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09/03/2013 06:58 EST | Actualisé 09/05/2013 05:12 EDT

Le parti islamiste tunisien Ennahda affaibli après 18 mois au pouvoir

Le parti islamiste tunisien Ennahda, au pouvoir depuis près de 18 mois, a été affaibli par une succession de crises et contraint de renoncer à des initiatives qui lui étaient chères, jusqu'à abandonner des postes clé au gouvernement après le meurtre d'un opposant.

"Le parti Ennahda n'était pas prêt pour le pouvoir, parce qu'il n'avait pas d'expérience dans la direction du pays. Il a sous-estimé le pouvoir", juge l'analyste politique Samir Brahmi.

Un mois après l'assassinat de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd, qui a plongé le pays dans une profonde crise politique et provoqué la démission du Premier ministre Hamadi Jebali, Ennahda a enfin formé vendredi un nouveau gouvernement avec ses alliés laïcs, le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki et Ettakatol.

A contrecoeur, il a dû abandonner les ministères régaliens à des personnalités indépendantes pour trouver une majorité, cédant à une revendication vieille de sept mois de l'essentiel de la classe politique.

"Une nouvelle troïka, mais en plus faible", résumait à la Une le journal Le Temps, en référence à la coalition tripartite dirigée par les islamistes.

Des analystes jugent qu'Ennahda a commis l'erreur de croire qu'il pouvait imposer ses positions au reste de la classe politique et à la société civile, avec comme argument principal celui de sa "légitimité électorale" issue du scrutin de 2011.

Le mouvement "doit revoir sa politique et bien voir ses défauts, sinon il ne va pas être à la hauteur lors des prochaines élections. C'est dans l'intérêt de la Tunisie qu'Ennahda adopte une nouvelle lecture de la scène politique", note M. Brahmi.

"La société civile est capable aujourd'hui d'imposer sa loi", rappelle-t-il.

Ennhada l'a déjà appris à ses dépens, acceptant à plusieurs reprises, après de longs débats acrimonieux, d'abandonner des mesures très controversées.

Outre les ministères régaliens, il a ainsi depuis un an renoncé à introduire la notion de charia (loi islamique) dans la Constitution, réaffirmé son soutien à l'égalité des sexes, après avoir voulu imposer l'idée d'une "complémentarité" de l'homme et de la femme, et accepté d'appliquer des décrets sur la liberté de la presse après des mois de bras de fer avec les médias.

"Peut-être que le parti Ennahda a été obligé malgré lui de faire ces concessions ou qu'il a cédé pour l'intérêt national. Dans tous les cas, ce mouvement doit bien retenir la leçon et comprendre qu'il ne peut pas imposer ses projets", souligne M. Brahmi.

Pour le politologue Ahmed Manaï, Ennahda, avec son fonctionnement opaque et une certaine logique de la confrontation, a gardé ses méthodes de mouvement clandestin, qui lui avaient été imposées par la répression de l'ère de Zine El Abidine Ben Ali.

"Ses responsables ont cru pouvoir diriger un Etat et une société en pleine mutation comme ils ont dirigé un mouvement clandestin", relève cet analyste.

Mais après 15 mois de débats et de disputes politiques, la Tunisie est toujours sans Constitution, sans calendrier électoral et l'économie est anémique, un bilan peu reluisant pour le parti au pouvoir.

Ennahda, seul parti de masse organisé en Tunisie, ne cesse dans ce contexte de perdre en popularité. Ainsi, selon un sondage réalisé fin février par l'institut "3C Etudes", il a perdu 32% de son électorat.

Mais cette chute ne bénéficie pas clairement à d'autres forces. "Des Tunisiens disent qu'ils ont perdu confiance en Ennahda, tout en affirmant qu'ils n'ont pas d'autre alternative", note ainsi M. Brahmi.

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