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26/02/2013 12:52 EST | Actualisé 28/04/2013 05:12 EDT

Haïti: Nicole, 74 ans, témoigne contre Duvalier, pour un Etat de droit

Dans le tribunal de Port-au-Prince où elle se rend régulièrement en espérant témoigner contre l'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, Nicole Magloire, 74 ans, s'appuye sur une canne pour se déplacer. Mais elle est "déterminée à se battre contre l'impunité".

"Je me bats pour un Etat de droit et une société démocratique en Haïti", répète avec détermination cette militante des droits de l'Homme, gynécologue de formation.

Et pour elle, ce combat n'a pas d'âge.

Membre du Collectif contre l'impunité, Nicole et 25 autres victimes de la dictature des Duvalier ont porté plainte contre l'ex-président à vie (1971-1986) Jean-Claude Duvalier.

Revenu au pays en 2011 après 25 ans d'exil en France, "Baby Doc" a boudé plusieurs convocations de la justice.

Mais la semaine dernière, pour la première fois, un juge a ordonné sa comparution devant une Cour d'appel où des victimes sont prêtes à témoigner.

L'audience est prévue jeudi. Nicole Magloire est prête.

"J'ai déjà déposé devant des juges d'instructions et des procureurs. Je suis prêtre à témoigner devant la Cour d'appel pour dire ce que j'ai enduré pendant mon exil forcé", explique-t-elle à l'AFP.

"J'ai été arrêtée le 29 novembre 1980 et exilée quelques jours après ainsi que tous les membres du mouvement démocratique d'alors :journalistes, écrivains, artistes, chefs de partis politiques", se souvient-elle.

Avant de quitter d'Haïti, Nicole a séjourné en prison "en sous vêtements avec deux autres femmes, des journalistes". Elle raconte avoir subi des interrogatoires pendant que sa maison était pillée, sa bibliothèque emportée.

"Quand on m'a conduit à l'aéroport pour m'embarquer de force sur un vol pour le Canada, j'ai crié, j'ai hurlé et j'ai dit que je ne partirais pas sans ma fille de 18 mois".

Après une courte période d'ouverture démocratique dans la foulée de l'arrivée au pouvoir de "Baby Doc", en 1971, la milice du régime a écrasé le mouvement démocratique à la fin des années 70. Des centaines d'opposants ont été contraints à l'exil, d'autres ont été emprisonnés, d'autres encore ont disparu.

Déjà dans les années 60, Nicole Magloire étudiante au Canada, militait dans un groupe "Action patriotique" d'opposants à François Duvalier, "Papa Doc", pour réclamer la libération des prisonniers politiques.

En 1986, le régime fut finalement renversé par un soulèvement populaire mettant fin à 29 ans de règne d'un pouvoir autoritaire partagé entre un père, François et son fils Jean-Claude.

"Quinze jours après le 7 février 1986 (date de la chute de Jean-Claude Duvalier, NDLR), je suis rentré au pays pour reprendre mon combat pour un Etat de droit", raconte Nicole Magloire.

Ce qui motive cette infatigable militante, "ce n'est pas la revanche contre les Duvalier" mais la volonté de voir émerger une véritable "société démocratique" en Haïti.

Or, souligne-t-elle, cela ne peut se faire en effaçant des pages entières de l'histoire du pays. "Je ne voudrais pas que la société oublie ce qui s'est passé: les meurtres, les disparitions, les tortures, l'exil".

La décision du juge Jean-Joseph Lebrun de contraindre l'ancien dictateur à se présenter devant un cour d'appel est une étape importante, estime-t-elle, tout en ne cachant pas son pessimisme sur le devenir de la procédure en cours.

"Je crains que la justice malade de mon pays ne remplisse pas son rôle".

cre/jca