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28/02/2013 10:16 EST | Actualisé 30/04/2013 05:12 EDT

Coûts de construction plus élevés à Mtl: Québec savait et payait quand même

MONTRÉAL - Selon le directeur de l'approvisionnement à la Ville de Montréal de 2003 à 2006, Serge Pourreaux, le gouvernement du Québec était au courant des coûts de construction de 35 à 40 pour cent plus élevés à Montréal depuis une douzaine d'années et il a continué à financer les projets malgré tout.

Devant la Commission Charbonneau, jeudi, M. Pourreaux a relaté en avoir personnellement parlé à des cadres au ministère des Affaires municipales.

«Je disais 'ça n'a pas de bon sens, vous financez les deux tiers, dans certains cas jusqu'à 80 pour cent des projets, et vous savez que ça coûte 35 ou 40 pour cent plus cher. Vous acceptez de financer un surcoût de 35 à 40 pour cent'?» a-t-il dit au directeur du ministère des Affaires municipales auquel il s'adressait.

«Et il m'a dit 'nous, ce n'est pas notre rôle. Nous, on finance, le problème c'est la Ville qui a le problème. C'est un problème politique, ce n'est pas un problème au niveau du programme tripartite'» lui a répondu son interlocuteur.

Par l'entremise du programme tripartite de financement des infrastructures, Québec distribuait également les fonds fédéraux, en plus de sa propre part, donc les deux tiers du financement des projets à Montréal, a-t-il expliqué.

À cause de Zampino

L'ancien directeur de l'approvisionnement a également attribué son départ, ainsi que ceux de l'ancien directeur général de la Ville Robert Abdallah et du directeur des services administratifs Guy Hébert, à la résistance qu'ils ont rencontrée en voulant changer les choses à la Ville de Montréal. Et il a montré du doigt l'ancien président du comité exécutif, Frank Zampino.

M. Pourreaux a raconté ses deux années et demie de démarches pour «optimiser» les approvisionnements à Montréal, comme regrouper les achats avec les arrondissements, et pour améliorer les façons de faire dans le but de réduire les coûts de construction trop élevés.

Son plan d'optimisation, basé sur un rapport de 2004, devait permettre d'économiser de 45 à 50 millions $.

Il s'est buté à de la résistance du côté des arrondissements, par exemple, qui invoquaient leur autonomie et qui disaient privilégier l'achat local, a-t-il raconté. Et le service des travaux publics était également réticent, a-t-il dit.

La démarche d'optimisation cheminait depuis deux ans et demi quand soudainement, il a appris le départ de Guy Hébert, qui avait soutenu la démarche à ses côtés.

Puis son successeur a informé M. Pourreaux que «ça ne marchera pas nous deux» et qu'il devrait en conséquence prendre sa retraite.

M. Pourreaux a tenté de rencontrer le directeur général Robert Abdallah pour obtenir des explications sur le fait que sa démarche d'optimisation avait été mise sur la glace, mais il n'a pu obtenir de rendez-vous. Il s'est fait dire que M. Abdallah ne s'occuperait plus de ce dossier, qu'il ne voulait plus en parler.

«Comme ils ne pouvaient pas arrêter la démarche, parce que c'était dans la machine, c'était officiel, ça avait été annoncé, la seule façon, c'était de déplacer les porteurs de dossier. Il y avait trois porteurs de dossier, M. Abdallah, M. Hébert et moi», a résumé M. Pourreaux, qui a qualifié l'opération de «putsch».

La conclusion de M. Pourreaux est simple: «il n'y a pas grand monde qui peut tasser un directeur général dans une ville. Il y a le maire ou le président du comité exécutif.» Et comme le maire Gérald Tremblay semblait se réjouir de sa démarche d'optimisation, il en conclut que c'est M. Zampino.

M. Pourreaux parle d'une «collusion administrative et politique» qui a sévi à Montréal et qui a saboté ses efforts pour changer les choses.

Son plan d'optimisation était basé sur un rapport de 2004 qui avait été rédigé par quatre ingénieurs de l'externe qui avaient conclu à des coûts de construction de 35 à 50 pour cent plus élevés. Ils en venaient à la conclusion que le marché était fermé à Montréal.

Et, selon M. Pourreaux, lorsqu'il a présenté son plan d'optimisation à un comité de suivi, basé sur ce rapport, l'ex-maire Tremblay était présent lors d'au moins une des réunions.

Il a relaté qu'après une présentation d'une heure et demie au comité, il est allé à la salle de bain avec le maire Tremblay et que ce dernier était enthousiaste en apprenant que la Ville pourrait réaliser des économies de 45 à 50 millions $ en gérant mieux ses approvisionnements et en adoptant d'autres mesures d'optimisation.

Ministre Gaudreault

De son côté, le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a réagi sans grand étonnement au témoignage voulant que des cadres de son ministère avaient été avisés de la situation, à l'époque du précédent gouvernement libéral.

«Depuis le début (de la Commission Charbonneau), si je tombais de ma chaise à chaque fois à cause de ce que j'entends, je serais tout le temps à terre», a-t-il commenté. Du même souffle pourtant, il s'est dit «estomaqué» comme tous les Québécois de l'ampleur du phénomène.

Il s'est ensuite attardé à rappeler les actions que son gouvernement a prises depuis qu'il est entré en fonction, en septembre dernier: vérificateurs à Laval, renversement de la décision du gouvernement libéral de réduire l'équipe de vérification, etc. «On est vraiment, vraiment en action», a-t-il conclu.