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08/03/2013 12:55 EST | Actualisé 08/05/2013 05:12 EDT

Constitution, salafistes et économie: les défis du nouveau gouvernement

Le nouveau gouvernement tunisien, toujours dirigé par les islamistes d'Ennahda, aux affaires depuis fin 2011, doit résoudre une crise institutionnelle, répondre aux problèmes économiques et juguler la menace extrémiste pour pouvoir stabiliser le pays.

Plus de deux ans après la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali à l'issue de la première des révolutions arabes, la Tunisie est toujours en attente d'institutions.

Les débats sur la Constitution sont dans l'impasse faute d'un compromis réunissant les deux-tiers des élus de l'Assemblée nationale constituante (ANC), Ennahda insistant sur un régime parlementaire et l'essentiel de la classe politique souhaitant que le président garde des prérogatives.

Ali Larayedh, appelé à devenir Premier ministre, a assuré vendredi que son gouvernement quittera ses fonctions au plus tard "à la fin de 2013", laissant entendre que la loi fondamentale sera adoptée rapidement et que des élections se tiendront cette année.

Mais outre les difficiles tractations politiques que cela laisse présager, il devra surmonter les profonds dysfonctionnements de l'ANC.

Dans un rapport présenté cette semaine, l'association La Boussole, qui a organisé un suivi de l'Assemblée, a dressé un bilan désolant de son travail.

"On a enregistré une moyenne de 73 minutes de retard (de l'ouverture) des séances avec un pic de 2H45 minutes" faute de quorum de députés, relève l'ONG. Elle note aussi que depuis le début de l'année, "le nombre moyen de constituants présents s'est établi à 90 sur 217".

Dans ce contexte, la dirigeante de La Boussole, Amira Yahyaoui, a jugé que des élections étaient improbables avant début 2014.

L'autre défi clé auquel le gouvernement est confronté est la sécurité, d'autant que le bilan de M. Larayedh, ministre de l'Intérieur sortant, est pour le moins mitigé, comme en témoigne l'état d'urgence toujours en vigueur plus de deux ans après la révolution.

D'une part il devra résoudre la question de la Ligue de la protection de la révolution --milice brutale pro-islamiste-- que l'opposition a accusé d'une campagne de violences. Ennahda s'est jusqu'à présent toujours opposé à sa dissolution.

Plus grave, les autorités devront tenir leur promesse de lutter contre les groupuscules salafistes armés, après avoir longtemps minimisé ce phénomène.

L'attaque le 14 septembre de l'ambassade américaine par plusieurs centaines de manifestants a révélé leur essor et la mouvance jihadiste fait figure de suspect n°1 dans l'assassinat de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd, qui a exacerbé la crise politique en faisant tomber le précédent cabinet.

"Nous allons affronter sérieusement tous ceux qui défient la loi", a promis M. Larayedh vendredi en annonçant la liste de son nouveau gouvernement.

Ce dernier devra aussi répondre à une colère sociale grandissante nourrie par les disparités régionales, l'inflation, le chômage (17% environ) et la misère, autant de facteurs de la révolution mais aussi de violences depuis.

D'ores et déjà, le cabinet fait face à des appels à la grève des taxis et des stations-services en mars après l'annonce surprise d'une hausse des prix du carburant cette semaine.

"Equilibrer le système de compensation (subvention) et maîtriser les prix figureront parmi les priorités du nouveau gouvernement", a promis le ministre chargé des Affaires économiques, Ridha Saïdi, sans dévoiler son programme.

L'incertitude politique, associée aux problèmes sécuritaires, paralyse aussi les investissements, met à mal les capacités d'emprunt de la Tunisie et mine le tourisme, secteur stratégique représentant quelque 400.000 emplois.

"C'est une situation qui devient insupportable notamment sur le plan économique et social où les investisseurs ont besoin d'un minimum de visibilité", souligne le quotidien la Presse.

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