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28/02/2013 05:14 EST | Actualisé 30/04/2013 05:12 EDT

CUSM: Arthur Porter refuse de voyager, disant souffrir d'un grave cancer

Radio-Canada

NASSAU, Bahamas - Le Dr Arthur Porter, résidant désormais aux Bahamas et recherché au Québec pour fraude et abus de confiance, affirme être atteint d'un cancer avancé de phase 4, et trop malade pour se déplacer.

Lors d'une entrevue accordée jeudi à l'Associated Press depuis sa résidence dans une luxueuse communauté protégée de l'archipel, M. Porter indique que si des enquêteurs canadiens veulent l'interroger, ils devront prendre l'avion jusqu'aux Bahamas.

«Je ne veux pas qu'ils croient que je me défile de quoi que ce soit. S'ils veulent venir ici, absolument, pas de problème», a-t-il affirmé.

L'Unité permanente anti-corruption (UPAC) a émis mercredi un mandat d'arrêt contre le médecin, qui est accusé de corruption en lien avec la construction du CUSM, un projet de 1,3 milliard $. M. Porter était le directeur du CUSM lorsque la fraude aurait prétendument eu lieu, entre 2008 et 2011. Il a quitté son poste en 2011 lorsque des allégations de mauvaise gestion ont fait les manchettes.

Une porte-parole de l'UPAC a indiqué que les procédures d'extradition de M. Porter étaient en cours.

«Le Canada et les Bahamas sont en discussion», a déclaré Anne-Frédérick Laurence.

Au Canada, Porter a déjà été directeur du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), le «chien de garde» des services d'espionnage. C'est le premier ministre canadien Stephen Harper qui l'avait nommé à ce poste.

Apparaissant malade et amaigri, M. Porter a expliqué qu'il subissait une deuxième série de traitements de chimiothérapie pour un cancer du poumon qui s'est propagé à son foie.

Au cours de l'entrevue, il toussait fréquemment et respirait à l'aide d'une bonbonne d'oxygène placée à côté de sa chaise en cuir.

Il a indiqué qu'il discuterait avec son avocat au sujet d'une éventuelle contestation de la demande d'extradition du Canada une fois qu'elle lui serait transmise.

Le Dr Porter soutient qu'il n'a rien fait de mal.

Au Canada, le gouvernement fédéral a fait l'objet de critiques pour sa décision de nommer M. Porter à un poste où il aurait accès à des informations délicates.

Le chef par intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, a déclaré à La Presse Canadienne que le Dr Porter aurait accès à de l'information privilégiée en tant que membre du CSARS.

Les membres de ce comité — a raconté M. Rae, qui en a déjà fait partie — ont la cote de sécurité la plus élevée et recevaient fréquemment de l'information des services de renseignement.

Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a quant à lui affirmé que les allégations auxquelles fait face le Dr Porter «n'ont rien à voir avec ses anciennes responsabilités».

Stephen Harper a également déclaré que le dossier criminel n'avait rien à voir avec le travail effectué par M. Porter pour le gouvernement du Canada.

«C'est une affaire qui se retrouvera ultimement devant la cour», a déclaré jeudi M. Harper, lors d'une visite à Rivière-du-Loup.

Au Bahamas, le Dr Porter dirige une clinique d'oncologie privée à Nassau, la capitale des îles. Il habite dans la communauté luxueuse d'Old Fort Bay depuis qu'il est déménagé dans l'archipel en 2011. Jeudi, il y avait trois Mercedes dans son entrée.

Le ministre des Affaires étrangères des Bahamas, Fred Mitchell, a refusé de commenter l'affaire.

Une autre personne accusée de fraude dans l'affaire du CUSM est Jeremy Morris, l'administrateur d'une compagnie basée dans les Bahamas qui est liée aux allégations de fraude. Le Dr Porter affirme qu'il n'a jamais entendu parler de Morris.

Les circonstances dans lesquelles M. Porter a quitté son poste au CSARS sont nébuleuses. Selon le National Post, il aurait démissionné à cause d'un «contrat secret» avec un homme d'affaires pour solliciter 120 millions $ en financement du gouvernement russe pour le Sierra Leone, un pays de l'Afrique de l'ouest.

Le Dr Porter a expliqué jeudi qu'il était citoyen de ce pays et qu'il voyageait avec un passeport du Sierra Leone. Un drapeau du pays africain était hissé à sa demeure. M. Porter a aussi fait référence à «d'autres rôles au sein d'autres gouvernements», dont du travail avec le Sierra Leone.

Au cours des dernières années, le Dr Porter a travaillé avec le gouvernement d'Antigua-et-Barbuda pour y bâtir un centre de traitement de cancer.