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28/02/2013 02:02 EST | Actualisé 30/04/2013 05:12 EDT

WikiLeaks: Manning justifie ses actes par l'envie de provoquer un débat

Il comptait "provoquer un débat public": d'une voix ferme et assurée, le soldat Bradley Manning a exposé jeudi pour la première fois ses motivations dans l'une des plus importantes fuites de documents confidentiels de l'histoire américaine.

Lisant pendant plus d'une heure une déclaration rédigée en prison, l'ex-analyste de renseignement en Irak, âgé de 25 ans, a expliqué pourquoi il est devenu la "taupe" de WikiLeaks en lui transmettant, entre novembre 2009 et mai 2010, des documents militaires américains sur les guerres en Irak et en Afghanistan et 260.000 dépêches du département d'Etat.

"Je croyais que la publication (des documents) pourrait provoquer un débat public sur notre politique étrangère et la guerre en général", a-t-il expliqué à la juge Denise Lind, lors d'une audience préliminaire à son procès qui doit débuter début juin.

Il a par ailleurs annoncé son intention de plaider coupable pour 10 chefs d'accusation sur les 22 pour lesquels il est poursuivi, mais se considère innocent des accusations les plus graves, dont celle de "collusion avec l'ennemi" passible de la réclusion à perpétuité.

Au cours de son exposé, Manning s'est présenté comme un jeune soldat, passionné de géopolitique et de technologies de l'information, engagé à 20 ans dans l'armée pour avoir une "expérience du monde tel qu'il est" et pour bénéficier d'une bourse d'étude à l'université.

Mais, face aux réalités du conflit, il dit s'être peu à peu retrouvé en porte-à-faux avec une armée qui "ne semblait pas accorder de valeur à la vie humaine".

"Plus je tentais de bien faire mon travail, plus je sentais que je m'aliénais mes pairs", a-t-il expliqué. La bavure commise par un hélicoptère de combat tirant sur des civils en Irak en juillet 2007, dont il a fait fuité la vidéo, lui fait ainsi horreur et lui donne le sentiment d'une "exquise soif de sang" de la part des militaires.

"Nous devenions obsédés par la capture ou l'élimination de cibles humaines".

Au risque de se poser en chevalier blanc de la vérité, seul contre tous, il a décrit le long processus qui l'a conduit devant la cour martiale.

Simple soldat de première classe (rang le plus bas de l'armée américaine), il avait accès en tant qu'analyste à de multiples bases de données protégées, comme des centaines de milliers d'employés du gouvernement et du privé travaillant pour le compte de l'armée.

Deux d'entre elles étaient les Sigacts, recensant les incidents quotidiens en Irak et en Afghanistan. Elles font selon lui "partie des documents parmi les plus importants de notre histoire récente".

Les Sigacts égrènent notamment chaque échange de feu impliquant des forces américaines et explosions de mine artisanale.

Elles n'ont selon lui plus de valeur confidentielle deux ou trois jours après l'incident, car "l'unité n'était plus sur les lieux (de l'incident) ou n'était plus en danger".

"Pour moi, ces documents représentent la vraie réalité des conflits en Irak et en Afghanistan", a-t-il asséné, assurant que si les fuites pouvaient "embarrasser" son pays, elles ne pouvaient lui "nuire".

"Je ne m'intéressais qu'aux documents dont j'étais absolument sûr qu'ils ne causeraient pas de tort" à la sécurité des Etats-Unis, a plaidé le jeune homme.

Après avoir tenté en vain de prendre contact avec le Washington Post, le New York Times et le quotidien gratuit Politico, il s'est tourné vers WikiLeaks.

Il voyait le site internet créé par Julian Assange comme "dévoilant les activités illégales et la corruption".

Il a ensuite multiplié les fuites mais assuré que personne n'avait fait pression pour diffuser toujours plus de documents classifiés: "Les décisions étaient les miennes et j'endosse l'entière responsabilité pour mes actions", a-t-il revendiqué.

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