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08/03/2013 11:42 EST | Actualisé 08/05/2013 05:12 EDT

Egypte: chef de la police anti-émeute limogé, heurts sanglants à Port-Saïd

Le chef de la police anti-émeute en Egypte a été limogé vendredi après une grève sans précédent dans ses rangs liée aux heurts meurtriers avec des manifestants à Port-Saïd, à la veille d'un verdict à haut risque sur des violences lors d'un match de football en 2012.

Un manifestant a été tué dans de nouveaux affrontements nocturnes avec la police à Port-Saïd, poussant le ministère de l'Intérieur à ordonner à la police de quitter son QG pour "apaiser les tensions" et à confier à l'armée la tâche de sécuriser ce bâtiment déjà maintes fois attaqué.

Ces développements ajoutent à la confusion dans le pays qui n'est toujours pas sorti d'une transition politique chaotique émaillée de violences, deux ans après la chute de Hosni Moubarak et près de neuf mois après l'élection de l'islamiste Mohamed Morsi, fortement contesté par une partie de la population.

La tension est très vive à Port-Saïd depuis la condamnation à mort en janvier de 21 personnes, principalement des supporteurs du club de football de la ville, pour des violences qui avaient fait 74 morts, essentiellement parmi les supporteurs du club Al-Ahly du Caire, à la fin d'un match en février 2012.

Cinquante-deux autres accusés, jugés pour les mêmes événements, doivent être fixés sur leur sort samedi, ce qui risque de créer de nouvelles tensions dans cette ville du nord-est.

Après le verdict de janvier, les manifestants avaient attaqué les bâtiments des forces de sécurité à Port-Saïd et des heurts avec la police avaient fait plus de 40 morts, poussant M. Morsi à déployer l'armée pour soutenir la police.

Celle-ci est particulièrement détestée des habitants de Port-Saïd qui sont nombreux à accuser des policiers liés à l'ancien régime d'avoir orchestré les violences de 2012 afin d'alimenter l'instabilité.

Face à la multiplication des manifestations violentes, en particulier à Port-Saïd, les policiers ont entamé une grève sans précédent à travers le pays, en estimant ne pas être suffisamment équipés et faire les frais des conflits politiques.

Dans une tentative d'apaiser les tensions au sein de l'institution, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a limogé le commandant de la police anti-émeute et nommé un nouveau chef, selon l'agence officielle Mena.

Jeudi soir, des manifestants ont de nouveau défilé jusqu'au siège de la police à Port-Saïd, et des heurts s'en sont suivis. Karim Sayyid Abdel Aziz, 33 ans, a été tué par balle, selon un médecin qui a fait état de 73 blessés.

La police s'est ensuite largement retirée, et l'armée a repris en main une bonne partie de ses tâches dans la ville.

Les manifestations violentes ont repris le 3 mars à Port-Saïd après l'annonce du transfert hors de la ville de 39 accusés, dont neuf policiers et trois cadres du club d'Al-Masry, dans le procès sur les violences du match de février 2012.

Pour des raisons de sécurité, le verdict sera rendu au Caire, à l'académie de police, où selon l'agence Mena, 2.000 policiers seront déployés.

"Il vaudrait mieux reporter le verdict, sinon l'Egypte risque de s'embraser", a estimé Al-Badry al-Farghali, ex-député de Port-Saïd.

"Je suis terrifié à l'idée de ce qui pourrait arriver samedi", a déclaré à l'AFP un soldat devant le QG de la police à Port-Saïd.

Si le verdict est favorable aux accusés, le gouvernement de M. Morsi, premier chef d'Etat islamiste et civil d'Egypte, devrait de toute façon faire face à des protestations, cette fois-ci au Caire, où des supporteurs du club Al-Ahly ont menacé de protester.

Les troubles mettent en péril les réformes économiques que le gouvernement peine à mettre en oeuvre, et qui sont pourtant nécessaires pour obtenir un prêt crucial de 4,8 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international pour remettre l'économie sur les rails.

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