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28/02/2013 01:10 EST | Actualisé 28/02/2013 01:13 EST

Ici Chez-soi de l'ONF: Paul: employé du mois (VIDÉO)

L'histoire de Paul, 52 ans, est curieusement réjouissante : amputé d'une jambe, le Montréalais est devenu itinérant... avant d'être logé par Chez soi. Il occupe maintenant un emploi dans un domaine qui le passionne : éducateur spécialisé auprès de jeunes adultes atteints du syndrome de Down.

Ici, Chez soi est un documentaire Web de l’ONF dans les coulisses de Chez Soi, une grande enquête de la Commission de la santé mentale du Canada pour stopper l’itinérance chronique. Le concept? Donner un toit aux sans-abri.

La réalisatrice Sarah Fortin l'a suivi à l’occasion d'une sortie estivale avec de jeunes adultes trisomiques à Montréal. Éducateur spécialisé, Paul est dans son élément : il blague sans arrêt et il éprouve un plaisir apparent à réintégrer le monde du travail, après en être resté six ans à l'écart. Il nous raconte son histoire dans le film Une vie amputée.

Paul ne croyait jamais devenir itinérant. Comme de nombreux autres individus qui glissent dans la rue, c'est suite à un événement inattendu que sa vie est chamboulée. Hospitalisé pendant six mois à la suite d’une amputation, il perd son logement après un incendie. Il vivote alors dans les refuges. Diabétique, il vit aussi avec un problème de santé mentale. Gaillard philosophe, il confie à la caméra qu'il connaît bien le système de santé québécois, qu'il a fréquenté pour des maux très variés.

Blogueuse invitée pour le volet anglophone du documentaire Web Ici, Chez soi, la chercheure Karen Foster de l’Université Saint Mary’s à Halifax rappelle à quel point il est avantageux d’avoir des proches sur qui compter quand on est malade. Sans famille immédiate, Paul a réussi à se relever grâce au soutien d’un programme d’emploi (IPS).

Karen Foster souligne aussi que si Paul a lui-même besoin d’aide pour survivre, il travaille dans un domaine où l’investissement des familles est souvent pris pour acquis. « Même si le Canada a un système de santé public relativement généreux, plusieurs programmes sociaux ne réussissent pas à répondre à la demande. On a tendance à croire que les familles peuvent assumer certains coûts qui ne sont pas couverts par les gouvernements. Dans certaines provinces, des adultes handicapés se retrouvent sur de longues listes d’attente pour obtenir de l’aide. Plusieurs familles avec des enfants handicapés choisissent de continuer à s’occuper d’eux même à l’âge adulte; c’est un défi important, particulièrement lorsque les parents vieillissent ou s’approchent de la retraite. »

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Travailler, c'est dur (parfois)

Comment peut-on réintégrer le marché du travail après avoir été itinérant? C'est un défi costaud que plusieurs participants logés par Chez soi ont réussi à relever, grâce au soutien des travailleurs sociaux du projet.

Dans le cas de Paul, les employés du groupe communautaire Diogène l'ont aidé à franchir les étapes à l'obtention d'un emploi : de la recherche de postes aux entrevues, en passant par la mise en candidature. Comme de nombreux autres participants, Paul avait fréquenté un établissement d'enseignement post-secondaire. Il était important de mettre en valeur ses expériences pour l'aider à trouver un travail qui réponde à ses aspirations actuelles.

Difficile de travailler quand on n'a pas de logement; mais une fois logés, les participants ont le temps et l'espace pour rêver et réfléchir à la vie qu'ils souhaitent mener. L'impact d'un toit et d'un emploi sur l'estime de soi est évident quand on regarde le film Une vie amputée.

Une des conditions pour être admissibles à Chez soi, c'était que les participants puissent défrayer 30 % des coûts associés à leur logement (loyer, comptes). Bien que certains aient droit à des prestations ou qu'ils continuent à mendier, plusieurs ont éventuellement pu réintégrer le monde du travail.

La section consacrée à Montréal sur le site du documentaire Web Ici, Chez soi présente quelques statistiques intéressantes sur l'éducation et la situation professionnelle des participants au moment d'être recrutés pour l'étude.

48 % des participants n'avaient pas de diplôme d'études secondaires;

4 % des participants avaient un diplôme d'études universitaires;

2 % des participants avaient une maîtrise ou un doctorat;

0,5 % des participants occupaient un emploi.

Champion de la résilience

La résilience est un phénomène incontournable quand on vit avec un problème de santé mentale. Le regard brillant, Paul semble en avoir une bonne dose : à 52 ans, il a surmonté des traumatismes importants (amputation, itinérance, diabète, maladie mentale) et il garde le cap.

À différents niveaux, les participants de Chez soi doivent trouver en eux la résilience nécessaire pour se reconstruire et surmonter les obstacles. Les films tournés pour le documentaire Web Ici, Chez soi abordent différents aspects en lien avec la résilience. Theresa, une participante de Toronto, a été évincée. Mr MadDogg, de Vancouver, a tourné le dos à la rue et à la consommation de drogue. À Winnipeg, Robert tente de surmonter une vie d'abus.

« C'est important de respecter le rythme des participants » avance Sonia Côté, coordonnatrice du projet à Montréal. En entrevue, elle rappelle que l'approche de Logement d'abord priorise les choix et les aspirations des participants. « Malgré les revers, il existe toujours une solution » rappelle Sonia Côté.

À quoi Paul rêve-t-il ? Ses mots sont simples, mais bien choisis : il espère connaître la paix et l'autonomie. Pour lui, rien n'égale le bonheur de prendre un café le matin, assis tranquille dans son appartement. En ayant un toit, il peut maintenant se projeter dans l'avenir. À 52 ans, c'est un nouveau départ.