POLITIQUE
26/02/2013 01:47 EST | Actualisé 28/04/2013 05:12 EDT

La marijuana synthétique: c'est le vide juridique au Canada

AP
A man smokes marijuana during at a demonstration in favor of legalizing marijuana outside the Senate in Mexico City, Friday April 20, 2012. (AP Photo/Eduardo Verdugo)

Une enquête de Radio-Canada révèle que la vente d'un produit présenté comme étant de l'encens à base d'herbe, et qui procure des effets similaires à ceux de la marijuana, n'est pas encadrée au Canada. Aux États-Unis, cette substance fait l'objet d'un encadrement draconien de la part des autorités.

Il est mentionné explicitement sur l'emballage de ce produit, en vente partout au Canada, qu'il n'est pas destiné à la consommation humaine, mais des journalistes de Radio-Canada ont découvert que des employés de plusieurs magasins où il est commercialisé suggèrent qu'il est tout à fait possible de le fumer.

Aux États-Unis, des fabricants de produits similaires ont fait l'objet de poursuites judiciaires et une grande majorité des États américains ont décidé de les bannir.

En juillet dernier, l'agence responsable de l'administration de la politique antidrogue aux États-Unis (DEA) a mené une opération d'envergure nationale, intitulée « Log Jam », contre les cannabinoïdes synthétiques.

Des agents de police ont fait des descentes dans 109 villes américaines ce qui a conduit à l'arrestation de 90 personnes.

Un total de 4,8 millions de paquets de cannabinoïdes synthétiques, et assez de produits chimiques pour fabriquer l'équivalent de 13,6 millions de sachets, ont été saisies. Les policiers américains ont aussi mis la main sur 36 millions de dollars en liquide.

La police canadienne dans la brume

Les services de police canadiens ne font pas preuve d'autant de diligence que leurs collègues américains, quand cela en vient au substitut à la marijuana.

La police de Calgary a mené une série de raids en 2011 contre les commerçants qui vendent ce produit, mais aucune accusation n'a été portée.

Différentes administrations policières à travers le pays se demandent actuellement si elles devraient sévir.

Un porte-parole de la police de Winnipeg a déclaré dans un premier temps à Radio-Canda que le produit était tout à fait légal, avant de reconnaître, à la suite des questions des journalistes, que les autorités étaient inquiètes et qu'elles allaient s'intéresser de plus près au statut de ce produit.

La police de Windsor en Ontario a décidé qu'elle irait procéder, dans les prochains jours, à des vérifications dans des dépanneurs.

Un enquêteur de la police de Windsor, John McQuire, affirme que des échantillons ont été envoyés à Santé Canada et que leur analyse a révélé qu'il s'agissait de cannabinoïdes synthétiques.

« La possession et la vente de ce produit sont donc illégales », croit M. McQuire.

Des fabricants sur la sellette

Le paquet testé à Windsor est commercialisé par « The Izms » et le directeur général de l'entreprise, Adam Wookey, maintient que « le produit est légal, car ses ingrédients le sont ».

« Les ingrédients actifs sont des cannabinoïdes synthétiques dont la structure chimique n'a rien à voir avec la THC [la substance active dans le cannabis]. C'est pourquoi ils ne peuvent pas être considérés comme une préparation synthétique similaire et de ce fait être illégaux. Je trouve cela douteux de vouloir réglementer le produit à cause de ses effets pharmacologiques », s'est défendu M. Wookey.

Il a expliqué que, si l'on se basait seulement sur les effets pharmacologiques, le café et la cocaïne seraient considérés comme étant « similaires ». Il croit que si l'on applique ce raisonnement à des vitamines ou d'autres stimulants, il y en a beaucoup qui deviendraient illégaux.

D'autres entreprises commercialisent ce produit sous le nom de Pink Tiger, Spice, de Happy Shaman, K2 grape Xtrem, Projetc 420, Fusion Atomic green et Kick Ass White Rabbit.

Les encens à l'herbe sont vendus dans des sachets en aluminium, entre 12 $ et 16 $ le gramme.

Un problème pris au sérieux aux États-Unis

De l'autre côté de la frontière, la question des cannabinoïdes synthétiques est beaucoup mieux documentée.

Selon le Réseau de prévention de l'abus de stupéfiants, 11 436 Américains se sont rendus aux urgences en 2010 à cause de ce substitut à la marijuana.

Plus tôt en février, le Centre américain de contrôle des maladies a publié une mise en garde après que 16 usagers de marijuana synthétique de six États différents ont souffert de lésions aux reins.

« Le personnel soignant, les employés des centres antipoison et les médecins devraient être conscients des effets de ces produits sur les reins ou d'autres effets secondaires inhabituels », détaille le centre dans un rapport.

Drame personnel, vie brisée

Le substitut à la marijuana a eu des répercussions funestes sur la vie de Karen Dobson. Max, le fils de cette résidente de l'Illinois, est mort après avoir inhalé cette substance synthétique en 2011.

Une demi-heure avant le drame, le jeune homme a appelé son frère aîné pour lui dire que son coeur battait très fort et qu'il commençait à avoir peur.

Faisant fi de son état, Max, 19 ans, est quand même monté à bord de son véhicule et a pris la route. Sa mère raconte qu'il aurait conduit comme un maniaque dans les rues de Aurora, en Illinois.

La voiture avait atteint la vitesse de 160 km/h au moment où elle est entrée dans une voie sans issues. Max n'a pas eu le temps de freiner, la voiture s'est envolée à plus de 25 mètres dans les airs, avant de s'écraser sur une maison, créant des dommages évalués à 100 000 $. Le jeune homme est mort sur le coup. 

« Ce n'était pas un enfant à problème », se lamente sa mère qui a décidé de passer à l'action quand elle a appris que son fils s'était rendu « dans un centre commercial où un vendeur l'a incité à acheter ce produit ».

Mme Dobner a créé une fondation qui porte le nom de son fils. Grâce à son lobbying auprès du gouvernement de l'Illinois, elle croit que les lois de cet état sont parmi les plus strictes aux États-Unis.

« Ils [les jeunes] pensent que comme ces produits sont vendus en magasin, ils ne sont pas dangereux », regrette Mme Dobner qui reste persuadée que si les jeunes consomment des cannabinoïdes synthétiques, c'est parce qu'ils ne veulent pas commettre quelque chose d'illégal.