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28/02/2013 12:34 EST | Actualisé 30/04/2013 05:12 EDT

Une universitaire tunisienne poursuivie pour avoir critiqué un élu islamiste

L'universitaire tunisienne Raja Ben Slama a déclaré jeudi avoir été entendue par un juge d'instruction dans le cadre d'une plainte en diffamation déposée par Habib Kheder, un haut responsable du parti islamiste au pouvoir Ennahda.

Selon Mme Ben Slama, M. Kheder, chef du groupe parlementaire d'Ennahda, a déposé sa plainte après qu'elle l'a accusé à la télévision en novembre de chercher à introduire les notions d'atteinte à "l'ordre public" et aux "bonnes moeurs" dans la Constitution pour restreindre la liberté d'expression et d'information.

"L'élite intellectuelle du pays est attaquée", a dénoncé Mme Ben Slama, dont certains livres ont été censurés sous le régime de Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de janvier 2011.

Selon son avocat, Abada Kefi, Mme Ben Slama, qui enseigne la littérature arabe à l'université de la Manouba, théâtre depuis un an d'un conflit acrimonieux entre islamistes et la direction de l'université, est poursuivie en vertu d'un article du code pénal prévoyant 2 à 5 ans de prison pour calomnie d'une personne dépositaire de l'autorité publique.

Cet article, inscrit à l'époque de Ben Ali, était employé pour faire taire les détracteurs de son régime.

En soutien à Raja Ben Slama, ses collègues ont fait grève dans la matinée et plusieurs d'entre eux l'ont accompagnée au tribunal de première instance de Tunis. Une nouvelle audition avait été fixée pour le 5 avril.

L'enseignante estimé que son cas rappelant celui du doyen d'une des facultés de l'université de la Manouba, Habib Kazdaghli, poursuivi depuis des mois pour une agression envers une étudiante, après s'être opposé au port du niqab dans l'université. Le jugement n'a pas encore été rendu.

L'opposition laïque accuse régulièrement Ennahda d'orchestrer une islamisation rampante de la société.

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