NOUVELLES
09/03/2013 04:40 EST | Actualisé 09/05/2013 05:12 EDT

La consommation d'alcool a augmenté chez les femmes, selon des experts

TORONTO - Les femmes seraient pratiquement au coude-à-coude avec les hommes en matière de consommation d'alcool, estiment des experts.

Un groupe de chercheurs réunis à Toronto s'est attardé à ce dossier vendredi, discutant de ce qu'ils qualifient de hausse marquée dans la consommation d'alcool par les femmes.

Plusieurs affirment que l'alcool est devenu, au fil des ans, la nouvelle cigarette. Les fabricants d'alcool auraient ainsi ciblé leurs publicités vers un marché de femmes, à l'instar des cigarettiers vers la fin des années 1960.

Ces experts croient également que les publicitaires jouent la carte des produits «naturel» et «diète» afin de séduire les consommatrices soucieuses de leur santé.

Il en résulterait toutefois, selon les spécialistes, une hausse des maladies du foie chez les femmes, entre autres maladies liées à l'abus d'alcool. Le même scénario s'est produit il y a quelques décennies, avec la montée des malaises entraînés par le tabac.

Le groupe d'experts a déclaré qu'une telle situation nécessitait des changements et ce, de la part des publicitaires tout comme des gouvernements chargés de réglementer la vente d'alcool.

Les jeunes ne cessent d'être de plus en plus exposés à des publicités d'alcool, et ils le sont davantage que les adultes, estime David Jernigan, directeur du Center on Acohol Marketing and Youth, un établissement basé aux États-Unis. Selon lui, cette tendance s'explique par le fait que ce marché, en croissance, constitue une véritable occasion d'affaires pour l'industrie.

Par ailleurs, des recherches scientifiques ont confirmé cette augmentation remarquée dans la consommation d'alcool par la gent féminine. Plus tôt cette semaine, le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) a publié un rapport dans lequel on citait l'alcool comme le premier risque pour la santé des Canadiens. L'institution y appelait à une implication accrue du gouvernement dans la vente d'alcool, l'établissement des prix et la publicité.

Le rapport comprenait également une carte illustrant le contrôle exercé par les provinces canadiennes sur l'alcool. L'Ontario était en tête de liste, tandis que le Québec était classé au dernier rang.

D'autres études menées aux États-Unis ont démontré que l'exposition à la publicité sur l'alcool s'est accrue plus rapidement chez les jeunes que chez les personnes âgées de plus de 21 ans, soit l'âge légal pour boire de l'alcool sur le territoire américain.

Les recherches effectuées par l'organisation de M. Jernigan laissent croire que les consommations les plus populaires ne sont pas les bières abordables, comme on pourrait le penser pour un groupe d'âge dont les moyens financiers sont plutôt minces, mais bien des marques aux publicités omniprésentes, telles Budweiser, Miller et Smirnoff.

Si M. Jernigan estime que la source du problème se trouve dans la publicité, d'autres ont pointé du doigt l'inaction politique, comme l'a fait le CAMH.

«Il est clair qu'il y a un vide [en matière de politique publique sur l'alcool]», a déclaré l'auteur du rapport «Women and Alcohol», Ann Dowsett Johnston.

«C'est un peu comme nous étions sous l'emprise d'un mauvais sort. Où est le leadership de nos politiciens dans cette question?»

Le Canada a adopté, en 2007, une stratégie nationale sur l'alcool, en plus d'être signataire d'une stratégie internationale de l'Organisation mondiale de la santé, dont l'objectif est de réduire les effets nocifs de l'alcool. Mais pour les experts, ce n'est pas suffisant.

«Il est temps qu'ils agissent en conséquence», a lancé Gerald Thomas, un chercheur du Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies. Le centre a élaboré un guide de directives à l'intention des Canadiens, pour les aider à maintenir une consommation saine.

Entre autres recommandations, on conseille aux femmes de ne pas boire plus de dix consommations par semaine, et deux verres par jour. Quant aux hommes, ils ne devraient pas dépasser les 15 consommations par semaines, et trois par jour.