NOUVELLES
08/03/2013 01:18 EST | Actualisé 08/05/2013 05:12 EDT

La réforme des lois sur les armes à feu à la moulinette du Congrès américain

Passé l'espoir, place au réalisme politique: l'ambitieux durcissement des lois sur les armes à feu voulu par Barack Obama n'aura vraisemblablement pas lieu sans altération significative.

Depuis décembre, le Sénat est le théâtre d'un subtil jeu de négociations entre la majorité démocrate et les républicains pour forger un accord non édulcoré reprenant les annonces présidentielles.

Mais la semaine a été marquée par la rupture des discussions entre un responsable démocrate et Joe Manchin, un autre démocrate représentant un Etat rural, où le tir récréatif et la chasse sont des passe-temps populaires.

La lenteur du processus illustre la sensibilité d'un débat qui transcende les clivages politiques, dans un pays où la Cour suprême a rappelé le droit inaliénable de chaque citoyen à posséder une arme à feu pour se défendre.

"Ils vont avancer avec ce qu'ils ont aujourd'hui, et on verra", a commenté Tom Coburn, un républicain qui semblait marcher sur des oeufs dans le couloir où les journalistes l'ont rattrapé jeudi. "Notre travail est de trouver le délicat équilibre au milieu".

Les "anti-armes" restent en retrait pour ne pas mettre de l'huile sur le feu, à la demande de la Maison Blanche, selon le site Politico. Kristen Rand, responsable du Violence Policy Center, relève tout juste pour l'AFP que "cela ne se produira pas d'un coup".

Une mesure pour punir les personnes qui achètent des armes pour quelqu'un qui n'aurait pas le droit d'en acquérir a été adoptée en commission jeudi, premier pas vers son examen par l'ensemble du Sénat.

Mais la bataille semblait perdue d'avance pour l'interdiction nationale (et non rétroactive) des armes de type militaire, dites semi-automatiques ou d'assaut.

Sept Etats et la capitale Washington interdisent déjà ces armes. Ailleurs, n'importe quel armurier en propose à la vente.

"La route a été très dure", a reconnu Dianne Feinstein, comme dans un baroud d'honneur. La démocrate de Californie avait réussi à imposer une première interdiction de 1994 à 2004, mais les études ne concluent pas clairement à l'efficacité de cette loi contre la criminalité.

Les pistolets et fusils semi-automatiques, avec des chargeurs de dizaines de balles, sont les armes de choix des déséquilibrés comme Adam Lanza, qui abattit 20 enfants et 6 adultes à l'école de Newtown le 14 décembre, en quelques minutes avant de se suicider. Mais la quasi-totalité des crimes sont effectués avec de simples pistolets.

"Nous voulons tous agir de façon efficace pour empêcher d'autres tragédies", déclarait jeudi le républicain Charles Grassley. "Mais nous avons des approches profondément différentes".

Preuve que la solution est à chercher ailleurs, il relevait que le taux de criminalité n'a cessé de baisser en 20 ans, malgré l'explosion du nombre d'armes en circulation --plus de 300 millions à ce jour, pour 315 millions d'habitants.

L'autre mesure phare concerne les 2.000 à 5.000 foires aux armes qui ont lieu chaque année, où des dizaines de milliers d'armes sont écoulées, de particulier à particulier.

Pour les ventes dans un magasin par un vendeur professionnel, la loi fédérale exige la vérification de l'identité de l'acheteur et de ses antécédents judiciaires auprès d'un fichier central du FBI, dans lequel atterrissent notamment les délinquants et les malades mentaux.

Mais 40% des ventes se font ailleurs, dans les foires ou sur internet. Le projet démocrate généraliserait la vérification à 100% des transactions.

Pour être approuvée au Sénat, la mesure devra rassembler 60 voix sur 100, et il est impossible à ce jour d'évaluer si cette barre est atteignable. Ensuite, aucune assurance n'a été donnée par les républicains qui contrôlent la Chambre des représentants.

La commission a suspendu jeudi ses travaux, jusqu'à nouvel ordre.

ico/rap