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Réforme de l'assurance-emploi : une rencontre, peu de résultats

La ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et du Travail du Québec, Agnès Maltais, revient d'Ottawa bredouille. Dans un point de presse mercredi, en début de soirée, celle qui avait tendu la main à sa vis-à-vis fédérale, Diane Finley, tout en réclamant une suspension de la réforme de l'assurance-emploi, a expliqué s'être fait servir une fin de non-recevoir.

Mme Maltais a déclaré que non seulement la ministre Finley campait sur la position de son gouvernement, mais que « ce qui m'a terriblement inquiétée, a-t-elle dit, c'est que les impacts seront analysés après coup et que les changements seront peut-être effectués à ce moment-là. C'est insensé! »

« Maintenant, j'en suis sûre, il n'y a pas eu d'études d'impacts sur cette réforme », s'est exclamée la ministre.

Agnès Maltais n'était pas seule à se rendre à Ottawa. Des représentants de municipalités québécoises ont aussi rencontré la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences du Canada, sans plus de succès.

Diane Finley a esquivé les journalistes à sa sortie de la réunion, envoyant plutôt le ministre des Anciens Combattants, Steven Blaney, répondre à leurs questions.

Les membres de la Coalition de l'Est sur l'assurance-emploi ont qualifié le bilan de la rencontre de « plus que mince ».

De hauts fonctionnaires répondent aux questions des journalistes

Le gouvernement de Stephen Harper estime qu'il reste à récupérer 330 millions de dollars payés en trop aux prestataires d'assurance-emploi l'an dernier, mais il ignore quelle partie de cette somme est attribuable à la fraude.

De hauts fonctionnaires du ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences ont tenu une séance d'information, mercredi, pour renseigner les journalistes sur le dossier. Ils n'ont cependant pas été en mesure d'indiquer combien de fraudeurs avaient été débusqués et traînés devant les tribunaux.

Le manque à gagner dans les coffres du programme n'est pas qu'attribuable à la fraude. « On parle d'erreurs, d'abus, mais aussi de paiements futurs incorrects », a spécifié une fonctionnaire.

Rien n'indique d'ailleurs que le nombre de fraudes du programme d'assurance-emploi soit en hausse. « C'est relativement constant », a-t-elle noté.

Plus tôt, le chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes, Thomas Mulcair, avait offert son appui à la délégation québécoise. Le chef du Nouveau Parti démocratique a dénoncé la réforme de l'assurance-emploi comme étant le dernier chapitre d'une série noire pour les programmes sociaux canadiens. « [...] Le saccage de nos lois environnementales, des pertes énormes en ce qui concerne les pensions de retraite et on s'est attaqué à l'assurance maladie et finalement on s'est attaqué à l'assurance-emploi », a déclaré M. Mulcair.

M. Mulcair estime que le Québec est particulièrement touché en raison de l'importance de son secteur lié aux ressources naturelles. « Il y a un trou noir qui se dessine sur l'horizon d'ici quelques semaines pour de nombreuses familles à travers le Québec et le Canada, dans les régions ressources notamment, poursuit M. Mulcair. Rappelons que le Québec est particulièrement durement frappé, parce que 40 % du travail saisonnier est au Québec. »

Le monde municipal se mobilise

Le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Rimouski, Éric Forest, a demandé à la ministre Finley de suspendre l'application de la réforme parce qu'elle aura un « impact majeur dans l'économie des régions rurales, mais aussi dans les régions métropolitaines ».

« Il faut bien voir que ce n'est pas nécessairement le travailleur qui est saisonnier, c'est l'emploi. » -- Éric Forest

M. Forest estime que l'économie de sa région, basée notamment sur la pêche et sur l'agriculture, est tributaire du climat et de la géographie.

Le maire de Rimouski poursuit en soulignant que la caisse de l'assurance-emploi n'appartient pas au gouvernement. « C'est une caisse qui est totalement financée par les contributions des employeurs et des employés. Donc, le gouvernement est en train de jouer avec de l'argent qui ne lui appartient pas. »

Des améliorations au programme d'assurance-emploi peuvent être aménagées, selon M. Forest, mais il faut qu'elles se fassent de façon transparente et en concertation avec les gens impliqués.

En ce qui concerne les abus, que la ministre Finley souhaite éviter à l'assurance-emploi, M. Forest estime qu'il ne pourrait y avoir de pire abus que celui perpétré par le gouvernement fédéral de 2000 à 2010. « Le gouvernement [fédéral] a prélevé 56 milliards de dollars dans cette caisse-là, de l'argent qui était des contributions des employés et des employeurs. Quand on parle d'abus, il faut peut-être rééquilibrer les choses. »

« Je ne pense pas qu'il y ait un chômeur au Canada qui ait prélevé autant d'argent que le gouvernement l'a fait dans cette caisse-là. » -- Éric Forest

M. Forest invite la ministre Finley à reconsidérer sa position et à tenir compte de la réalité de l'ensemble des régions canadiennes quand elle adopte des politiques pancanadiennes. Il estime que la réforme déstabilisera l'économie de l'Est québécois puisque des travailleurs saisonniers migreront vers d'autres secteurs d'emploi, dans la foulée de la réforme, privant les industries saisonnières de l'expertise de ces travailleurs.

Le député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin, porte-parole du Bloc québécois (BQ) en matière de Ressources humaines, accompagnait la délégation dans sa journée à Ottawa. « La ministre Finley doit savoir que la mobilisation terrain n'est pas près de s'arrêter, que l'Est du Québec se tient debout contre cette réforme pernicieuse et discriminatoire pour le Québec et ses régions, a déclaré M. Fortin. Si la ministre n'obtempère pas aux demandes de la Coalition, elle constatera que l'hiver peut être long au Québec ».

La cinquantaine de membres de la coalition a d'ailleurs été accueillie à Ottawa par le chef du BQ, Daniel Paillé. « Nous avons ici sur la Colline une délégation déterminée, qui représente tous les secteurs d'activités touchés par cette réforme, la ministre doit faire preuve d'ouverture et de respect et se rendre aux arguments de la Coalition, Diane Finley doit écouter, comprendre et agir », a déclaré M. Paillé par voie de communiqué.

Mercredi, des manifestations ont eu lieu dans différentes municipalités de l'Est du Québec et à Shediac au Nouveau-Brunswick.

La réforme de l'assurance-emploi

Ottawa a changé les critères d'admissibilité à l'assurance-emploi en janvier dernier. Les travailleurs saisonniers sont particulièrement touchés par les nouvelles mesures, puisqu'ils seront désormais contraints d'accepter du travail dans un rayon de 100 km autour de leur résidence, soit une heure de route, et consentir à des emplois offrant 70 % de leur emploi précédent. Les chômeurs qui refuseraient de se soumettre à ses nouvelles conditions perdraient leurs prestations d'assurance-emploi.

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