'interroge un autre habitant, al-Saïd al-Mouati. "Nous leur en voulons terriblement, parce qu'ils sont partis à un moment difficile".

Un porte-parole de la confrérie a assuré que le mouvement restait à Port-Saïd, mais de manière plus discrète: "Nous ne nous sommes pas enfuis ou retirés des rues. Mais nous avons fermé notre QG et agissons de manière individuelle. Pas par peur, juste pour éviter un bain de sang".

"Nous pensions qu'ils seraient différents de Moubarak, mais nous avons compris qu'ils étaient pires", dénonce Moustapha al-Chan, 60 ans, qui dit avoir voté pour les frères lors des dernières législatives. "Ils se sont enfuis de la ville (...) Ils ont quitté notre champ de vision pour toujours".

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