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08/03/2013 12:44 EST | Actualisé 08/05/2013 05:12 EDT

Irak: un ministre sunnite démissionne, le deuxième en huit jours

Le ministre irakien de l'Agriculture, membre sunnite du bloc laïc Iraqiya, a annoncé sa démission vendredi pour protester contre le gouvernement du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, qu'il a accusé de "ne pas répondre aux attentes du peuple".

Ezzedine al-Dawla est le deuxième ministre d'Iraqiya, bloc laïc mais dominé par les sunnites, à démissionner en huit jours, après le départ le 1er mars de son collègue des Finances, Rafeh al-Issawi.

"Je suis ici devant mon peuple de la province de Ninive (nord), et j'annonce ma démission du gouvernement. Je ne peux en aucun cas continuer à faire partie d'un gouvernement qui ne réponde pas aux attentes populaires", a déclaré M. Dawla lors d'une conférence de presse télévisée.

Selon le vice-Premier ministre Saleh Moutlak, interrogé par l'AFP, M. Dawla envisageait de démissionner depuis quelques temps. La mort d'un homme, tué par des tirs des forces de l'ordre vendredi lors d'une manifestation antigouvernementale à Mossoul (nord) a, selon lui, précipité sa décision.

Un membre du cabinet du gouverneur de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu, a confirmé à l'AFP le décès du manifestant. Selon lui, une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités. De leur côté, les manifestants assurent que l'homme est mort après avoir reçu un tir au visage d'un policier ou d'un soldat.

"Les armes n'ont rien à faire face aux manifestants. Nous avons affaire à un crime", s'est insurgé le président du Parlement, Oussama al-Noujaïfi, lui aussi membre d'Iraqiya, au cours de la conférence de presse de M. Dawla.

La semaine dernière, Rafeh al-Issawi avait claqué la porte du gouvernement Maliki en pleine manifestation dans la province d'Al-Anbar, haut lieu de la protestation sunnite. "Je ne participerai pas à un gouvernement qui a du sang sur les mains (...). Je ne braderai pas vos droits", avait-il lancé aux manifestants.

Le mouvement de grogne de la minorité sunnite, qui représente environ un quart de la population irakienne, a commencé en décembre, après l'arrestation de gardes du corps de M. Issawi, et n'a cessé de s'amplifier ces dernières semaines.

Les protestataires réclament le départ de M. Maliki qu'ils accusent de les marginaliser en raison de leur appartenance religieuse. Concrètement, ils réclament la libération de prisonniers qu'ils jugent injustement incarcérés ainsi que l'abrogation de lois antiterroristes dont ils estiment faire les frais.

Vendredi, des manifestations ont encore eu lieu dans la province d'Anbar, mais aussi à Kirkouk, une ville du nord du pays que se disputent la région autonome du Kurdistan irakien et Bagdad.

Face à la contagion de la contestation, le gouvernement a tenté d'apaiser la tension en affirmant avoir libéré des milliers de prisonniers, et en augmentant le salaire des miliciens sunnites de Sahwa (Le réveil, en arabe) ralliés à la lutte contre Al-Qaïda.

Iraqiya et d'autres membres du gouvernement dénoncent un exercice autocratique du pouvoir de la part de M. Maliki. Ils fustigent sa conduite des affaires, et évoquent sa mainmise sur les ministères de l'Intérieur et de la Défense et le blocage de plusieurs projets de loi au Parlement par sa formation, l'Alliance pour l'Etat de droit.

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